Quota genre au Burkina : 6 questions à Me Alidou Ouédraogo

Au Burkina Faso, l’on constate une faible participation des femmes dans la gouvernance locale. Toute chose qui conduit les politiques publiques à tenter plusieurs lois afin de réduire cette disparité criarde entre les hommes et les femmes. D’où la loi sur le quota genre qui continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive.

Dans cet entretien qu’il a accordé à notre rédaction, Me Alidou Ouédraogo, explique l’importance de la participation politique inclusive et les nouvelles propositions de sa structure, la Convention des Organisations de la société civile pour l’Observation Domestique des Élections ( CODEL), dans le cadre de la nouvelle constitution en cours d’élaboration.

Que pensez-vous du quota genre au Burkina Faso à l’heure actuelle?

 Je suis très content de répondre à cette question parce que, j’avais déposé sur le bureau du président Roch Marc Christian Kaboré, notre projet de constitution pour le passage à une 5e république. Dans les dispositions de cette constitution,  nous avons abordé le genre.

Nous avons pensé que la question des quotas était aléatoire  et nous sommes tout simplement passés à la parité.  Nous avons codifié la parité en ce qui concerne la question genre. C’est-à-dire, un homme-une femme dans toutes les circonstances, dans tous les domaines.

On a dit : « oui, c’est trop avancé ». Cependant, nous travaillons même sur des textes du 19e siècle. On peut effectivement oser inscrire ça dans notre droit fondamental.

A l’arrivée du président Paul Henri Sandaogo Damiba également, on lui a donné ce projet de constitution. Et à l’arrivée du président Ibrahim Traoré, on lui a remis la même constitution. Si cette constitution voit le jour, la question genre sera résolue définitivement parce que la question de la femme sera résolue.  Elles seront à égalité avec les hommes et ce sera un homme-une femme. Dans un gouvernement de 16 personnes, huit hommes-huit femmes.  Dans le conseil municipal, à égalité de délégués avec les hommes.

C’est dans les mauvaises et difficiles circonstances qu’on voit l’importance de la femme

 

 

 

La nature de notre société  et le comportement font qu’on ne prend pas en compte l’importance de nos femmes. Or, nous sommes issus du ventre des femmes. Sans les femmes, nous ne sommes rien et c’est tout le temps dans les mauvaises et difficiles circonstances qu’on voit l’importance de la femme.

Il est temps que la femme aille de l’avant. Je le dis d’autant plus que, j’ai eu à travailler avec le président Tabon M’Béki de l’Afrique du sud et ils ont instauré la question de la parité dans leur constitution. J’ai travaillé également avec le président Abdoulaye Wade du Sénégal. Il a instauré la parité dans la constitution sénégalaise. Le Burkina aussi peut le faire.

Comment changer les mentalités ?

C’est l’éducation. Il faut commencer par les enfants. Au lieu de dire que les garçons ne doivent pas faire la cuisine, il faut leur apprendre à faire la cuisine en même temps que les filles que nous avons. Il faut les éduquer de manière à s’assumer, à être responsables, l’éducation à la formation.

Il faut d’abord avoir en tête que la femme peut faire ce que l’homme peut faire, que l’homme doit faire ce que la femme fait

Parlant de parité homme-femme. Faut-il inclure les femmes juste parce ce que ce sont des femmes ou bien l’on doit nécessairement prendre en compte les compétences ?

On ne doit pas occulter la question de la compétence et de l’importance de la femme. Il faut d’abord avoir en tête que la femme peut faire ce que l’homme peut faire, que l’homme doit faire ce que la femme fait.  Pourquoi nous ne pouvons pas faire la cuisine pour nos femmes ?  Pourquoi nous ne pouvons pas laver les habits de nos femmes ?  Pourquoi nous ne pouvons pas éduquer nos enfants comme les femmes les éduquent ? Il faut résoudre ces questions-là.

Quelles sont les recommandations de la CODEL à propos du quota genre ?

Il y a une alternative quand il s’agit de nommer à des postes de responsabilités. Nous avons dit qu’en matière de vote, il faut réserver la liste nationale aux femmes, une liste nationale composée de femmes, une liste nationale composée de handicapés, une liste nationale réservée aux jeunes et comme ça, on est sûr que les femmes seront élues au côté des hommes.

 

Le 19 novembre 2022, le premier ministre Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla disait que les femmes ne sont pas suffisamment engagées. Un avis qui a suscité beaucoup de réactions. Qu’en pensez-vous ?

En fait… Euh… Il y a une anecdote que je vais vous citer. J’étais au Rwanda, un an avant le génocide. J’ai rejoint le FPR (Front patriotique Rwandais) au bas du mont Karinga . J’ai trouvé que le FPR  était constitué presqu’à moitié de femmes et de jeunes filles. Elles sont au front pour la lutte de l‘armée. Lors de la prise de Kigali, c’est une femme qui est devenue la présidente de l’Assemblée nationale quand le régime s’est installé. Elle se nomme Rose Mukantabana.

 

Quel est votre message à l’endroit de nos dirigeants pour une meilleure implication des femmes dans la gouvernance ?

 C’est de les convaincre et qu’ils se convainquent  de l’importance capitale de la femme  dans notre société, qu’elle est la moitié du ciel et de ne pas s‘attacher aux stéréotypes qui mènent aux mariages forcés,  aux mariages précoces, aux mutilations génitales. Avec les femmes, il y a des exemples. N’Kozasana Dlamini  Zuma était présidente de l’Union Africaine. Dans notre pays, nous avons Djimbi Ouattara, Yennenga.

Ce sont des femmes qui ont joué le rôle de dirigeants, qui ont combattu et qui ont convaincu. Donc, nos filles, nos sœurs, nos femmes sont autant capables que nos enfants. Il faut que les hommes franchissent le pas et sachent nommer des femmes aux postes de responsabilités et de décision.

 

Queenmafa.net

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