Zoom sur le fonio, l’ancêtre des céréales africaines aux multiples vertus

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Depuis peu, le fonio jouit d’un regain d’intérêt. Au Burkina sa transformation est entrain de redynamise l’économie locale car devenu une source de revenue pour de nombreuses femmes. En ce jour 27 Juillet ou la communauté internationale commémore la journée mondiale du fonio, nous proposons de faire un zoom sur la plus ancienne des céréales.

Le fonio, l’ancêtre des céréales

Cultivé depuis plus de 5000 ans en Afrique de l’Ouest (Mali, Guinée, Burkina Faso, etc.), le fonio (digitaria exilis), est une céréale qui se présente sous la forme de très petites graines. Elles ne mesurent pas plus de 1,3 mm et 0,8 de diamètre

Ses longues racines puisent l’eau et les nutriments du sol jusqu’à trois mètres de profondeur. C’est donc une plante parfaitement adaptée aux zones sèches à sols pauvres. Ses rendements sont variables selon les zones de production : de 300 kg à une tonne à l’hectare.

Le fonio est une plante remarquablement résistante, qui ne requiert aucun traitement. Au Burkina la région de la boucle du Mouhoun et la région de l’ouest sont les plus productrices de fonio.

Dans ces régions, elle est une culture de soudure pour les familles de producteurs car elle arrive à maturité au moment où les greniers sont presque vides. 80 % de la production est donc auto consommée sur l’exploitation, le reste étant commercialisé notamment vers le Mali ou sur les marchés de Ouagadougou sous forme précuite. Il constitue la céréale par excellence des initiations et cérémonies rituelles et propitiatoires.

Le fonio, une culture marginale

Cette Céréale importante pour la sécurité alimentaire des paysans, l’est également au niveau du patrimoine de la biodiversité africaine.  Mais sa consommation avait fortement diminué depuis la colonisation à cause de la concurrence des produits d’importations comme le riz, le blé, le maïs et s’est trouvé marginalisée, voir négligé.

Une situation qui s’explique par les difficultés liées à la production de cette culture. En effet, Si le fonio peut se semer à la volée dans des zones arides et sur des sols pauvres, sableux ou caillouteux, sa récolte ainsi que les nombreuses étapes post-récoltes constituent une tourmente pour les femmes.

Le décorticage et le blanchiment sont réalisés au moyen de mortiers et de pilons. Pour obtenir un fonio décortiqué destiné à la vente, les femmes effectuent 3 à 4 pilages successifs entrecoupés de vannages. Un dernier pilage reste à faire pour obtenir du fonio blanchi. Le débit unitaire du décorticage traditionnel reste très faible et voisin de 1 à 2 kg/h.

Technique de lavage traditionnel du fonio

Ensuite, le fonio doit être nettoyé pour obtenir un produit de bonne qualité. L’élimination des sons et des particules étrangères comme les sables est effectuée traditionnellement par de nombreux lavages ; ce qui rend cette opération longue et fastidieuse

Le fonio, un «  ali-cament »

Le Fonio est une céréale aux multiples vertus nutritionnelles, un vrai « Alicament » (aliment-médicament). Céréale légère et sans gluten, il surclasse les autres céréales de par sa fonction nutritive et regorge de plusieurs vitamines dont les Vitamines B1, B2. Plus riche que les autres graines en calcium, magnésium, zinc et manganèse, le Fonio contient également deux fois plus d’acides aminés que les autres céréales, notamment méthionine et cystine, particulièrement recommandé aux diabétiques grâce à sa teneur en éléments insulino-sécréteurs »

Des avancées dans la transformation

Une décortiqueuse de fonio

Le regain d’intérêt des consommateurs urbains pour le fonio a permis de relancer la filière, notamment le volet transformation qui constitue une activité lucrative pour beaucoup de femmes. Elles le débarrassent des impuretés, font de l’étuvage pour une meilleure conservation, qu’elles livrent dans les différentes alimentations de la place. Une quantité infime est destinée à l’exportation.

De nombreux projets portant sur l’amélioration post récolte du fonio sont en cours en Afrique de l’ouest. L’objectif est de stimuler la commercialisation du fonio grâce à l’amélioration des techniques de transformations pour des petites entreprises ou des groupements de femme.

Au Burkina, c’est l’institut de Recherche en science appliquée(IRSAT) à travers son département des technologies alimentaires qui s’occupe de ce volet. Les recherches ont permis de mécaniser certaines opérations culturales telle que la mise au point d’une moissonneuse et d’une batteuse. Le département mécanisation de l’institut s’est beaucoup investi ses dernières années dans la vulgarisation des décortiqueuses à travers la formation et l’accompagnement des équipementiers. Pendant ce temps le département des technologies alimentaires a initié une série de formation en faveurs des transformatrices nomment sur les bonnes pratiques de transformation.

Le dessableur de fonio, une innovation révolutionnaire  

Le dessableur

L’implication de la recherche a permis d’installer les premiers dessaleurs à fonio « hydrolift » à Bamako au Mali à Bobo Dioulasso au Burkina Faso puis à Kédougou au Sénégal En conditions réelles d’utilisation, le matériel devrait permettre d’obtenir un débit de fonio de 80 à 100 kg/h avec un taux de sable résiduel dans le fonio inférieur à 200 mg/kg. Une innovation majeure qui vient soulager considérablement les femmes.

Le fonio dispose de réelles opportunités d’affaires et de création de richesse.  Mais  jusqu’à présent, il a évolué d’une part, en dehors de toute action du secteur public et d’autre part, sans aucune synergie avec les actions développées par les acteurs du secteur privé. Sa croissance exige une réelle volonté politique.

Madelaine Kienou

Aminata Gansonré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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