Professeur Yaye Kène Gassama : celle qui fait pousser le riz en milieu salé

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Le Pr. Yaye Kène Gassama est revenue à ses vieux amours. Après avoir rempli ses fonctions de ministre, elle est retournée à la Faculté des sciences de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Vendredi 10 septembre 2015. 

Le Pr. Yaye Kène Gassama est revenue à ses vieux amours. Après avoir rempli ses fonctions de ministre, elle est retournée à la Faculté des sciences de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Vendredi 10 septembre 2015. Au 2e étage du département de biologie végétale, son discours véhicule l’amour débordant pour la recherche d’une manière générale et en particulier pour l’exploitation des nouvelles technologies appelées biotechnologies. Rencontre avec chercheure extraordinaire.

Dans son bureau, des séquences importantes de sa carrière universitaire sont en arrière-plan, d’une petite bibliothèque. La sobriété du bureau n’est pas un indicateur de la quantité, ni la qualité des recherches menées depuis une trentaine d’années en biotechnologies dans ce département de la Faculté des sciences et techniques. Cette dame a défriché le champ des biotechnologies au Sénégal. Aujourd’hui, les universités publiques et le Sénégal peuvent en récolter les fruits. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Sénégal n’est pas en retard sur la recherche en biotechnologies même si pour ce qui concerne les OGM (Organismes génétiquement modifiés) sur le terrain, il est distancé par le Burkina Faso, le Kenya, l’Afrique du Sud et même le Soudan en termes de superficies couvertes par les plantes modifiées. « Nous avons produit en 25 années de recherche beaucoup de résultats dans le domaine des biotechnologies végétales. Nous pouvons être fiers de figurer parmi les leaders dans ce domaine en termes de nombre de chercheurs et de nombre de publications scientifiques produites. La valorisation de ces résultats nécessite des moyens accrus pour relèvement des infrastructures et pour promouvoir la mobilité des chercheurs et des étudiants », fait Pr.Yaye Kène Gassama. L’universitaire n’est pas conservatrice. Elle ne s’enferme pas trop dans une spécialisation. Elle a reçu diverses formations.Elle part de sa discipline de base pour embrasser ce que nous disons les spécialités des temps de modernes : les biotechnologies pour encore parler à un langage accessible, des disciplines qui s’intéressent ou qui s’occupent des Ogm.  « J’ai une formation en biotechnologie végétale et microbienne et une spécialisation en agronomie et en foresterie. Le dénominateur commun à ces différentes disciplines, c’est l’amélioration génétique », fait remarquer l’universitaire titulaire. Au niveau national et international, Yaye Kène Gassama, a été la présidente du Conseil africain des ministres en charge de la Science et de la technologie (Amcost). Elle a été, durant 3 ans, la coordinatrice nationale du Comité national de biosécurité du projet de l’Unep-Gef (United nations Environnement/ Programme/Global environnement facility). Ce projet a abouti à l’élaboration d’un cadre règlementaire consensuel en biosécurité. Elle a aussi participé à la conception d’un programme régional d’harmonisation des politiques en biosécurité en Afrique de l’Ouest et du Centre.

L’adaptation du riz dans un milieu salé

Mais elle est surtout présente dans la recherche-action. Le Pr. YayeKèneGassama au-delà de l’acquisition de connaissances nouvelles, a une définition de la recherche basée sur la création de produits nouveaux ou de services utilisables par les populations, définition certainement largement partagée dans le monde de la recherche : en effet, celle-ci doit apporter des réponses aux défis du développement dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de l’éducation, de l’environnement… « S’intéresser à la riziculture en zone salée dans une optique de pérennisation de cette culture qui en plus de la dimension économique a une fonction sociale chez des groupes ethniques de la Casamance, constitue une nécessité pour fournir aux populations des solutions d’adaptation », soutient l’universitaire. Ses travaux ont aussi offert de beaux jours pour les « Niébé », une espèce endémique en Afrique de l’Ouest.

                       La mère des espèces végétales modifiées

« La biotechnologie est un outil qui donne la possibilité d’obtenir à partir d’un individu sélectionné, des millions d’individus. C’est le clonage. J’ai travaillé avec mon équipe sur l’amélioration du « Bissap » de variétés d’agrumes, mais aussi pour introduire des gènes de résistance à des virus », dévoile l’universitaire, Pr. YayeKène Gassama avec son équipe, a décrypté les systèmes des espèces végétales soit pour les protéger soit pour les conserver ou encore pour valoriser leur potentiel. Les espèces d’Acacia, de Prosopis, d’anacarde, de Never Die, de « soumpe », du bambou entre autres ont été étudiées dans une perspective de modification de leur système biologique.   La diversité des espèces végétales qui sont passées à la loupe dans leur laboratoireest indicatrice de sa passion pour les biotechnologies. « Mes recherches avaient pour base une meilleure connaissance des systèmes biologiques pour pouvoir agir et valoriser de manière durable leur potentiel», rappelle le membre de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal ( Ansts).

                                 La transformation génétique

Elle est une pionnière dans la transformation génétique des espèces. « La transformation génétique, c’est l’intégration de nouveaux gènes, dans une espèce cultivée, ou forestière, pour accroître le rendement, la résistance à des pesticides, la capacité photosynthétique, la tolérance à la sécheresse, à la salinité et la résistance aux virus. Toutes ces techniques permettent d’améliorer l’espèce », explique la spécialiste des biotechnologies. Le Pr.Yaye Kène Gassama a conçu des méthodes de transformation directes utilisant Agrobacteriumtumefasciens par voie directe.

Aucun cas de toxicité sur une période de 20 ans

Le professeur a une position tranchée sur les débats sur les avantages et les inconvénients des Ogms. L’universitaire en bon scientifique se tient aux résultats des études scientifiques réalisées à travers le monde et qui n’ont pas décelé des conséquences négatives aussi bien sur la santé humaine et animale.« Il existe des normes édictées par la Fao et l’Oms et au niveau de l’Union Européenne, des évaluations sont régulièrement effectuées sur les Ogm avant leur mise sur le marché. Si l’on se base sur les études effectuées sur l’innocuité des Ogm consommés sur une période de 20, aucun cas avéré scientifiquement n’a été prouvé», soutient l’universitaire. Toutefois elle milite pour le respect des principes de précaution pour prévenir la dissémination des Ogm dans l’environnement.

I.SANE

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