THOMAS SANKARA : qu’est ce qui a manqué à son œuvre ?

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Trente ans d’attente, trente ans de réminiscences douloureuses pour le peuple burkinabé. Le temps passe et la vérité reste introuvable sur l’assassinat du père de la révolution burkinabé. Ce 15 octobre 1987 a laissé une page d’histoire non achevée, des empreintes non élucidées, une plaie qui n’est toujours pas cicatrisée.

D’aucuns l’appellent un illuminé, un visionnaire qui voulait construire un nouveau Burkina, une nouvelle Afrique. De par ses actions, l’homme prônait l’identité africaine et refusait que son peuple s’identifie à l’occident. Il voulait une Afrique qui développe ses propres ressources, et ses propres initiatives pour ne plus dépendre de l’extérieur.

A côté de ceux-ci, il y a ceux-là qui estiment que Thomas Sankara était le grand Karl Marx, Lénine, Roosevelt, Lumumba, Aimé Césaire, etc. quand on voit qu’il alliait la théorie abstraite à la réalisation concrète. ‘’Tout ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme’’, disait-il. Ce qui n’était pas si sûr.

Une autre catégorie de personnes qualifient l’homme de Messager, de Prophète comme Elie, Moïse, Jésus Christ ou Mohamed, qui était chargé de passer un message aux Africains et au reste du monde entier, de toucher leurs consciences, de prôner le changement de mentalité et de faire naître aux peuples noirs la fierté d’être Africains. Mais, tout ce que l’on sait, est que le légendaire Sankara dérangeait les révolutionnaires de circonstance par sa vision des choses. Son radicalisme enchantait autant qu’il agaçait. Thomas Sankara était contre l’apartheid et contre le paiement de la dette. « Je dis que les Africains ne doivent pas payer la dette. Celui qui n’est pas d’accord peut sortir tout de suite, prendre son avion et aller à la Banque mondiale pour payer », avait-il lancé à la tribune d’un sommet de l’UA à Addis-Abeba.

L’effort de Thomas Sankara se ressentait dans son amour propre pour son pays. Quand il rebaptisa la Haute Volta, Burkina Faso, le pays des hommes intègres, diminua considérablement le train de vie des dirigeants, encouragea la consommation des produits locaux, promeut la construction de logements, d’écoles et d’hôpitaux. Il entreprit également une grande réforme agraire de redistribution des terres aux paysans, l’augmentation des prix et la suppression des impôts agricoles, se pencha sur l’émancipation de la femme, etc. C’était un changement radical au lendemain des indépendances qui donnait une connotation difficile, incomprise des Burkinabé. L’homme semblait être trop en avance sur son temps .

Ce qui fait que même si la révolution a engrangé des victoires, pas mal d’erreurs également ont ponctué cette période. C’est par exemple la décision de rendre gratuit les loyers pendant une année, toute chose qui causait de la peine pour certains bailleurs qui ne vivaient malheureusement que de ces retombées à l’image de certaines veuves. ‘’je me rappelle que dans la cour où nous vivions à l’époque, appartenait à une veuve qui venait chaque mois en sanglots car n’ayant rien pour nourrir ces enfants’’ nous confie un citoyen.

A cela, s’ajoute les dérives des Comités de défense de la révolution (CDR) qui dictaient la loi dans les quartiers et créaient la terreur dans les cœurs des habitants. Nous ne perdons pas également de vue les nombreux « dégagements » de fonctionnaires pour leur non implication dans la révolution. Sans oublier ‘’l’opération dégraissage’’ dans l’enseignement qui a contribué un tant soit peu à détruire des couples, à séparer des femmes de leurs époux à jamais.

Enfin, la jeunesse du père de la révolution lui a peut-être également fait défaut. Les jeunes ont le sang chaud dit-on et manquent souvent de sagesse et d’habiletés pour diriger. On se rappelle qu’en son temps, le pouvoir des chefs coutumiers était négligé. Est-ce la raison qui explique que juste avant sa mort, l’homme s’était peu à peu rendu compte qu’il était bien trop en avance par rapport à son peuple et disait  »qu’il est préférable de faire un pas avec le peuple que cent pas sans le peuple’’.

Aujourd’hui, trente ans après l’assassinat de Thomas Sankara, la soif de justice des Burkinabé demeure et est bien réelle. Ils veulent en finir avec tout le mythe qui se crée autour de cette affaire, tout ce doute, toute cette incertitude. Et il est temps que les cœurs meurtris s’apaisent.

                                                                                                                                                   Assétou Maïga

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