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A la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) naissent et vivent des enfants qui subissent au quotidien les affres de la prison. Leur seul crime, être nés de mères prisonnières. Reportage sur un drame dont on parle peu.

 

Wendyam aura 2 ans en septembre 2016. Son lieu d’habitation : la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). Que fait-il dans cet endroit peu enviable ? Il ne le sait pas. Il ignore également que la prison n’est pas sa cour familiale.

 

Ses journées sont loin de ressembler à celles des autres enfants de son âge. Le petit Wendyam n’a jamais mis les pieds hors de la Maco, encore moins franchi la grande muraille servant de barrière à ce centre pénitencier. Il passe le clair de son temps dans cette grande bâtisse où défilent des Gardes de sécurité pénitentiaire (GSP), souvent, armes aux poings.

 

Le garçonnet est arrivé dans cet univers carcéral à l’âge de 9 mois. Il y a grandi. C’est ici qu’il a appris à marcher et à parler, parce que sa mère est condamnée. Condamnée à purger une peine qu’elle ignore. « Je suis ici depuis plus d’une année. Je n’ai pas encore été jugée. Et je ne sais donc pas quand je vais sortir de la prison », explique la mère de Wendyam, toute désemparée.

 

 

Elles sont d’ailleurs nombreuses dans cette situation. « Lorsque j’arrivais à la Maco, mon enfant n’avait que 9 mois. Aujourd’hui il est âgé de 1 an 9 mois. Je n’ai personne pour m’aider. Mon mari est également emprisonné. Nous attendons d’être jugés », relate Zamtako, une autre détenue, toute découragée.

 

Nourri au lait maternel pendant longtemps, « le jeune prisonnier malgré lui » évolue maintenant avec le peu de nourriture non-adaptée (bouillie) à son alimentation que leur offre par moments le service social de la prison. Il n’a pas bénéficié des bienfaits des légumes pour bien grandir ou dela viande pour être fort, encore moins du « yaourt » tant aimé par les enfants de son âge. Chétif et moins grand que la moyenne des enfants de son âge, visage émacié avec un faciès peu semblable à celui d’un bambin, Wendyam a tendance à se sentir triste et à beaucoup pleurer. Cependant, il vit sa vie comme elle lui est imposée entre les quatre murs du quartier des femmes.

 

[quote width="auto" align="left|right|none" border="COLOR" color="COLOR" title=""]« Wendyam a peur des hommes. Comme il a grandi parmi les femmes et il est tout le temps entouré de femmes, c’est pour ça qu’il a peur des hommes. Quand un homme lui parle, il tremble tout seul  »[/quote]

 

Il est 12h moins et quart, tout bouge dans l’enceinte de la grande cour abritant la prison. Les GSP entament d’interminables va-et-vient entre l’administration et les différents quartiers. Les détenus reconvertis s’attèlent à leur tâche dans l’atelier de soudure et de menuiserie. D’autres s’adonnent à l’arrosage des plantes et au nettoyage des services. C’est à ce moment précis que Wendyam et sa mère, accompagnées d’une GSP, font leur entrée dans le parloir situé à proximité du quartier des femmes, où nous les attendions pour un entretien. Vêtu d’un tee-shirt rouge, la bouche toute bouffie, les cheveux crépus, les pieds nus, il est resté recroquevillé dans les bras de sa mère lorsque nous lui adressions par moments la parole. « Wendyam a peur des hommes. Comme il a grandi parmi les femmes et il est tout le temps entouré de femmes, c’est pour ça qu’il a peur des hommes. Quand un homme lui parle, il tremble tout seul et il a peur », explique Napoko, la mère du garçonnet. Le regard hagard et songeur, elle tient dans ses bras la petite sœur de Wendyam, recouverte d’un pagne aux multiples couleurs. Visiblement, l’incarcération de la mère a des impacts négatifs sur l’évolution psychologique du jeune enfant.

 

 Wendpuiré et son enfant  dans le parloir

 

Une mère et ses deux bambins dans la même cellule

Lorsque Napoko arrivait à la Maco, elle portait au dos Wendyam âgé à peine de 9 mois et dans le ventre Wendémi, aujourd’hui âgée de 6 mois. « Je dors sur un petit matelas avec mes deux enfants, dans la même cellule. Nous mangeons ce que nous gagnons. La nourriture est très inadaptée à la croissance des enfants. Cette nourriture ne nous (NDLR : Napoko et ses deux enfants) suffit pas. Je suis toujours en train de demander à manger. La prison est très difficile pour les grandes personnes. Que dire alors des enfants ? », se plaint-elle.

