Présidentielle 2020 : « il n’y a pas de document mieux que la CNIB et le passeport pour garantir la transparence », Martine Yabré,

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Les députés de la majorité présidentielle ont voté le nouveau électoral. Ainsi, pour les élections à venir, seuls la Carte Nationale d’Identité Burkinabè (CNIB) et le passeport sont admis comme document de vote. Du coup, les cartes consulaires sont rejetées. Du côté de l’opposition politique, c’est une exclusion orchestrée par le pouvoir en place. A travers cet entretien, Martine Yabré en actrice avertie des processus électoraux fait une lecture de la situation.

Quelle lecture faites-vous du rejet par l’opposition du nouveau code électoral ?

Je traduis toutes mes satisfactions pour le vote de cette loi qui consacre désormais la CNIB et le passeport comme les seuls documents de vote. Je dis cela par expérience et en connaissance de cause. Ce n’est un secret pour personne, même si on peut déplorer les techniques politiciennes qui ont abouti au choix de ces deux documents.

Dans ce contexte, il ne faudrait pas perdre de vue qu’il y a eu des cadres sous l’ancien régime qui avaient depuis belle lurette proposé ces documents comme étant fiables à même de permettre de garantir une forme de transparence aux processus électoraux au Burkina Faso.

Que pensez-vous de la position de l’opposition politique en adoptant la politique de la chaise vide au cours du vote de révision du code électoral ?

Je respecte toute posture qui soit prise en ce qui concerne le déroulement du vote au niveau de l’assemblée nationale. L’opposition est dans son rôle. En ce qui me concerne, je n’apprécie pas vraiment la politique de la chaise vide. Ce n’est pas pour autant que je vais critiquer la position de l’opposition. Cependant, je peux dire qu’il n’y a pas plus mieux que ces documents pour garantir la transparence.

Du processus et des discussions ayant aboutis à l’adoption de cette loi, on peut, peut être déploré le fait qu’il n’y ait pas eu suffisamment de communication entre les différents acteurs, mais en tant qu’administrateur électoral, je pense que les documents choisis sont les meilleurs.

La carte consulaire n’a pas été retenue comme document de vote. En quoi cela peut-t-il poser un problème ?

En réalité, il n y a pas une solution qui puisse être trouvée à une situation sans que cela ne soit sans conséquence, qu’elle soit positive ou négative. Même si on prenait la carte consulaire, il y aurait toujours des insuffisances. Je pense que le problème qui se pose est un problème de confiance entre les acteurs.  Il y a deux ou trois arguments qui ressortent de part et d’autre pour ceux qui ne sont pas forcément pour la CNIB ou le passeport. Le premier argument, c’est l’exclusion créée par la majorité. Le second, c’est un problème de confiance de l’autorité qui établit les documents, c’est-à-dire l’Office Nationale d’Identification (ONI). Et le troisième, c’est un problème de légitimité de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) .

Je suis certaine que tous les Burkinabè même de l’intérieur n’ont pas la CNIB ou le passeport. Il faut que l’Etat prenne les mesures urgentes pour pallier à ces éventuelles insuffisances qu’on peut constater. De toutes les façons, il est impératif aujourd’hui que nous reformions notre état civil.

Aujourd’hui, la même opposition qui, en 2013 nous avait convaincu sur le problème de fiabilité de la carte consulaire, vient défendre cette même carte consulaire. Cela veut dire que quelque part c’est de la subjectivité. C’est cela nous déplorons. C’est une insulte à l’intelligence du peuple. On ne peut pas gouverner au vent de ses intérêts. Il y a des leaders de l’actuel régime qui étaient dans l’ancien régime, qui à un moment ont protégé la carte consulaire et aujourd’hui ils la récusent, cela veut dire qu’il y a une prétention de rendre moins transparente le processus.

L’opposition estime que le MPP craint d’organiser le vote de la diaspora par peur de perdre les élections. Qu’en pensez-vous ?

En préparation des élections de 2015, s’il y a eu la falsification des cartes consulaires entre temps, c’était dans l’objectif de frauder pour avoir le maximum de voix pour les Burkinabè de l’étranger. Si ce vote a été reporté jusqu’à maintenant c’est parce qu’il y avait cette crainte qui animait une certaine classe politique.  Cependant, je ne rentre pas dans les débats de politiciens. Mon rôle n’est pas d’aider un parti politique à accéder ou à conserver le pouvoir. Mon rôle est d’attirer l’attention de la population à la base qu’il faut arrêter de se laisser manipuler par les hommes politiques qui ne s’appuient que sur les calculs d’intérêts personnels. En témoigne les retournements de veste de l’actuelle majorité et l’actuelle opposition

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En rejetant la carte consulaire, le pari du vote de la diaspora sera-t-il tenu ?

Il n’est nulle part écrit dans les textes que les Burkinabè de l’extérieur ne doivent pas voter. Il n’est nulle part écrit que la CENI doit organiser des élections et travailler à exclure quelqu’un. C’est pour cela nous avons déploré les relectures sélectives de nos lois électoraux. On peut relire les textes et travailler à ce qu’il ait une harmonisation du code électoral. Il faut relire l’entièreté du code électoral tout en maintenant le principe des documents de vote qui est un acquis.

Au cours de la campagne présidentielle, le président Rock Kaboré a fait la promesse de faire participer les Burkinabè de l’extérieur au vote. Avec le refus de la carte consulaire comme document de vote. Cette promesse n’est-t-elle pas un leurre ?

Je ne peux pas dire que c’est un leurre puisque nous ne sommes pas en 2020. Pour le moment, on peut dire que le président a non seulement exprimé cette volonté de faire voter les Burkinabè de l’extérieur mais c’était inscrit qu’ils voteront en 2020. Tout compte fait, le vote de la diaspora n’est pas le fait d’un seul individu. Je ne rentre pas dans les jugements ou promesses du président. De toute façon, le président Roch a fait des promesses aux femmes qui n’ont pas été jusque là tenues.

Les hommes politiques jouent avec la conscience du peuple et taille les textes à la mesure de leur intérêt. Si d’ici à 2020, ils estiment qu’avant 6 mois des élections, qu’il faut revenir si leurs décisions, ils le feront mais en ce moment ils rencontreront la volonté populaire.

L’option consistant à s’appuyer sur le fichier de l’ONI pour détecter les potentiels votants n’est pas du goût de l’opposition. Qu’en dites-vous ?

Les goûts et les couleurs ne se discutent pas tout comme le pouvoir de la pensée ne se délègue pas. Ce que je pense est différent de ce que l’autre pense. Par contre ce que je déplorerais, c’est le fait qu’on va demander par exemple à tous les Burkinabè de la diaspora de venir au pays pour établir des CNIB ou des passeports. A quoi servent nos représentations diplomatiques qui sont incapables de fournir un minimum de service ?

Il va falloir décentraliser l’ONI de façon temporaire pour enrôler le maximum de Burkinabè qui voudrait régulariser leur situation. En 2017, il n’y a pas eu de révision annuelle des listes électorales biométriques. Personne n’en a fait cas pendant que l’article 50 du code électoral le dispose clairement. Cette année 2018, nous ne savons pas si les dispositions ont été prises pour qu’il ait cette révision annuelle. On est amené à se  demander si le Burkina Faso n’aurait pas opté pour les révisions exceptionnelles. Si tel est le cas, cela est bien grave. Il faut que l’on travaille à réduire les insuffisances. Qu’on le veuille ou pas, on ne peut pas avoir un processus électoral excellent.

                                                                                                                                                       Issa KARAMBIRI

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