Wend-Dabo : Sans bras, sans pieds, elle est sans limites

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A 12 ans, Wend-Dabo Yaogo force l’admiration à l’école primaire Gogo ‘’A’’, dans la province du Zoundwéogo, région du Centre-Sud. Née sans avant-bras ni pieds, elle a su surmonter les clichés et stéréotypes sur le handicap, dompter la fatalité et s’échine à se frayer un chemin à l’école. Wend-Dabo rêve de devenir institutrice.

Drôle, émouvante et toujours pleine d’entrain, Wend-Dabo Yaogo est un personnage unique. L’adolescente de 12 ans de l’école primaire de Gogo ‘’A’’ dans la province du Zoundwéogo est, à elle seule, une leçon de courage et de persévérance. Nous la retrouvons un mardi du mois de mai 2018, dans sa classe de CE1, assise sur son fauteuil au pupitre rétractable, l’air sympathique et confiante. Silhouette menue, elle passe pour un garçon d’à peine huit ans avec son visage allongé et sa coupe de cheveux en ras.

A l’ombre de ses sourcils plantés haut, ses yeux saillants aux iris étincelants, distillent des regards pénétrants, vifs et empreints d’aménité. Malgré la chaleur battant les records en cette matinée de saison chaude, Wend-Dabo se tient coite, impassible et presque sans gêne quand bien même de grosses gouttes de sueurs dégoulinent partout de son visage. Son tee-shirt blanc au col et aux manches jaunes trempées, elle s’applique comme ses camarades à finir son exercice. Une leçon de grammaire : « des noms propres et communs » à ranger séparément dans un tableau sur les ardoises.

A la voir déborder d’énergie, elle ferait presque oublier le mal qu’elle supporte. Wend-Dabo souffre d’une malformation congénitale. Elle n’a pas d’avant-bras. Le pied gauche est juste une petite proéminence de quelques centimètres au bout duquel a poussé le gros orteil. La jambe droite est aussi constituée d’un bout de cuisse. En station debout, Wend-Dabo se tient sur le fessier et traîne à même le sol quand elle se déplace.

Pour écrire, elle se sert des moignons de ses deux bras comme d’une pince. Avec sa taille d’environ 50 cm et le tableau perché à quelques cm au-dessus d’elle, elle n’a jamais pu y traiter les exercices, à la grande déception de ses enseignants.  Nonobstant ce physique, la jeune fille ne s’apitoie pas sur son sort. Elle s’est résignée à accepter sa condition, cette ‘’volonté de Dieu’’ comme le signifie son nom en langue locale mooré : Wend-Dabo.

L’école, un rêve devenu réalité

D’esprit pugnace, elle se consacre entièrement à l’école. Un rêve qui l’habite depuis sa tendre enfance. « Quand je voyais les autres enfants partir à l’école, je voulais faire pareil. Je voulais apprendre à lire et à écrire comme eux. J’en parlais tout le temps à ma mère », raconte-elle, la voix basse et le regard perdu dans ses souvenirs.

A l’époque, l’inscription de Wend-Dabo était un luxe que la famille ne pouvait pas se payer. Le père à l’aventure, la mère, Pascaline Kabré, trimant au quotidien pour nourrir ses deux filles, Wend-Dabo et sa cadette, Sakina Yaogo. Une précarité qui pousse d’ailleurs la petite Wend-Dabo dans des marchés de la province, mendiant çà et là pour soutenir sa génitrice. Durant tout ce temps, cependant, la flamme qui brille en elle pour l’école n’a pas faibli.

Une détermination qui l’amène à s’auto-instruire à ses temps perdus. « J’attendais le retour des enfants de l’école et je leur demandais leurs cahiers pour voir ce qu’ils ont fait. Après, j’essayais d’écrire ce que je voyais. J’ai commencé d’abord avec la lettre ‘’i’’ qui semblait plus facile. Après, je suis passée à la lettre ‘’o’’ puis ‘’a’’ », informe-t-elle avec une pointe de fierté non retenue.

