Pourquoi le coronavirus tue-t-il plus les hommes que les femmes?

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L’épidémie de Covid-19 discrimine autant par âge que par sexe en France comme en Espagne, Italie ou en Chine. Les explications scientifiques divergent.

Être un homme est un facteur de risque si vous êtes touché par le coronavirus. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19 qui frappe désormais le monde entier , ce constat se vérifie dans la quasi-totalité des pays affectés: le taux de mortalité des patients hommes est bien plus élevé que celui des femmes.

En France, sur les 3523 décès constatés à l’hôpital, environ 60% sont des hommes, généralement âgés mais pas seulement. En moyenne, on compte trois fois plus d’hommes que de femmes traités pour des formes graves du Covid-19. Début mars, une très vaste étude du  Centre chinois de controle et de prévention des maladies  relevait que le taux de mortalité avoisinait 2,8% pour les hommes contre 1,7% pour les femmes. Sur plus de 1000 personnes décédées, 63,8% étaient des hommes pour 36,2% des femmes.

En Espagne, cette proportion est encore plus importante avec 65% de patients mâles décédés des suites du coronavirus. En Italie, la discrimination statistique aux dépens des hommes a pu atteindre 71%.

Des chiffres à prendre avec précaution mais qui interpellent d’autant plus que le virus touche, a priori, autant les hommes que les femmes. En Espagne, l’Institut de santé Carlos III (ISCIII) relève que les personnes actuellement infectées sont des hommes dans 50,4% des cas et des femmes dans 49,6%. Autant dire que la proportion est quasiment équivalente.

Plus d’hommes que de femmes dans les groupes à risque

Comment expliquer alors que le taux de mortalité monte en flèche chez les hommes? Pour l’heure, il n’existe pas d’explication scientifique définitive à cette question, tout comme il n’est pas encore établi pourquoi l’épidémie semble épargner les plus jeunes.  Mais des données sont déjà disponibles pour identifier les causes possibles.

En Espagne, “les hommes ont une prévalence plus élevée de symptômes (fièvre et toux), de pneumonie, de maladies sous-jacentes (cardiovasculaire, respiratoire, diabète) et un pourcentage plus élevé d’hospitalisation, d’admission aux soins intensifs et de létalité que les femmes”, a relevé le rapport de l’ISCIII.

Au sein du groupe des professionnels de santé concernés (15,5% de toutes les infections), qui est l’une des plus préoccupantes pour l’OMS et les autorités sanitaires espagnoles, la proportion d’infections chez les femmes (21,7%) est pourtant très supérieure à celui des hommes (9,5%). Et pourtant, ce sont ces derniers qui sont hospitalisés beaucoup plus fréquemment car ils développent des symptômes plus sévères.

Teresa Pérez Gracia, professeure de microbiologie à l’Université CEU Cardenal Herrera, souligne que cela peut être “associé au fait qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans les groupes à risque, qui sont ceux qui ont des maladies cardiovasculaires et respiratoires, ainsi que du diabète”. Dans ces cas, “la réponse inflammatoire est beaucoup plus importante et donc la maladie plus sévère”, précise-t-elle. En effet, on constate qu’“il y a plus de cas de pneumonie sévère avec syndrome de détresse respiratoire chez l’homme que chez la femme”. Si la réponse inflammatoire est beaucoup plus grande chez les hommes, la maladie est plus sévère et potentiellement plus létale.

“Les hommes, les personnes de plus de 64 ans et les personnes atteintes d’une maladie sous-jacente (en particulier cardiovasculaire) sont davantage représentés parmi les patients atteints de pneumonie”, corrobore le rapport de l’Institut de santé Carlos III. Alors que chez les hommes de moins de 25 ans, la maladie affecte aussi bien les hommes que les femmes, “les cas de Covid-19 sont surreprésentés dans le groupe des hommes de plus de 50 ans”, indique l’étude.

Les œstrogènes, une hormone clé?

