APPEL A COMMUNICATION

Communication et géopolitique : construire une autre image de l’Afrique

La thématique de l’image de l’Afrique dans l’univers géopolitique a fait l’objet de nombreuses critiques soucieuses du positionnement de l’Afrique dans « le village global ». Cette image est peu valorisante pour le continent, car basée sur des clichés négativistes du progrès de l’Afrique. Certains analystes voient dans ces clichés une doctrine qui sous-tend des intérêts géopolitiques à travers un système mondial de communication. Si l’Afrique constitue un « énorme potentiel pour les investisseurs », sa communication semble encore balbutiante. « Aujourd’hui, ne pas communiquer, c’est soit ne pas exister, soit exister à travers les présupposés d’autrui » (GERVEREAU L..2007,63).

La manipulation médiatique dont parle Ignacio Ramonet dans « Propagandes silencieuses » met en lumière les mécanismes et les procédés de l’endoctrinement véhiculés par les médias de masse, pour construire l’idéologie et domestiquer les cerveaux. Le général Vincent Desportes considérait ainsi, dans « Penser autrement, la guerre probable (2007) », que « la guerre probable ne se fait pas entre les sociétés, elle se fait dans les sociétés », celles-ci devenant les premières cibles de la manœuvre de communication dans le but de les rallier à la volonté de la puissance intervenante (BOULANGER Ph.2014 : 30-31)

« En somme, la géopolique des médias appartient aussi bien au domaine de la géographie qu’à celui de l’information-communication. Elle se caractérise bien par la diversité de ses approches, de ses concepts et de ses problématiques dont le point commun est lié à la notion de rivalités de pouvoir sur le territoire. » (Ibid.)

Aujourd’hui, avec la mondialisation, l’impact de cette manipulation atteint son paroxysme. Les échanges inégaux des flux économiques et culturels entre le Nord et les pays du Sud accentuent cette domination et plongent l’Afrique dans le processus d’homogénéisation du monde. Les politiques de dérégulation des espaces médiatiques nationaux aboutissent aujourd’hui à une circulation accrue des produits culturels occidentaux par le biais des mouvements de privatisation. Il s’ensuit un « enveloppement de l’espace informatif et culturel » de l’Afrique par le système transnational des médias et ses stéréotypes.

Dans ce contexte, l’image de l’Afrique que renvoient ces moyens de communication ne peut être exempte de manipulation. Même si « les médias ne disent pas ce qu’il faut penser mais à quoi il faut penser » (Mc COMBS M.et SHAW D. cités par GUIGO P.E. : 2017 : 44), ils orientent les perceptions des contemporains. Alors, peut-on combattre cette « guerre de l’image contre l’Afrique » dans un rapport de forces technologiques où les frontières peinent à exister ?  Peut-on encore rêver d’un « Nouvel Ordre mondial » de l’information  et de la communication enfoui dans les mémoires ?

Les UACO tentent de cerner la place de la géopolitique, selon cette définition qui l’assimile à « l’étude des rivalités de pouvoir(s) et/ou d’influence(s) sur un territoire donné ». (LACOSTE Y :2013 :6). Dans quelle mesure les médias africains contribuent-ils (consciemment ou inconsciemment) à la manipulation des citoyens africains ? Ont-ils une part de responsabilité dans la fabrication de l’image de l’Afrique ? Quelles stratégies développer pour influencer « l’agenda » des médias transnationaux sur l’Afrique ?

  • Communication et repositionnement des savoirs en Afrique

Dans un contexte dominé par les représentations des Technologies de l’Information et de la Communication, comme symboles de modernité et facteurs d’intégration à l’économie mondiale, l’Afrique peut-elle se repositionner sur l’échiquier mondial sans valoriser et mettre en exergue ses savoirs endogènes : connaissance (expertise), savoir-être (attitude, comportement), culture et savoir-faire (apprentissage) ?

Il s’agit d’identifier le type de communication susceptible de forger une autre image de l’Afrique dans tous les domaines politiques, économiques, culturels et sociaux. Comment valoriser les savoirs autochtones en les adaptant aux curricula des écoles de formation ? Comment promouvoir les connaissances de nos terroirs ignorées ou exclues du champ scientifique et des normes dominantes ?

  • Les entreprises de presse en Afrique face aux défis de la mondialisation

Parler des entreprises de presse dans un contexte mondialisé, c’est démontrer qu’au-delà de transmettre des informations de toutes natures (information-nouvelles, informations-connaissances, loisirs, et publicité), elles sont aussi confrontées à des défis qui, s’ils ne sont pas relevés, menacent leur survie. En tant qu’acteurs de la vie internationale, les médias sont confrontés à tous les défis de leur époque (Tudesq A-J. (dir), 1997). Et l’un de ces défis portent sur le fait que beaucoup d’entreprises de médias occidentales s’implantent en Afrique en introduisant, en plus des contenus occidentaux, des contenus africains dans leur programme, afin d’élargir l’audience, dans un contexte de plus en plus concurrentiel. La crise structurelle et la transformation digitale que vit l’industrie des médias aujourd’hui frappe tout aussi violemment les médias africains. Dans cet environnement globalisé, les entreprises de presse doivent revoir leur façon de faire en termes de collecte, traitement et diffusion de l’information, leurs modèles économique et éditorial. Cette nouvelle dynamique demande une réorganisation totale et un abandon des anciennes pratiques de management. Face à cet environnement concurrentiel, que peuvent et doivent faire les entreprises de presse africaines face à l’envahissement des écrans africains par des programmes axés sur la culture de l’évasion et la recherche du plaisir ? Quel est le modèle économique sur lequel doivent reposer les entreprises médiatiques face aux mutations et à la convergence technologiques ?

