L’une des pathologies les plus graves en gynécologie obstétrique est la pré-éclampsie. Bien de femmes enceintes font la maladie et elles ou leurs bébés peuvent avoir des séquelles à vie à défaut de mourir. Comment cette maladie se manifeste-t-elle ? Comment la prévient-on ? Explication avec Aboubakar Coulibaly, gynécologue obstétricien au Centre médical avec Antenne chirurgicale (CMA) de Pissy.


C’est quoi la pré-éclampsie ?

On parle de pré-éclampsie chez la femme enceinte lorsque cette dernière fait une hypertension artérielle associée à une protéinurie (l’albumine dans les urines) avec souvent des œdèmes à partir de la 20e semaine d’aménorrhée. Dans ce cas, l’hypertension artérielle est définie comme une hypertension artérielle systolique supérieure à 14 /9. On parle alors d’une toxémie gravidique ou pré-éclampsie.
Au plan épidémiologique, une hypertension artérielle est observée chez environ 5 à 10% des femmes enceintes surveillées. Deux fois sur trois, il s’agit d’hypertension isolée. 20% des femmes enceintes hypertendues présentent une pré-éclampsie.

Les facteurs de risques

La pré-éclampsie complique environ 2% de grossesses. Elle est plus fréquente chez les primipares (environ 90%) parce que c’est leur première grossesse. Il existe également une prédisposition familiale faisant évoquer un facteur génétique récessif avec un risque multiplié par 10 chez les filles, leurs mères ayant déjà présenté elles-mêmes une pré-éclampsie. Mais c’est surtout pendant la saison pluvieuse qu’on a une prédominance de pré-éclampsie.
-Les facteurs socio-professionnels
L’hypertension artérielle est plus fréquente chez les femmes dont les professions nécessitent le recours à la force physique. On peut citer entre autres le travail des paysannes, des femmes de ménage, des auxiliaires de soins hospitaliers et le travail à station débout ou de manutention ou sur une machine le bras souvent surélevé.

-Les facteurs de risques vasculaires

Le tabagisme, la contraception antérieure par pilule, les antécédents familiaux d’hypercholestérolémie et/ou d’hyperlipidémie et l’obésité peuvent être cités parmi les facteurs de risques de pré-éclampsie. Le tabagisme et la contraception antérieure par pilule multiplient le risque de pré-éclampsie par deux, les antécédents familiaux d’hypercholestérolémie et/ou d’hyperlipidémie par 4 et l’obésité par 5.

De la pré-éclampsie légère à l’éclampsie !

Avec une hypertension artérielle de 14/9 plus une protéinurie à une ou deux croix chez la femme enceinte, on parle de pré-éclampsie légère.
La pré-éclampsie devient modérée lorsque la tension de la femme enceinte est supérieure à 14/ 9 sans atteindre 16/11, plus une protéinurie toujours à deux croix avec ou sans des œdèmes.
Elle est sévère quand la tension de la femme enceinte est supérieure ou égale à 16/ 11 avec une protéinurie de près de trois croix. On lui conseille alors le repos.
Quand la tension artérielle de la femme enceinte s’élève et la protéinurie devient massive, c’est un signe de complication, c’est-à-dire qu’on est en train d’aller vers la pré-éclampsie sévère. En ce moment, elle peut faire des crises tonico-chroniques qui se manifestent par des tremblements et après, le coma.On parle d’éclampsie quand il y a déjà une pré-éclampsie sévère avec une hypertension supérieure ou égale à 16/ 11 et une protéinurie massive de trois croix.

La crise d’éclampsie pendant une grossesse avant terme

Les crises d’éclampsie peuvent survenir même à 6 mois ou 7 mois de grossesse. En ce moment, une césarienne s’impose pour un sauvetage maternel, parce que tant que le fœtus se trouve dans l’utérus, la femme fera ses crises éclamptiques qui sont accompagnées de complications. On est le plus souvent obligé de sacrifier la vie de l’enfant pour sauver la maman lorsque la grossesse n’est pas à terme.

