Arrivé de la Suisse italienne le 14 janvier dernier, Franco Losa, Président de l’Association Beogo, un groupe tessinois de solidarité avec le Burkina Faso est venu rencontrer les associations partenaires, l’Association Zoodo pour la Promotion de la Femme à Ouahigouya  et l’Association Yelemani  pour la souveraineté alimentaire à Ouagadougou. En fin de séjour ce 25 janvier 2019, il apprécie la collaboration avec ces structures féminines, sans manquer de se prononcer sur le contexte sécuritaire difficile que traverse  le Burkina.

Quel a été l’objet de votre visite au Burkina ?

L’objet c’était d’évaluer ensemble avec les deux associations les différents projets qu’on soutient depuis plusieurs années. En particulier en 2018, on a pu financer deux forages profonds, l’un à Bilinga, pas loin de Ouahigouya et l’autre à Loumbila à la périphérie de la capitale, des forages avec pompes solaires, panneaux et réservoirs de 10 mille litres chacun pour permettre aux femmes de faire du maraîchage.

On a eu à financer deux écoles à Ouattinoma, à quelques kilomètres de Ouahigouya, et on a pu réfectionner l’école de Boudoukamba, en direction du Mali. A Loumbila aussi, à côté de la capitale, il y a quelques années, on a pu financer un autre forage avec pompe solaire  et on collabore au financement de la gestion de deux autres ONG locales.

Sur quoi, avez-vous travaillé avec ces structures féminines ?

On a travaillé concrètement sur le projet de souveraineté alimentaire avec Blandine Sankara de l’association Yelemani et avec l’association Zoodo de Mariam Maiga au nord du pays, on a fait le tour de tous les projets. On finance les cantines scolaires dans des écoles, on finance un projet de santé mobile dans les différents villages où il n’y a pratiquement pas de structure de santé. On finance aussi un projet de soutien scolaire dans le village de Wabdigré, à Baobané et à Ouahigouya. On finance l’alphabétisation pour le projet de tissage, la bibliothèque de quartier etc.

 

N’avez-vous pas été inquiété de voyager sur le Burkina Faso en cette période d’insécurité ?

Non, je n’ai pas eu peur, on essaie d’être le plus prudent possible. Comme vous le savez, le terrorisme est présent à Paris, à Londres,  en Europe, partout, donc, il est devenu un problème global, un problème de jeunes qui ne trouvent pas du travail, laissés à eux-mêmes et qui risquent d’être attirés justement par ces groupes terroristes.

 

Ouahigouya se situe au Nord du Burkina et cette partie du pays est aussi touchée par l’insécurité, Cette situation ne va-t-elle pas jouer sur votre intervention dans les villages concernés ?

Cette année malheureusement la nouvelle pour nous et pour l’association Zoodo  c’est justement l’avancée du terrorisme  et en particulier, le fait qu’il y a plus de 600 écoles qui sont fermées  et des centaines de milliers d’élèves qui ne vont plus suivre les leçons. Et puis l’association Zoodo qui jusqu’à présent n’avait pas été impliquée dans les problèmes du terrorisme, cette année malheureusement, elle doit faire face au fait que dans certaines écoles qui ont été construites et financées par des Suisses avec l’association, sont fermées, des enseignants qui ont peur et qui ne vont même plus à l’école avec des conséquences très négatives sur le développement, l’apprentissage des élèves.  C’est le changement négatif de cette année, le fait d’être confronté au terrorisme.

c’est juste de revendiquer, mais la revendication ne doit pas tomber sur les épaules des élèves.  Donc, il faudrait quand même faire les leçons, faire les tests, faire les évaluations, terminer l’heure du travail avant d’aller dans la rue, revendiquer, parler avec le gouvernement.

Justement vous êtes un enseignant à la retraite, quelle lecture faites-vous du système éducatif burkinabè perturbé en ce moment ?

J’ai été enseignant pendant 35 ans et j’entends qu’aujourd’hui au Burkina, il y a beaucoup de réactions, de revendications de la part des enseignants, je pense que quand c’est le cas, c’est juste de revendiquer, mais la revendication ne doit pas tomber sur les épaules des élèves.  Donc, il faudrait quand même faire les leçons, faire les tests, faire les évaluations, terminer l’heure du travail avant d’aller dans la rue, revendiquer, parler avec le gouvernement. Mais pour finir, si on continue d’arrêter les cours et qu’on fait perdre des années aux enfants, on risque de conditionner leur destinée et de les punir plus que le nécessaire. Il ne faut pas confondre les justes revendications des enseignants  avec le fait d’empêcher les élèves de continuer leurs cours.

Ces revendications ne doivent pas être au dépend des élèves. Je n’ai pas d’appel à lancer, l’appel il faut le transmettre à soi-même, être conscient de sa responsabilité. Le vrai problème ce n’est jamais de dire aux autres ce qu’il faut faire, mais c’est de changer soi-même tout en collaborant avec les autres. Le vrai problème, c’est celui de la cohérence. C’est facile de faire des discours politiques, mais il faut des hommes politiques cohérents comme c’était le cas de Mandela, le cas de Gandhi, le cas de Thomas Sankara. Le vrai problème social, politique, écologique et politique,  c’est celui de s’impliquer de façon responsable, chacun à son propre niveau.

Franco Losa et Alice Alice Tognetti en fin de séjour au Burkina Faso

Quelles ont été vos impressions d’une manière générale à l’issue de votre visite?

Ça fait plus de 20 ans qu’on vient au Burkina, on a toujours été accueillis avec une grande amitié, une solidarité, on est devenu des amis du Burkina, et le Burkina est devenu ami de la Suisse. Malgré le terrorisme, évidemment ce n’est pas le moment de quitter, de ne pas continuer à collaborer avec nos amis burkinabè.  On souhaite faire un travail valable ensemble. la confrontation des cultures, la confrontation avec soi-même, l’apprentissage de la solidarité, l’apprentissage de l’humilité, le fait de rentrer au pays en ayant le plus grand cadeau qu’on puisse avoir à savoir la gratitude envers les dimensions qui ne nous appartiennent pas, par exemple la gratitude envers l’eau, la gratitude envers le soleil, envers la terre qui souffre ici du point de vue écologique, en Suisse et partout dans le monde. C’est seulement, en établissant des liens de collaboration qu’on peut s’en sortir tous ensemble.

Assétou  Maïga

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