Les femmes accordent plus de 15% de leur temps journalier aux activités domestiques tandis que les hommes ont largement le temps pour faire des activités économiques. C’est ce qui ressort de l’ouvrage du Dr Barbara KY, économiste et Directrice du genre à l’UEMOA, intitulé : « Le travail non rémunéré : enjeux pour le développement ». Un livre qui a été dédicacé ce 19 juillet 2019 à Ouagadougou.

Dr Barbara KY qui a bâti sa réflexion suite à ce double paradoxe en ce qui concerne les femmes dans les pays en voie de développement. D’abord elles ont des taux d’activité économique très élevés mais leur contribution réelle à l’économie est très sous estimée. Ensuite, les femmes sont celles qui ont de longues heures de travail, et paradoxalement elles sont les plus pauvres.

Pendant que les politiques disent tenir compte du genre, l’analyse économique ne prend pas en compte le travail non rémunéré des femmes qui est estimé à 85% selon l’enquête menée par Dr KY. 54% du travail journalier des femmes n’est pas rémunéré car consacré à la production domestique, soutient l’économiste Barbara KY.

Le nouveau livre du Dr Barbara KY

Dans son ouvrage, elle aborde la problématique du travail non rémunéré et les enjeux qu’il représente en terme de quantification et de valeur macro-économique. Pour ce faire, Dr Barbara KY a analysé les politiques économiques depuis 1970. En effet, jusqu’en 1970, la pauvreté n’était que monétaire. A partir des années 1980, que l’on a commencé à parler des vulnérabilités comme facteur de pauvreté.

La ressource « temps » t est importante pour se développer

Cette économiste s’appuie sur la théorie de la pauvreté des capabilités de Amartya SEN, économiste et philosophe indien , pour qui l’éducation et la santé sont des capabilités essentielles. C’est sur la base de cette théorie, que l’indice du développement humain (IDH) a été mis au point en 1990, note Barbara KY. Pour elle, la ressource « temps » est un déterminant de la pauvreté des capabilités et est importante pour se développer.

Dr Barbara KY

Pour l’actuel Directrice Genre de l’UEMOA, la production domestique est un travail non moins important que la production marchande qui est faite grâce au travail non rémunéré. C’est en 1993, qu’il a été décidé que les biens produits par les ménages pour leur auto consommation doivent être comptés dans la production, affirme Dr Barbara KY.

 « on a essayé d’intégrer le genre dans les politiques de développement mais on n’a pas quantifié le travail non rémunéré des femmes»

Est ce que le travail non rémunéré n’a pas un lien avec l’offre de travail des femmes ? Quelle est la relation entre les femmes, la pauvreté et le développement ? Autant de préoccupations prises en compte dans l’ouvrage. En réponse à la seconde question, elle soutient que : « on a essayé d’intégrer le genre dans les politiques de développement mais on n’a pas quantifié le travail non rémunéré des femmes. Le fait de ne pas prendre en compte la production non marchande, amoindri le PIB. Au niveau Micro économique, le travail non rémunéré limite les capabilités des femmes ».

Le public venu assister à la cérémonie de Dédicace du livre

L’enquête réalisée par Barbara est une première pour le Burkina Faso et donne des indicateurs très importants pour les politiques publiques en matière d’autonomisation des femmes. Mais comment vont s’autonomiser les femmes qui n’ont comme travail que le travail non rémunéré?, s’interroge-t-elle, tout en invitant les acteurs à revoir la question de la budgétisation sensible au genre en dotant les fonds aux ministères techniques pour une meilleure prise en compte des préoccupations des femmes.

Davy YAMEOGO

Laissez votre commentaire ici !