Santé sexuelle et reproductive : quand l’ignorance plombe l’avenir des filles

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Le rapport national de la population publiée en 2016 fait cas de 6041 grossesses en milieu scolaire. Cela s’explique en grande partie par l’ignorance, l’inaccessibilité aux services adaptés aux jeunes et l’insuffisance de la communication entre les parents et les adolescents sur la sexualité. Pour réduire les effets pervers de ce phénomène sur l’éducation des adolescents, des associations de jeunes à l’image du Mouvement d’Action de l’ ABBEF s’activent pour sensibiliser davantage sur la question. Un tour dans l’Ouest du Burkina Faso, nous a permis de constater le combat de ces associations. Reportage !

Il est 16 heures passé de 25 minutes ce 17 novembre lorsque nous nous apprêtions la commune rurale de Bérégadougou via Banfora. Assis à califourchon derrière la motocyclette, nous voilà engloutis sur cette voie mal bitumée en partance à la rencontre des élèves, filles-mères qui bénéficient des séances de sensibilisation de « Tantie Rebecca ».

Parsemés de nids de poules par endroit, cet axe semble, malgré tout praticable, me lance mon « conducteur » du jour comparativement à la route qui relie Banfora à Mangodara.

Après une demi-heure de trajet entre bavardage et silence, nous arrivons à destination. La tête, le visage et les habits bien poussiéreux. Sur les lieux, nous attends, la présidente de l’ « Association Faso Djigui », Aoua Coulibaly/Yigo communément appelé «Tantie Rebecca ».

Une femme à la tête d’une association de jeunes qui a fait de la sensibilisation sur les dangers liées aux rapports sexuels non protégés, son combat de tous les jours.

Après les salutations d’usage avec « Tantie Rébecca », nous arpentons quelques ruelles et débouchons sur une autre voie. Là, sont assises de nombreuses jeunes filles, devisant entre elles sous un arbre. A leur côté, des enfants jouant dans le sable. Ces derniers sont le fruit de leurs entrailles nous apprend avec précision notre accompagnatrice.

Aoua Coulibaly/Yiougo se bat pour sensibiliser les jeunes filles sur les conséquences des rapports sexuels non protégés

Une à une, chacune raconte sa mésaventure. Yvette Soma âgée de 17 ans, une fille au teint clair, les lèvres bourrues et ses petits rires innocents laissent apparaître toute sa beauté. Lorsqu’elle commence à expliquer les conditions dans lesquelles elle a eu son « gosse », ses yeux rougis et sont pleins de larmes

La paume de la main caresse son visage, s’attarde sur son front, et lui protège partiellement ses yeux. Une timidité d’enfant.

Elle garde son secret, sa douleur, sa révolte, son impuissance face à cette situation qui l’a éloignée de l’école. « J’ai été abusée par un homme un soir. Je suis tombé enceinte de lui. C’est en ce moment qu’ont débutées mes souffrances », relate-t-elle tout doucement.

Yvette Soma est tombée enceinte en étant en classe de 5ème  à l’âge de 14 ans. Cette grossesse subite comme elle le qualifie si bien a été le facteur de son retard à l’école. « A cause de la grossesse, j’ai fait une année blanche avant de reprendre les cours. Malgré cette reprise, je n’ai pas réussi à mon BEPC pour la deuxième fois », raconte la jeune fille.

Dans sa langue maternelle (le dioula), Yvette Sanou, un peu timorée et l’air innocent avoue que la grossesse est venue d’elle-même.« La grossesse est venue comme cela. Je ne pouvais plus rien faire d’autre que de mettre l’enfant au monde en dépit du fait que je n’en voulais pas », se désole-t-elle toute triste.

La présidente de l’association assise au milieu de quelques enfants des élèves filles mères au cours d’une fête

Bien que tombée involontairement enceinte, la jeune élève laisse entendre que si elle avait bénéficié un peu tôt des séances de sensibilisation de l’ « Association Faso Djigui », elle aurait échappé à ce sort.

« Maintenant avec les activités de l’association je sais comment me comporter  et gérer mes relations sexuelles », avoue-t-elle avec un petit sourire.