  • Médias et sociétés : peut-il y avoir des particularités africaines ?

Les médias ont un rôle prépondérant dans la vie sociale et politique en général, et plus décisif encore dans les sociétés en mutation. Il n’est nul besoin de rappeler que l’information est de fait au centre de tout processus de transformation sociale. Le rôle attribué aux médias africains au début des indépendances et encore défendu aujourd’hui comme outils d’unification des nations naissantes, de développement, est interpellateur sur leurs spécificités présumées. Marie-Soleil Frère (2016), tout en reconnaissant que les standards et pratiques en matière de médias ne sont pas universels, souligne que même au sein du continent africain, le journalisme est pluriel.

Les médias ne font pas que transmettre de l’information. Ils sont aussi des véhicules de culture. Dans notre monde globalisé, quelle stratégie l’Afrique doit-elle adopter pour faire face à cette mondialisation des cultures ?

Les médias africains, en tant que transmetteurs de culture, proposent-ils des contenus qui reflètent des particularités africaines ? Et comment s’expriment ces particularismes ?

Les particularités africaines renvoient-elles, dans le contexte culturel actuel, à l’angle de traitement des faits d’actualité, à la langue utilisée pour le public cible ou aux normes et valeurs sociales locales ?

Ces particularités peuvent-elles inspirer un façonnage géopolitique de l’Afrique ? Et comment positionner l’Afrique sur l’échiquier international à partir de ses particularités ? Quelle sera la valeur marchande de ses particularités dans la nouvelle économie des médias à l’heure du numérique ?

Autant de questionnements qui suscitent des échanges entre chercheurs, professionnels des médias, techniciens et organisations de la société civile africaine et d’ailleurs.

Pour approfondir la réflexion sur la problématique de « La construction de l’image de l’Afrique », les Universités africaines de la communication de Ouagadougou (UACO), organisées par le ministère de la Communication du Burkina Faso, à travers la Direction Générale des Médias, pour leur 12e édition, sollicitent des propositions de communication qui pourront s’insérer dans l’une des trois thématiques suivantes :

Soumission des propositions

Pour chaque proposition de communication, le texte devra comporter :

  • Le nom, le prénom, l’adresse mail et l’affiliation institutionnelle de l’auteur/des auteurs ;
  • Le titre de la communication ;
  • Le sous-thème auquel la communication est destinée ;
  • Un résumé de 3 500 signes, espaces compris. L’auteur doit exposer le plus clairement possible sa problématique, son objet, ses références théoriques, sa méthodologie et sa bibliographie ;
  • Les Principaux résultats attendus : l’accent devra être mis sur les évidences et les résultats qui sont susceptibles de contribuer à une reconstruction positive de l’image de l’Afrique.
  • Les propositions doivent être envoyées au plus tard le 15 septembre 2019 à l’adresse suivante :   dgmbf16@gmail.com;
  • Un accusé de réception des propositions sera adressé par voie électronique à l’adresse mail fournie.
  • Les propositions seront évaluées par un comité technique.

Notification aux auteurs

La notification aux auteurs dont les propositions seront retenues interviendra le 30 septembre 2019.

Réception des communications et notes aux auteurs

Le texte complet des communications dont le résumé a été accepté devra parvenir au Comité technique au plus tard le 30 Octobre 2019 en respectant les instructions susmentionnées.

Bibliographie

  • Boulanger Ph. (2013) Géopolitique des médias ; acteurs, rivalités et conflits Colin, Paris.
    • Char, A. (1999), La guerre mondiale de l’information, Presses de l’Université du Québec.
    • Frère M-S (2016), Journalismes d’Afrique, De Boeck Supérieur.
  • Gervereau L. (2007) La guerre mondiale médiatique, Nouveau monde Editions, France.
  • Hugon, Ph. (2007), La géopolitique de l’Afrique, Séides, Paris.
  • Lacoste, Y. (2013), Atlas géopolitique, Paris, Larousse.
  • Moumouni, Ch. (2003), L’image de l’Afrique dans les médias occidentaux : une   explication par le modèle de l’agenda-setting, les cahiers du journalisme n°12.
  • Pachecus, C. (2018), Médias, mondialisation et diversité culturelle, le cas de l’Afrique subsaharienne, Études africaines, l’Harmattan.
  • Sonnac N., Gabszewicz J. (2013), L’industrie des médias à l’ère numérique, La Découverte.

Tudesq A-J (dir) (1997), Les médias acteurs de la vie internationale. Éditions Apogée.

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