Les complications courantes

On peut observer un œdème aigu de poumons (les poumons peuvent se remplir d’eau) et des troubles de coagulation sanguine quand le foie est atteint. Dans une telle situation, la maman peut mourir.Une fois qu’on extrait le fœtus et le placenta, les crises cessent normalement même si ce n’est pas brusquement. Le fait que l’utérus est évacué, cela va contribuer un tant soit peu ou de façon efficace à la cessation des crises d’éclampsie. La tension de la femme peut se maintenir comme elle peut baisser. On lui administre un traitement anti hypertenseur, un protocole de sulfate de magnésium pour prévenir et faire cesser les crises ultérieures.

Toute hypertension artérielle n’est pas une pré-éclampsie

Une femme qui a l’hypertension avant la grossesse et jusqu’après 20 semaines n’a pas de protéinurie, on ne parle pas de pré-éclampsie chez elle. On parle plutôt d’hypertension chronique.
Celle qui n’avait pas d’hypertension avant de tomber enceinte et qui, au cours de la grossesse fait une hypertension artérielle sans protéinurie, on dit qu’elle fait une hypertension gestationnelle. La tension se normalise généralement après l’accouchement.
La femme enceinte qui n’a pas fait d’hypertension pendant la grossesse mais dont la tension s’élève au cours du travail d’accouchement n’est pas considérée comme une pré- éclamptique. La douleur liée aux contractions utérines peut entraîner une élévation de la pression artérielle. On ne la considère pas comme une femme hypertendue. C’est une hypertension circonstancielle liée à la douleur d’accouchement.
Pour celle qui avait l’hypertension, et qu’au cours de la grossesse fait une protéinurie en plus, on parle dans ce cas de pré-éclampsie surajoutée, c’est-à-dire que son hypertension a commencé avant la grossesse et une protéinurie s’est ajoutée pendant la grossesse à partir de la 20e semaine d’aménorrhée.

La conduite à tenir dans ces cas d’hypertension

Une fois que la pression artérielle augmente, il y a une souffrance fœtale qui s’installe. Cette hypertension fait l’objet de traitement à l’aide d’anti hypertenseur. La tension peut se stabiliser mais il y a des hypertensions malignes, c’est-à-dire qu’elles restent élevées malgré le traitement. Il faut dans ce cas agir rapidement parce que cette femme peut faire un accident vasculaire cérébral. L’enfant aussi peut mourir. Même si la grossesse est jeune, il faut sortir le fœtus et surtout le placenta pour que les crises s’arrêtent.

Quelles répercussions sur bébé et maman ?

La seule conséquence sur le bébé c’est la souffrance et si on n’y va pas vite (accouchement par césarienne) on aura besoin de le réanimer le plus longtemps. Ce sont des séquelles que l’enfant peut avoir. Il peut souffrir d’une encéphalopathie à vie à cause de la souffrance fœtale in vitro. La souffrance fœtale peut laisser des séquelles neurologiques chez l’enfant.
Pour la mère, l’hypertension peut devenir chronique, et cela devient une pathologie cardio-vasculaire pour elle.

La conduite à tenir chez une femme avec un antécédent de pré-éclampsie

Normalement après une césarienne, la femme doit attendre deux ans, qu’elle ait un antécédent de pré-éclampsie ou pas avant de tomber enceinte à nouveau. Cela permet de restaurer le patrimoine maternel qui est partagé avec le fœtus pendant la grossesse. Par exemple le fer. Il faut donc laisser le temps à la maman de reconstituer ces réserves.

Comment prévenir la pré-éclampsie ?

Pour prévenir l’éclampsie il faut se faire suivre, faire ses consultations prénatales (CPN), parce que c’est lors de ces CPN qu’on découvre l’hypertension chez la femme et on approfondit par la recherche d’une protéinurie pour confirmer une pré-éclampsie à partir de la 20e semaine d’aménorrhée.
Une femme qui a déjà fait la pré-éclampsie doit faire attention. Elle doit être suivie par son gynécologue jusqu’à ce qu’il lui autorise à contracter une autre grossesse. Et même enceinte, elle a besoin toujours d’un suivi rapproché du spécialiste.

Assétou  MAIGA