La ministre en charge de la Solidarité nationale, Laurence Marchal/ Ilboudo, a annoncé une opération de retrait des femmes et enfants en situation de rue. Quelles sont les motivations de cette décision, qui est considéré comme enfant ou femme en situation de rue, comme cela va t-il concrètement se dérouler cette  opération, ce sont entre,  les questions auxquelles   la Direction générale de l’encadrement et de la protection de l’enfant et de l’adolescent (DGPEA) donne  des éclaircissements.

Votre ministère a annoncé le retrait incessamment des enfants et femmes de la rue. Qu’est ce qui a motivé cette décision ?

Il faut dire que le  phénomène des enfants et jeunes en situation de rue est  une question assez sensible qui revient régulièrement sur les devants de la scène compte tenu de son ampleur.

En effet, ce phénomène constitue une problématique qui se pose avec acuité de nos jours. Une série de recensements réalisés depuis les années 1990 laissent percevoir que les statistiques sur le phénomène sont en constante croissance.

En 2016, le recensement réalisé dans les quarante-neuf (49) communes urbaines fait état de neuf mille trois cent treize (9313) enfants et jeunes en situation de rue soit sept mille cinq cent soixante-quatre (7 564) garçons (81,20%) et mille sept cent quarante-neuf (1 749) filles (18,20%).

Il ressort aussi de ce recensement que la première occupation des enfants et jeunes en situation de rue est la mendicité avec quatre mille deux cent vingt-six (4 226) cas soit 45,6%. En outre, les statistiques révèlent que 10% de l’effectif total soit huit cent quatre-vingt-dix-sept (897) enfants qui ont entre 0 et 5 ans sont dans la rue accompagnés de leurs parents, principalement leurs mères qui les utilisent dans la mendicité.

La présence accrue de ces enfants dans les rues à tout moment de la journée et en tout lieu avec des objectifs bien différents allant de la mendicité à la commission de petits larcins en passant par la vente de petits articles, au-delà de la question socioéconomique, laisse entrevoir également un problème sécuritaire.

Il faut signaler également la présence en rue de mères de jumeaux, de femmes qui mendient et dorment dans la rue.

Le constat est donc implacable, surtout dans nos centres urbains où le flux est assez important. Ceci, en dépit de l’existence de textes qui interdisent la présence des enfants dans la rue au Burkina Faso. Il était donc temps de passer à une autre étape dans la lutte contre le phénomène en proposant des mesures fortes conformément aux engagements du Président du Faso qui envisage  à  travers l’adoption  du  Plan  National de Développement Economique et Social (PNDES) réduire de 50% le nombre des enfants en situation de rue à l’horizon 2020.

Que faut-il entendre exactement par enfants et femmes en situation de rue ?

Il faut entendre à travers ce concept deux catégories d’enfants, jeunes ou femmes en rapport avec leur séjour dans la rue. Il s’agit d’une part des enfants, jeunes et femmes dans la rue, c’est-à-dire qui mènent leurs activités de survivance dans la rue mais une fois la nuit tombée, retournent dans leur domicile (chez les parents, oncles ou tuteurs) d’une part

 D’autre part les enfants, jeunes et femmes vivants dans la rue qui sont, ceux qui ont élu la rue comme principal domicile. Ils y mènent, non seulement, leurs activités de survivance et surtout ils y passent la nuit. Cette catégorie de personnes, notamment les femmes, se rencontre la nuit dans la zone du gouvernorat de la région du centre et les enfants et jeunes, la plupart du temps sous les ponts et autres gares.

Les statistiques montrent que la première occupation des enfants dans la rue est la mendicité dont certains sont utilisés par des mères pour mendier. Qu’est ce qui explique une telle situation ?

Diverses raisons peuvent expliquer le fait que la mendicité est la première occupation des personnes en situation de rue. Pour  assurer  leur pitance quotidienne certains enfants et jeunes en situation de rue notamment les enfants à bas âge sont obligés de passer par la mendicité.

De même, les enfants talibés eux, sont essentiellement dans la rue pour mendier. C’est la raison même de leur présence dans la rue. Cela est malheureusement encouragé voire suscité par certains maitres coraniques qui attendent d’eux une contribution à la survie du foyer coranique.

Aussi, des facteurs socioculturels sont à l’origine de la mendicité des personnes en situation de rue notamment les mères d’enfants (généralement les jumeaux ou les triplés) qui, selon les certaines coutumes burkinabé, doivent passer par cette étape de la mendicité dans leur processus de socialisation. Cette situation qui devrait être transitoire est dans certains cas perpétuée malheureusement.