Les comorbidités – maladies sous-jacentes – sont donc une explication possible, mais à laquelle il faut éventuellement ajouter d’éventuelles prédispositions génétiques. José Prieto, professeur de microbiologie à l’Université Complutense de Madrid, estime que “les maladies chroniques telles que la bronchite et l’hypertension, qui surviennent généralement davantage chez les hommes”, jouent un rôle important face au virus. Mais il indique que le coronavirus peut aussi réagir à des facteurs biologiques préalables.

Les œstrogènes, l’hormone sécrétée par les ovaires donc plus présente chez les femmes, pourraient ainsi expliquer pourquoi le virus affecte moins les femmes. Dans un entretien accordé à la BBC, Sabra Klein, du Département de microbiologie moléculaire et d’immunologie de la John Hopkins University School of Public Health, juge que “les œstrogènes peuvent stimuler des réflexes immunitaires importants pour éliminer une infection virale et bien répondre aux vaccins”.

“Diverses études sur des souris infectées par la précédente épidémie de SRAS ont démontré que l’oestrogène jouait un rôle dans la manière dont les souris femelles contrôlaient mieux l’infection que leurs homologues masculins”, relève Sabra Klein.

Fin février, lorsque cet article de la BBC a été publié, le pays le plus touché par le coronavirus était la Chine, où l’on a observé que plus de 54% des cas hospitalisés étaient des hommes. Actuellement, l’Italie et l’Espagne ont dépassé le pays asiatique en termes de taux de mortalité, ce qui, il y a un mois, semblait impensable.

Manuel Menduiña, spécialiste en médecine interne à l’hôpital Virgen de las Nieves de Grenade, va même jusqu’à parler d’une possible prédisposition “non seulement chez les hommes, mais aussi chez les hommes latinos”. “Il y a une théorie qui dit que les Latinos – espagnols et italiens -, ont une prédisposition à générer une réponse hyperimmunitaire inflammatoire si exagérée qu’au final, cela cause des dommages”, dit-il.

Modes de vie et méthodes de calcul

Cette théorie est toutefois loin de faire l’unanimité, certains spécialistes refusant d’opérer une distinction entre les systèmes immunitaires des hommes et des femmes.

“Si en termes de résistance pure, les hommes et les femmes sont strictement identiques, il peut y avoir des différences dans les modes de vie”, estimait début mars Éric Leroy, directeur de recherche et membre de l’Académie de médecine cité par LCI. . “La cigarette, l’alcoolémie, les coutumes, les habitudes… Beaucoup de facteurs secondaires spécifiques aux hommes ou aux femmes peuvent expliquer cette différence de sensibilité”, jugeait-il alors.

En Chine, près de 50% des hommes fument contre seulement 2% des femmes, ce qui pourrait expliquer pourquoi les hommes ont davantage souffert d’aggravations pulmonaires.  Sabra Klein pointe de son côté que les hommes, y compris dans le milieu médical, ont tendance à moins se laver les mains ou utiliser du savon que les femmes.

Reste que le décalage entre le taux de mortalité des hommes et des femmes pourrait aussi être accentué par des biais statistiques. En France, les décès dans les Ehpad, où la population est très majoritairement féminine, ne sont pas encore intégrés dans le décompte quotidien des victimes opéré par le ministère de la Santé.

Quoi qu’il en soit, l’épidémie de coronavirus “est un terrain mouvant et nous apprenons de jour en jour”, admet le médecin Manuel Menduiña qui, dans le même temps, mise sur les “comorbidités” comme la première cause possible de ce décalage entre le taux de mortalité des hommes et des femmes touchés par la maladie.

“Dans la tranche d’âge moyen, il y a plus d’hommes fumeurs que de femmes et, par conséquent, ils sont également plus susceptibles de souffrir d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), facteurs de risque de cette maladie”, souligne-t-il. “Dans quelques années, nous serons en mesure de tirer de nombreuses conclusions, mais pour le moment, il semble que pour développer la maladie de manière sérieuse, il existe une certaine prédisposition”, explique Manuel Menduiña.

Ce sujet est une adaptation partiellement traduite d’un article précédemment paru sur El Huffpost Espagne .

Source: huffingtonpost.fr

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