La sensibilisation, seule arme de protection

Selon la présidente de ladite association, la situation des grossesses précoces en milieu scolaire dans la zone est très alarmante. Cela, poursuit-elle, est dû à plusieurs facteurs notamment la pauvreté, l’inaccessibilité des jeunes aux méthodes contraceptives et aux services de santé. Nonobstant les efforts de l’association, le mal persiste.

Le ventre bien arrondi, Anne Sanou, une autre élève en classe de 4ème nous rejoint. Avec une voix calme, elle fait savoir que sa grossesse est due à une méconnaissance de son cycle menstruelle et la-non utilisation des méthodes contraceptives.  « J’ai entendu parler des méthodes contraceptives mais je n’en ai jamais utilisé », nous confie la future maman enceinte de 6 mois.

C’est avec un grand regret que la jeune fille laisse entendre que désormais elle utilisera les contraceptifs. Car dit-elle, « avec les causeries que nous avions avec tantie Rebecca, on peut éviter les grossesses en utilisant les préservatifs ou des pilules contraceptives ».

Et à Aoua Yigou de poursuivre que pour leur part, elles œuvrent à travers la sensibilisation pour montrer aux filles les conséquences liées aux rapports sexuels non protégés et aux grossesses non désirées.

« Dans notre combat, nous essayons tant bien que mal d’échanger avec les parents sur l’éducation des enfants et de montrer les désastres liés à l’avortement clandestin, affirme-t-elle dit.

Aussi, l’Association tient régulièrement des rencontres avec des femmes pour leur montrer l’importance de l’espacement des naissances. « Nous montrons aux femmes l’utilité d’adopter les méthodes contraceptives », informe « Tantie Rebecca ».

Autre lieu, même combat

Dans la ville de Sya, les jeunes sont confrontés à plusieurs difficultés liées à leur santé sexuelle et reproductive. Le problème des grossesses non désirées est très récurrent. Selon la présidente de l’Association du Mouvement des Jeunes (MAJ) de l’ABBEF, Yasmine Sanou, ce sont les filles, à peine âgées de 14 ans qui sont le plus souvent victimes et surtout confrontées au problème d‘avortement clandestin.

 » Les jeunes prennent de plus en plus conscience des dangers liées aux relations sexuelles non protégées », la président du MAJ Bobo, Yasmine Sanou,

Pour trouver une solution à ce fléau, les jeunes du MAJ mènent de nombreuses activités afin de conscientiser la jeunesse sur les effets néfastes des rapports sexuelles non protégés.

« Nous organisons des théâtres forum, des causeries éducatives, des whats’app tchat, des discussions en ligne sur les réseaux sociaux afin de faire passer la bonne information en matière de santé sexuelle et reproductive », relate Yasmine Sanou. Et d’ajouter qu’ils passent par le loisir pour toucher plus de jeunes.

Grâce au MAJ, j’ai bénéficié d’un service après avortement

« Lorsque nous faisons les sensibilisations, nous travaillons avec d’autres groupes de jeunes tels que le club RFI, l’association Kafuli. Toute chose qui a permis d’impacter positivement sur la santé sexuellement des jeunes », fait-t elle savoir.

A travers les causeries débats et autres échanges, le MAJ arrive à référer certains jeunes dans les centres de santé afin qu’ils bénéficient d’une meilleure prise en charge.

Oumou Sanou est une des jeunes filles ayant bénéficié de cette prise en charge. Tombée involontairement enceinte et face à l’irresponsabilité de l’auteur, elle n’a trouvée autre solution que de « faire couler la grossesse » à 10 semaines.

Les jeunes se retrouvent à travers les réseaux pour débattre des questions liées à la santé sexuelle et reproductive

Ayant bénéficié des séances de sensibilisation, Oumou Sanou fait partie désormais des paires éducatrices. Elle œuvre à sensibiliser les jeunes filles dans la cité de Sya.

Selon la jeune élève son activité au sein du groupe consiste à mener des activités de plaidoyer et de sensibilisation avec d’autres groupes de jeunes au profit des adolescents dans la ville.  Les actions de sensibilisation du MAJ ne se limitent pas seulement à Bobo-Dioulasso, elles s’étendent aux autres villes relais de la capitale économique du pays.

                                                                                                       Issa KARAMBIRI

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