Il faut souligner que certains parents  peuvent  utiliser  leurs enfants comme  moyens  pour  apitoyer  les  gens  et  penser également qu’avoir un petit enfant à ses côtés favorise la charité. D’autres parents encore, à cause de leur handicap se voit dans l’obligation d’utiliser leur progéniture pour les guider.

Quand et comment va se dérouler cette opération retrait de rue et quelles sont les mesures d’accompagnement ?

L’opération a déjà commencé par la présentation du rapport en conseil des ministres, la rencontre de concertation avec certaines structures telles la Fédération des Associations Islamiques du Burkina, le Centre d’Études, de Recherches et de Formation Islamiques, l’Association des Élèves et Étudiants Musulmans du Burkina. Cela va se poursuivre avec d’autres structures telles les différentes communautés religieuses, les associations et ONG intervenant dans la lutte contre le phénomène des enfants, des jeunes et des femmes de la rue et certains départements ministériels. Par la suite, une rencontre de concertation de ces différents acteurs sera organisée le 12 juin 2018 pour accorder les violons.

Concrètement, l’opération va s’articuler autour de la sensibilisation, du retrait des concernés et de leur réinsertion familiale et sociale.

  • De la sensibilisation :

Quelques actions de sensibilisation et de communication ont déjà été mises en œuvre par le ministère conformément à la législation en vigueur.  Ces actions mettent l’accent sur les  peines encourues par les contrevenants et font appel à la responsabilité parentale et collective pour la protection des enfants et des femmes.

  • Du retrait

Des actions vigoureuses concertées seront menées afin de retirer de la rue ces groupes cibles. Pour leur accueil, il sera opérationnalisé le centre d’accueil d’urgence de Ouagadougou qui est un centre sis à Somgandé destiné à la prise en charge temporaire des enfants en difficulté.

Le centre d’éducation et de formation professionnelle pour enfants en difficulté de Gampéla situé en zone périurbain de Ouagadougou sera également mis à contribution.

En outre, d’autres sites appelés « points espoirs » seront opérationnalisés dans les cinq (5) arrondissements de Ouagadougou avec pour but d’accueillir des enfants et jeunes en situation de rue, afin de leur offrir quelques services tels que l’alimentation, le bain, le divertissement.

  • De la réinsertion familiale et sociale

Tous les enfants et femmes retirés de la rue bénéficieront d’un accompagnement psychosocial en prélude à leur retour en famille ou à leur placement dans des centres d’éducation spécialisée (cas des enfants).

Ces cibles bénéficieront plus tard d’autres appuis pour leur réinsertion sociale et économique (scolarisation, placement familial et en formation professionnelle, appui à l’installation professionnelle).

Pour ce qui concerne les femmes qui vivent dans la rue, accompagnées ou non de leurs enfants, les auberges de solidarité sises à Cissin et à Tanguin seront leur site d’accueil.

Notons que cette opération sera parfois accompagnée de répression en cas de refus ou de récidive. Les forces de défense et de sécurité qui sont des partenaires d’intervention seront fortement sollicitées.

Il faut noter qu’avant les opérations de retrait un certain nombre d’infrastructures seront mis en place notamment les points espoir, la réfection de certains auberges de solidarité où ces enfants et familles seront accueillis dans un premier temps. Dans un second temps, il sera procédé à leur raccompagnement dans leurs communautés respectives. Des mesures d’accompagnement en termes d’AGR, placement en formation professionnel et scolarisation des mineurs sont également prévus.

C’est bientôt les vacances et bon nombre d’enfants seront dans la rue de Ouagadougou comme chaque année pour mener des activités génératrices de revenus (AGR). Quelle analyse faites-vous de ce phénomène ?

Idéalement, les vacances sont faites pour le repos des enfants après huit voire neuf mois de labeur. C’est une période propice pour les activités socioculturelles et récréatives (colonies, camps de vacances…). Cependant, nous ne devons pas perdre de vue, les réalités de notre pays. A Ouagadougou précisément, bon nombre de familles ont un revenu très faible. Pour ces familles, les enfants contribuent à leur manière à la survie de la famille et à leur propre scolarisation. Les vacances sont alors mises à profit pour la réalisation d’AGR. C’est pourquoi, tout en n’interdisant pas formellement ces activités, nous allons sensibiliser et appliquer la loi quand cela sera nécessaire. Autrement dit tous les enfants qui seront rencontrés dans la rue au-delà de vingt-deux heures seront traité conformément à la loi n°11/64/AN du 29 juillet 1964  portant règlementation de la circulation des mineurs, de leur fréquentation dans les débits de boisson, bars dancings, salle de cinéma et de spectacle.

 

  Françoise TOUGRY

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