Edith Ouédraogo: "la Maco n'est pas un lieu approprié pour l'éducation d'un enfant"

 

[quote width="auto" align="left|right|none" border="COLOR" color="COLOR" title=""] « Que voulez-vous ? Comprenez qu’il est difficile de défendre la cause de quelqu’un qui n’est pas censé exister, car ces enfants, officiellement, n’existent pas dans nos bases de données »[/quote]

Le droit à l’éducation de Wendyam et de sa sœur leur a été retiré le jour où leur mère a été admise en prison. Elle a peut-être volé, escroqué ou même tué mais ses enfants non. Les autres compagnons de cellule de Wendyam non plus. Cependant, ils sont tous écroués dans les geôles, subissant du coup la culpabilité de leurs génitrices.

Pourquoi un tel sort réservé à des innocents ? Même le directeur de la Maco, l’inspecteur de sécurité pénitentiaire Ousséni Ouédraogo, ne semble pas comprendre une telle situation. « En tant qu’humains, nous savons que ces enfants ont des besoins spécifiques quant à leur alimentation et leur prise en charge. Malheureusement au sein de la maison d’arrêt, ces besoins ne sont pas pris en compte. Juridiquement et pénalement, ces enfants sont libres. Ils sont uniquement là du fait de l’infraction de leurs mères », explique l’inspecteur Ouédraogo. Et notre interlocuteur d’ajouter avec un pincement au cœur : « Que voulez-vous ? Comprenez qu’il est difficile de défendre la cause de quelqu’un qui n’est pas censé exister, car ces enfants, officiellement, n’existent pas dans nos bases de données ». Ces êtres très fragiles sont protégés par la loi burkinabè seulement dans les textes. Sur le terrain, la réalité est tout autre. Le directeur de la Maco nous confie que selon les dispositions de la loi, l’enfant peut être retiré à sa mère seulement après deux ans, pour le confier à sa proche famille.

 En attendant d'être jugée, cette détenue et son enfant croupissent à la MACO

 

Pourtant, ces femmes sont souvent abandonnées par leurs maris ou leurs familles après leur incarcération. Elles n’ont donc personne à qui confier leurs enfants. Le cas de la détenue Wendpuiré est très illustratif. « Cela fait plus de 6 mois que je n’ai pas reçu de visiteurs. Je suis abandonnée à mon sort. Je suis là comme ça avec mon enfant », confie-t-elle. Et pis, la loi ne prévoit pas de placer ces enfants en famille d’accueil ou dans des centres sociaux. « Je suis mère de sept enfants. Je suis ici en prison avec deux enfants. Les cinq autres enfants sont avec ma mère qui peine d’ailleurs à les nourrir. Leur école s’est arrêtée car c’est moi qui payais leur scolarité.La prison est entrain de foutre en l’air mon avenir et celui de mes enfants », se plaint Wendpuiré.

« Regardez-nous », dit-elle en indexant son enfant frêle, « ma petite fille-là est malade, elle a besoin d’être opérée et je suis sans soutien. Mon mari n’est pas au Burkina », relate Napoko, toute triste, les larmes aux yeux.

 

 

Une cohabitation très difficile

Les femmes détenues ayant des enfants partagent la même cellule que leurs codétenues. Elles sont regroupées dans une grande salle d’où dégage une odeur qui coupe l’appétit. Et pourtant, c’est dans cet endroit qu’elles prennent leurs repas. A l’intérieur de ladite salle se trouvent la douche et le WC. « Ce n’est pas facile mais c’est comme ça, sinon la nuit elles vont faire comment ? C’est pourquoi les toilettes sont dans leur salle de détention », nous explique notre accompagnatrice qui nous suit de très près. Dans cette pièce sont exposés horizontalement des matelas tout le long du mur, des sacs, des ventilateurs, de nombreux vêtements et objets étalés çà et là. « Ha ! Femmes, même en prison elles veulent toujours paraître belles », nous sommes-nous dit dans notre for intérieur, à la vue de ces nombreux produits cosmétiques qui disputent la place aux seaux de bain. C’est dans ce capharnaüm que vivent ces enfants à peine sortis du giron maternel. L’air peine à « se promener » dans la pièce pourtant il est l’élément indispensable pour la vie et les enfants en ont fortement besoin. Dans les cellules, la cohabitation n’est pas du tout aisée.

 

 

Allons maintenant à la rencontre de « Pagb’naba » (ndlr : la chef des femmes), une dame à forte corpulence, imposante, de teint clair. Au vu la manière dont elle s’exprimait au cours de notre tête-à-tête, nous avons compris tout de suite qu’elle n’est pas cheffe pour rien. Elle avoue ne pas du tout supporter de partager le même dortoir avec des mères et leurs bébés. « Quand tu as un peu sommeil, ces enfants passent tout le temps à pleurer. Dans la période de chaleur c’est grave surtout quand on coupe le courant. Nous sommes 15 dans notre cellule avec 3 femmes et 4 enfants. Imaginez ce que cela fait quand tous ces enfants se mettent à pleurer tard dans la nuit », explique-t-elle. Son souhait, c’est de voir les mères ayant des enfants séparées des autres femmes.

