Rasmata Konfé, « l’handi-capable » qui redonne le sourire aux personnes vulnérables

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Femme dynamique et courageuse, Rasmata Konfé est le symbole d’une victoire sur le fatalisme. Redonner le sourire aux personnes vulnérables, c’est l’objectif que s’est fixé cette femme pour qui rien n’est impossible. Malgré son handicap, elle a décidé d’être une solution et non un poids pour son entourage. A l’occasion de la journée internationale de la femme 2022, Queen Mafa est allé à la rencontre de cette femme dont le courage force l’admiration.

Queen Mafa : Pourquoi vous a-t-on surnommé « handi-capable » VIP ?

Rasmata Konfé : J’étais à une rencontre où on devait parler d’un projet. C’est au cours de cette rencontre qu’on m’a donné le surnom « handi-capable ». Cela signifie que je suis une personne vivant avec un handicape mais capable de faire beaucoup de chose.  Je veux que ce surnom m’accompagne partout où je vais et je vais toujours plaider pour que les autres personnes handicapées deviennent des handi-capables. Mon handicap ne m’empêche pas de m’afficher. Je suis une femme comme toutes les femmes.

 Qu’est-ce qui vous a motivé à vous investir dans l’humanitaire ?

Je suis née dans une famille très pauvre et j’ai vu ma maman qui malgré la situation difficile partageait le peu de choses qu’elle avait. Elle était toujours disposée à aider tous ceux qui venaient demander son soutien. J’ai appris à aimer, à donner l’amour. En grandissant, j’ai remarqué qu’il y avait des personnes handicapées comme moi mais qui n’arrivaient pas à manger ne ce reste qu’une seule fois par jour. Je me suis donc demander ce que je pouvais faire pour ces personnes vulnérables. C’est ce qui m’a motivé à m’engager dans l’action humanitaire. Quand tu donnes quelque chose à quelqu’un et qu’en retour cette personne retrouve le sourire, cela doit te donner la joie de vivre. La reconnaissance de Dieu est plus juste que la reconnaissance de l’être humain donc je veux que les gens retiennent de moi que malgré mon handicap, j’ai pu être utile à mon prochain.

« Je me focalise maintenant sur la question des enfants »

 

 Parlez-nous de l’association Wend Panga pour le développement dont vous êtes la présidente

L’association est née depuis 2014. J’ai regroupé un certain nombre de personnes vivant avec un handicap et j’ai demandé à ce que nous travaillons ensemble mais malheureusement cela n’a pas marché.

 Pourquoi cela n’a pas marché ?

Le domaine associatif est très complexe. Certains pensent qu’être membre d’une association c’est se remplir les poches et quand c’est ainsi, cela tue l’association. J’ai trouvé bon d’arrêter avec  les grandes personnes et d’aller avec les plus petits. J’ai donc décidé de me focaliser sur la question des enfants.

Que voulez-vous dire par « J’ai donc décidé de me focaliser sur la question des enfants » ?

J’ai créé en 2021 une association dénommée « nouvelle graine d’espoir » et c’est en faveur des enfants vulnérables.  L’association compte près de 1 500 enfants dont l’âge est compris entre 4 et 17 ans. A la rentrée des classes, nous avons fait des dons de kits scolaires. C’est grâce aux bonnes volontés que nous arrivons à prendre soin de ces enfants. On aimerait aider également les mamans des enfants défavorisés en leur offrant des sessions de formation pour leur permettre d’être autonomes.

 Vous lancer une activité dans ce mois de mars en faveur des personnes défavorisées, de quoi s’agit-il ?

 Je lance une foire dénommé « handi-capable » qui est une vitrine pour permettre aux personnes handicapées d’exposer leur savoir-faire. Cette activité vise à motiver les participants à entreprendre tout en gardant leur dignité. Je suis contre la mendicité des personnes handicapées parce qu’elles ont un cerveau comme tout le monde. Les personnes handicapées ont du talent et mon objectif c’est de les encourager à mettre leurs talents au service de la nation. C’est une foire inclusive qui regroupe tout le monde. Elle concerne aussi bien les personnes valides que celles invalides.

 Quel regard portez-vous sur la célébration du 8 mars au Burkina ?

La célébration du 8 mars est mal compris par certaines femmes parce qu’elles pensent que cette journée est faite pour les djandjoba,  aller danser dans des maquis. Je pense que les femmes devraient se regrouper pour mener des réflexions et voir comment elles peuvent avoir de l’accompagnement pour mieux gérer leurs activités génératrices de revenus. Le 8 mars ne se résume pas à cotiser de l’argent pour s’acheter le pagne ; non ! Il y a des femmes qui se sont battues et qui ont revendiqué pour que nous ayons une journée à nous donc nous devons honorer la mémoire de ces femmes en rendant utile le 8 mars.

« Etre une personne handicapée ne signifie pas quelqu’un qui ne peut rien faire »

 Quels vos projets ?

 Mon souhait est de mettre en place un centre où il y aura des orthopédistes, des kinésithérapeutes avec un équipement de formation complet pour permettre aux personnes handicapées et celles valides mais vulnérables de trouver leur compte et d’apprendre un métier qui leur convient.

Quels conseils donneriez-vous à une personne handicapée qui a perdu tout espoir ?

J’étais complexée mais il a fallu du temps pour que je puisse accepter et vivre avec mon handicap. Il ne sert à rien de se lamenter et de se morfondre sur son propre sort. Quel que soit le degré de ton handicap, tu dois te dire que tu dois absolument te battre pour quelqu’un. Avec un cœur sincère tu peux t’approcher d’une personne ressource qui pourra t’accompagner dans ton activité mais je déconseille la mendicité. Etre une personne handicapée ne signifie pas quelqu’un qui ne peut rien faire. On peut tout faire quand on a la volonté même si on n’est pas valide.

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