2015 est une année charnière pour Wend-Dabo. Son rêve se matérialise, enfin. Alors qu’elle s’apprêtait à souffler sa neuvième bougie, le programme Réadaptation à base communautaire (RBC) Manga de l’OCADES-Caritas la repère et l’inscrit au CP1, à l’école primaire de Gogo ‘’A’’. Le premier jour de classe, Wend-Dabo l’a vécu comme un conte de fée, tout comme sa mère. « J’ai été très émue quand je l’ai vue revenir de l’école, le soir. J’étais dans la joie totale », témoigne dame Kabré.

Mue par sa volonté de réussir, Wend-Dabo commence à convaincre, au fil du temps, même les plus sceptiques. Son travail séduit ses enseignants. A la fin du troisième trimestre, elle finit 42e sur 76 élèves avec 5,99 sur 10 comme moyenne annuelle.

La force de l’enthousiaste

Jamais recluse, débonnaire et toujours entourée d’amis, informe le directeur de l’école de Gogo ‘’A’’, Samuel Tondé,  Wend-Dabo vit pleinement sa  vie d’adolescente : insouciante, joueuse, impulsive et parfois gauche.

Son enthousiasme est tel qu’elle est arrivée à faire accepter la différence, transformant ainsi son handicap en une force singulière qui détruit les clichés et stéréotypes.  « Tout le monde est sympathique envers elle. Je ne l’ai pas encore entendu dire qu’elle a été l’objet d’injures ou de railleries. Je pense que ça tient aussi à son caractère »,se convainc sa génitrice.

A l’école, la petite Wend-Dabo jouit aussi d’une grande notoriété. Pendant la récréation, elle se frotte à tout le monde. Le jeu est son autre passe-temps préféré. Elle s’y prête à presque tout : à la marelle, au ballon et au lancé de capsules.  « J’aime beaucoup m’amuser avec mes camarades quand nous n’avons pas cours », insiste-t-elle.

Jouant toujours les boutes-en-train, Wend-Dabo se fait apprécier de tous. « Elle n’a pas de problème. Elle s’amuse tout le temps et ne cherche pas la bagarre », lâche un groupe d’aînés de la classe de 6e qui partage le même espace de jeu que Wend-Dabo et ses copines.

En compagnie ou seule, la petite Wend-Dabo se plaît surtout à tout faire d’elle-même. Elle accepte très peu l’aide des autres. Foi de sa maîtresse, Eboubié Kamouni, qui la tient depuis la classe de CP1. « C’est vraiment quand elle est dans l’incapacité de faire quelque chose qu’elle laisse les autres lui donner un coup de main, comme faire monter son fauteuil sur les escaliers.

En classe, elle se joint aux autres élèves de son groupe pour les travaux. Elle balaie même la salle quand bien même je le lui aurais défendu », confie-t-elle. En famille, c’est encore la même rengaine, soutient sa mère. Rien ne semble convaincre l’adolescente à se résigner à l’assistanat. « Elle fait presque tous les travaux. Elle balaie la cour, elle lave les plats, souvent même ses habits. J’ai réussi seulement à l’empêcher de s’approcher du feu », apprend dame Kabré.

« Je veux devenir enseignante »

A l‘école primaire Gogo ‘’A’’, le zèle de Wend-Dabo n’étonne plus. Mais son énergie est souvent si débordante qu’elle se laisse aller à des abus. Quand elle ne se faufile pas entre les tables pour distraire ses camarades en plein cours, occasionnant des punitions à d’innocentes victimes,  elle joue les résistantes et les bornées devant des enseignants réclamant le silence pendant les récréations. « Une vrai bandit parfois », informe sa maîtresse, mais qui s’empresse de préciser qu’elle le fait pour attirer aussi l’attention sur elle.

Avec l’école, Wend-Dabo vit le grand amour. Elle n’envisage d’ailleurs pas abandonner les salles de classe, à la fin de ses études. Elle veut y rester pour enseigner. « C’est mon rêve. Je veux être avec des enfants et leur apprendre à lire  et à écrire », affirme-t-elle. Lire la suite sur SIWAYA

 

 

 

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