 

Cependant, Pagb’naba n’est pas aussi insensible qu’elle en a l’air. S’érigeant en avocate, elle souhaite que les autorités trouvent définitivement une solution à la situation de cette catégorie de femmes et particulièrement celles qui attendent indéfiniment leur jugement depuis des années. « Si dehors on lutte contre la délinquance juvénile, ici on forme des délinquants prêts à être mis sur le marché. Un enfant qui grandit en prison, de quoi ou de qui aura-t-il encore peur ? Rien et personne », s’inquiète-t-elle, la gorge nouée.

                                                                                           

Le cri de cœur de la MACO

Pour le directeur de la Maco, le phénomène des enfants vivant avec leur mère est un drame qui se vit en silence dans tous les établissements pénitentiaires du Burkina Faso. « Les conditions de détention et d’évacuation des prisonniers laissent à désirer et la Maco ne dispose pas d’ambulance nonobstant les nombreuses remarques qui ont été faites de par le passé aux autorités », dit-il.

 Le directeur de la MACO, Ousséni Ouédraogo : "il est difficile de defendre quelqu'un qui n'existe pas"

 

« Nous avons un véhicule Toyota 4x4 que nous utilisons pour le transport des détenus malades tout comme des femmes enceintes. Lequel véhicule se trouve dans un état critique et tombe régulièrement en panne », indique l’inspecteur Ouédraogo, rêvant de la création d’une garderie qui pourrait, ne serait-ce qu’un moment, éloigner ces enfants des angoisses des cellules. « Si des personnes extérieures au niveau du préscolaire venaient prendre ces enfants ne serait-ce que quelque temps afin qu’ils se frottent à d’autres enfants, cela les soulagerait énormément », préconise le directeur. En attendant que l’Etat prenne en charge ces bambins ou que les députés votent une loi en faveur de leur protection, les 5 enfants âgés de 6 à 23 mois que nous avons rencontrés croupissent en prison avec leurs génitrices. Sûrement d’autres enfants viendront grossir le lot. Mais la mère ne pourrait-elle pas bénéficier un jour de l’innocence de son enfant ?

                                                                                                                                               Issa KARAMBIRI                                                                                                                                                                                                 Karambiri.issa@gmail.com

                            

Vus et entendus à la MACO

 

Le quartier des femmes est surveillé par le personnel féminin

Dans le quartier des femmes, l’accès est minutieusement contrôlé. « Aucun homme n’ose s’y aventurer au hasard » (comprenez par-là qu’il aura chaud), laisse entendre notre guide du jour qui est bien sûr une femme GSP. Les fouilles et les contrôles sont assurés uniquement par le personnel féminin.

Le processus de réinsertion sociale est une réalité

Parmi les détenues rencontrées, la plupart savent faire « un petit quelque chose ». Pendant que certaines s’adonnent à la couture, d’autres fabriquent des sacs qu’elles vendent aux visiteurs. Ces activités permettent de faire face souvent à leurs besoins, fait savoir Wendkuni.

Elles croupissent en prison à cause de la lenteur administrative

Ils sont nombreux, ces détenus qui purgent leur peine sans savoir exactement la durée de leur détention. Toutes les femmes que nous avons rencontrées sont dans cette situation. Elles ont passé au minimum chacune 14 mois de détention sans être passées devant un juge. « Il faut que les chefs-là voient notre situation. La prison-là, ce n’est pas facile. On est là depuis, on ne sait pas combien de temps on va faire ici », se plaint Pagb’naba.

Le véhicule de l’intendant sauve une détenue enceinte

A la Maco, les conditions de détention et de travail sont loin d’être enviables. Malheur à un détenu malade si son cas nécessite l’intervention d’une ambulance. Pas de véhicule pour transporter des cas urgents à l’hôpital. Selon la responsable du service social de la Maco, Ouédrago Edith, n’eût été l’humanisme de l’intendant qui a accepté de donner sa voiture, Napoko aurait accouché dans les cellules de la prison sans une véritable assistance médicale.

La prison, un lieu qui épie tout le monde

Selon le directeur de la Maco, la prison c’est comme l’hôpital, personne ne peut dire qu’elle n’y viendra jamais. Il souhaite que tout le monde œuvre à donner un visage humain à nos maisons d’arrêt car chacun peut y séjourner un jour où l’autre.

Propos recueillis par IK

NB: Les prénoms des prisonnières et ceux de  leurs enfants ont été  changés pour des raisons pratiques.      

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