Sexualité précoce : un camp éducatif pour apprendre aux filles à ‘’dire non franchement’’

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 ‘’Dire non franchement’’ c’est le thème d’un camp éducatif qui va réunir du 20 juillet au 02 août 2018, 500 jeunes filles à Loumbila. Initié par le Centre de Recherche et d’Intervention en Genre et Développement (CRIGED), ce camp éducatif vise à informer et sensibiliser les jeunes filles contre la sexualité précoce.  Pour en savoir davantage sur cette initiative, Queen Mafa s’est entretenu avec Dr Nestorine Sangaré, directrice du CRIGED, une engagée dans la promotion des droits des femmes et des filles.

Vous organisez un camp éducatif contre la sexualité précoce,  pourquoi cette initiative ?

Cette initiative est liée au fait que depuis 2011 le centre met en œuvre un projet dénommé  genre droit et santé de la reproduction en milieu scolaire. Dans le cadre de ce projet, nous nous focalisons sur la lutte contre les grossesses non désirées des filles en milieu scolaire.  Il y a vraiment aujourd’hui un problème grave à l’échelle nationale. Selon une enquête mandatée par le ministère de l’économie et des finances sur la situation des grossesses non désirées des filles en milieu scolaire et il est ressorti de cette enquête que dans notre pays de 2012 à 2016, nous avions au total plus de 6400 de grossesses en milieu dont 297 élèves du primaire.

     Les acteurs de l’éducation sont dépassés, les parents sont dépassés et on ne sait pas maintenant qui doit s’occuper du comportement sexuel des enfants.

On remarque un phénomène de précocité sexuel inquiétant. En effet, la plus jeune dans le cadre de l’étude avait 11 ans, mais récemment nous avons l’information qu’il y a une fille de 9 ans à Saaba qui est enceinte.

On se rend compte que les acteurs de l’éducation sont dépassés, les parents sont dépassés et on ne sait pas maintenant qui doit s’occuper du comportement sexuel des enfants.

 Nous, nous avons décidé de lancer un projet dénommé école de la vie pour éviter que les enfants n’aient de mauvaises expériences ou des mésaventures avant de prendre de bonnes décisions pour leur vie en général et de leur sexualité en particulier.

Vous avez appelé cette campagne ‘’dire non franchement’’, quel sens revêt ce slogan ?

L’an passé nous avons réuni 100 jeunes garçons et filles de 15 à 30 ans.  Pendant qu’on discutait, les garçons nous ont fait savoir que ce n’était pas de leur faute. De leurs propos, il ressort que  les filles sont disponibles, accessibles et qu’on n’a plus besoin de se fatiguer pour leur faire la cour. Qu’il suffit seulement que tu aies besoin d’une fille et tu peux en trouver. Ces propos m’ont touchée en tant que femme, parce que cela traduit un problème de laisser aller chez les filles elles-mêmes. Cela veut dire que les filles perdent leur valeur. Elles contribuent à se dévaloriser aux yeux des garçons en étant facilement accessibles, disponibles et surtout qu’elles ne savent pas dire non franchement.

Dire non franchement c’est apprendre aux enfants de 10, 15 ans et plus, quelles sont les techniques de communication à mettre en avant pour se défendre quand elles sont face à des situations où elles doivent choisir entre le faire ou ne pas le faire. Beaucoup sont attirées par les divertissements : les shows piscine, les soirées privées, les kermesses, les arrosages, etc, qui sont des occasions où les filles en particulier pensent que lorsqu’on est avec un garçon, il faut lui faire un cadeau.

 Dire non franchement, c’est apprendre aux filles à s’accorder plus de valeur, à ne pas céder simplement parce qu’on leur a demandé, à mesurer le pour et le contre avant de se laisser aller, et surtout à faire l’analyse des conditions qu’il faut remplir avant de s’engager dans la sexualité active.

Pourquoi cette formation est adressée uniquement aux filles ?

Cette année nous avons décidé de refaire le camp en nous intéressant seulement aux filles parce qu’il faut commencer quelque part. Je me dis qu’il leur manque quelque chose dans leur éducation qui fait qu’elles ne savent pas comment se défendre face aux garçons. Nous avons exclu les garçons pour pouvoir se parler entre filles. C’est intentionnel parce qu’à l’occasion si nous devons parler de techniques de communication, de stratégies, si les garçons sont là, ils vont tout entendre et ils vont déjà savoir comment les contrer.

 Dans le groupe, il y aura des filles qui sont déjà actives et des filles qui ne sont pas actives. Parmi celles qui sont déjà actives, il y en a qui feront des récits de vie. On va prendre le problème dans tous ses contours : où, quand, comment, avec qui, faut-il dire non franchement ? L’alcool, la drogue sont des nouveaux facteurs de risque. Des filles sont droguées à leur insu et se retrouvent en train de subir des viols collectifs.

Une fille qui ne peut pas s’affirmer ne peut jamais dire non franchement quand elle est devant un garçon qui veut lui imposer des rapports sexuels non désirés

Quels sont les modules qui seront développés au cours de cette formation ?

Il y a un nouveau module que je viens de développer sur la gestion des capitaux de vie, pour leur apprendre d’abord à se connaître, à se valoriser, s’accepter et s’affirmer. Une fille qui ne peut pas s’affirmer ne peut jamais dire non franchement quand elle est devant un garçon qui veut lui imposer des rapports sexuels non désirés.  Il y aura d’autres thème comme le développement personnel;  l’abstinence un droit ou un devoir ? Les droits modernes et la sexualité précoce ; les facteurs de risque : la sexualité précoce, habillement, divertissement, internet, drogue et alcool ; la question du non consentement ; les infections sexuellement transmissibles ; les limites des méthodes contraceptives. Le dernier thème que nous aborderons est la construction de relations saines. Des femmes leaders donneront des témoignages.

Il y aura également au programme des séances d’aérobic chaque soir tandis que les weekends sont consacrés à des cours de cuisine, une compétition sportive, les découvertes de talents dans tous les domaines : théâtre, danse, musique etc.

Pensez-vous que ces 12 jours suffiront-ils pour atteindre l’objectif recherché ?

Ce n’est pas suffisant mais nous avons des activités post-formation. Pour toutes les filles qui suivent la formation et même les garçons, nous avons un groupe Whatsap. Après la formation, nous allons continuer à échanger.  Nous suivons l’actualité qui donne lieu à des débats dans le groupe. On cherche des expériences sur des récits de vie, des expériences d’ailleurs. A la fin du camp, elles doivent élaborer des plans de vie. Elles doivent repartir avec l’engagement de mieux gérer tout le matériel (rires), pour pouvoir savoir ce qu’elles font de leur vie. Il y a des rencontres périodiques.

Environ combien de filles sont attendues ?

Nous attendons 500 filles et on espère qu’on pourra atteindre ce nombre, parce que c’est vraiment une préoccupation pour les parents. Nous avons demandé une contribution aux parents, 60.000FCFA pour le camp, mais quand on fait les estimations des dépenses, ça remonte à plus de 150 mille FCFA. Mais ce n’est pas à la portée de beaucoup de parents.

 

Assétou MAIGA

NB: Les inscriptions se poursuivent jusqu’au 20 Juillet au CRIGED (ex maison de la femme),sis a Koulouba,en face de l’archevêché.

Contacter les organisateurs par Whatsap au 76 80 00 87 ou par email au criged@yahoo.fr. Vous pouvez aussi nous joindre par téléphone au (+ 226) 78 88 78 80 ou 56 23 19 00.

 

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