Cet article que nous publions à la veille de la journée internationale de la femme est une contribution du Dr Poussi Sawadogo, Diplomate et analyste en prévention des conflits et promotion de la paix. Il revient sur le rôle de veille que la femme peut jouer dans la promotion de la paix au Sahel grâce. D’où l’importance au niveau du G5 Sahel de travailler à renforcer sa présence dans les instances de décision, ainsi que sa capacité dans les domaines de l’éducation à travers notamment une prise en charge intégrale de la jeune fille.

Dernier né des organisations régionales, le Groupe des cinq pays du Sahel, dénommé G5 – Sahel, que sont le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, s’est donné pour mission de sécuriser et de développer la région sahélienne par des activités diverses. Connue par sa force d’intervention contre les groupes extrémistes armés, le G5 – Sahel se veut avant tout un outil de développement pour la paix. Le Secrétaire Permanent du G5 –Sahel, en octobre 2015 soutient que « la création du G5 Sahel est sous tendue par une grande volonté politique et un engagement fort des Chefs d’Etat de circonscrire les préoccupations communes de sécurité, de développement mais aussi et surtout, de démocratie, afin de s’approprier en toute responsabilité le leadership de leur destinée dans un esprit de coopération mutuellement bénéfique. » L’institution a comme vision de « faire des pays du G5 Sahel un espace économiquement intégré, socialement prospère, culturellement riche, où la sécurité et la paix règnent durablement, en se fondant sur l’état de droit, la bonne gouvernance et la démocratie, par la création d’une communauté moderne, ouverte à l’innovation et à la technologie, unie, solidaire et tolérante, contribuant efficacement à l’amélioration constante de la qualité de vie de toutes ses populations et à tous les niveaux. »

L’opérationnalisation de cette vision incombe aux acteurs et aux actrices de la région. Ainsi, les Etats, les collectivités, les organisations non étatiques (société civile et privé) partagent et mutualisent leurs efforts pour réaliser cette vision. Le succès de toutes les entreprises en faveur de la sécurité et du développement de la région du G5 – Sahel doit être le fruit de la synergie entre les femmes et les hommes. Un leadership sensible au genre pour la sécurité et la paix au Sahel est indispensable pour atteindre les objectifs fixés par le G5 – Sahel.
Du 18 au 20 février 2017, le forum de la Plateforme des Femmes du G5-Sahel tenu à Bamako au Mali a recommandé une participation active des femmes au processus de paix et de sécurité durable au Sahel. Pour la plateforme, cette participation est avant tout un préalable à la réussite des initiatives de paix et de développement dans la région en proie à la radicalisation, à l’extrémisme violent et au terrorisme. Selon Marie Laurence Ilboudo Marchal, députée du Burkina Faso, présidente du réseau parlementaire Femmes et Développement et actuelle Ministre de la femme : « Les femmes sont aussi bien victimes qu’actrices et instruments de tous ces phénomènes violents. Si on veut produire un impact, il faut qu’elles soient impliquées, qu’elles participent à ce combat. Cela ne peut se faire que si elles sont associées au processus de décision ».

Considérant le rôle de veille joué par la femme dans la promotion de la paix au Sahel grâce à « sa position stratégique au sein de la communauté », Saran Kéita, présidente de l’antenne malienne du Réseau femme paix et sécurité de l’espace Cédéao (REPSFECO), affirme que la femme « est la première personne à comprendre ce qui se passe au niveau du noyau familial ou communautaire, à remarquer les changements de comportement chez les jeunes, à être confrontée aux processus de radicalisation et à donner l’alerte en attirant l’attention des pouvoirs locaux ». Baby Hassia, Spécialiste Genre régionale d’ONU Femmes au Secrétariat permanent du G5 Sahel abonde dans le même sens en défendant que « L’absence des femmes du processus de décision en la matière est un frein à la prévention et à la lutte contre ce fléau (…) Elles doivent être impliquées de bout en bout pour apporter leur propre approche sur la question, qui les concerne au premier chef. Autrement, on risque de passer à côté de beaucoup de choses. »

Lors du Dialogue de Haut niveau pour la promotion du leadership des femmes dans les questions de paix et de sécurité dans les pays du G5-Sahel, tenu à Bamako du 21 au 22 février 2017, les Nations Unies par le message d’Edem BLEGE, représentant le secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique, indique la position de l’organisation mondiale à savoir que la participation active des femmes dans le processus de la paix est « … une nécessité politique et stratégique, si on veut ensemble vaincre des diverses expressions lourdes de violences ; inscrire l’Afrique et le Sahel dans une dynamique de développement et de paix. Nous devons veiller à ce que l’autonomisation des femmes occupe une place centrale dans l’examen des stratégies, destinées à combattre le terrorisme et l’extrémisme violent comme indiqué par la résolution 2224 de 2015 du Conseil de sécurité des Nations-Unies. ».
Le genre, en tant qu’analyse et approche, invite à la présence des femmes dans les instances de décision, au renforcement de la capacité des femmes dans les domaines de l’éducation et de prise en charge intégrale de la jeune fille, à l’implication des femmes dans le processus d’alerte précoce pour la prévention de l’extrémisme violent et à la promotion du développement local dont les femmes sont à la fois actrices et bénéficiaires au même titre que les hommes. Les femmes et les hommes du G5 – Sahel doivent se donner mutuellement la main pour la sécurité et le développement de la région.

C’est dans ce sens que le Secrétaire permanent du G5 – Sahel lance un appel aux citoyennes et aux citoyens de la région : « Conjuguons nos efforts pour une sécurité intégrale permanente et un Développement humain inclusif durable. »

Dr Poussi Sawadogo, Diplomate – Communicateur – Coach
Analyste en prévention des conflits et promotion de la paix
Certifié en « Genre et Développement », spécialisation « Genre et Education » (IHIED – Genève)

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