Méningite : l’OMS prône la vigilance

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Malgré des avancées notoires dans la lutte contre la méningite en Afrique de l’Ouest, la maladie persistent et inquiètent les décideurs. Et la multiplicité des souches de méningite ne semble pas faciliter le travail des acteurs. Dans ce entretien, accordé WADR , la représentante de l’OMS au Burkina, Dr Alimata Diarra Nama plaide pour le renforcement des systèmes de surveillance. Le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Togo ont déjà des foyers d’épidémie. Plus de 3000 cas suspects sont notifiés dans la sous-région.

Malgré des avancées notoires dans la lutte contre la méningite en Afrique de l’Ouest, la maladie persistent et inquiètent les décideurs. Et la multiplicité des souches de méningite ne semble pas faciliter le travail des acteurs. Dans ce entretien, accordé WADR , la représentante de l’OMS au Burkina, Dr Alimata Diarra Nama plaide pour le renforcement des systèmes de surveillance. Le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Togo ont déjà des foyers d’épidémie. Plus de 3000 cas suspects sont notifiés dans la sous-région.

WADR : Madame la Représentante, chaque année dans les pays de la ceinture méningitique on notifie généralement des cas de méningite, pour cette année 2016 quel est le profil épidémiologique en Afrique de l’Ouest ?
Dr Diarra : Il faut rappeler que la ceinture de la méningite va du Sénégal jusqu’en Éthiopie. Il y a une vingtaine de pays qui sont partiellement ou entièrement compris dans cette ceinture de la méningite là. Avant 2010, je me situe par rapport à 2010 à cause du nouveau vaccin contre le méningocoque A qui a été introduit. Avant 2010 donc, les pays souffraient surtout de la méningite à méningocoque A qui était responsable de grandes épidémies avec de nombreux décès. Et depuis 2010, avec l’introduction du nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque A pour lequel 16 pays environ ont eu l’occasion d’introduire ce type de vaccin et de profiter de ses bienfaits. On doit dire qu’on a de moins en moins pour ne pas dire qu’on en a plus d’épidémie de méningite à méningocoque A. Mais la nature ayant horreur du vide, on a vu apparaître d’autres souches de méningocoque telles que le W, le C, le X. Il y a aussi d’autres souches bactériennes non à méningocoque telles que le strinxtococus pneumonier et puis hemophilis influencae. Donc pour 2016, on s’attend non pas à voir d’épidémie à méningocoque A mais d’épidémie avec d’autres souches et notre plus grande inquiétude, c’est l’épidémie à méningocoque C. L’année dernière, on a eu le cas du Niger où nous avons eu une grosse épidémie et nous pensons que nous risquons d’avoir encore ce type d’épidémie là. Nous sommes actuellement dans la période à risque de la méningite jusqu’au mois de mai, juin. Donc il faut faire attention.
WADR : Quelles sont les recommandations de l’OMS pour cette année 2016 ?
Dr Diarra : Les recommandations que nous faisons dans le cadre de la prévention de ces épidémies c’est que les pays mettent l’accent sur la surveillance. Et par rapport à cette surveillance, il y a des seuils qui ont été recommandés aux pays pour se préparer, notamment le seuil d’attaque. Jusqu’à récemment, on avait dit aux pays, lorsqu’il avait 5 cas pour 100 000 habitants dans un district en une semaine déjà il faut être en alerte. Nous avons révisé ce taux-là à la baisse. Maintenant lorsque vous avez 3 cas pour 100 000 habitants, il faut être en alerte. En rabaissant ce seuil, ça permet d’être proactif, de prendre des actions plus rapidement, évidemment de sauver des vies. Donc, dès qu’on a l’alerte, il faut que les districts fassent une enquête pour identifier la souche de l’épidémie de méningite qui se dessine à l’horizon afin de penser déjà s’il y a le vaccin et quel type de vaccin, il faudra pouvoir commander. Il faut que les pays déjà commencent à sensibiliser les populations même s ‘il n’y a pas encore l’épidémie, se préparent et préparent tous les intrants, les médicaments qu’il faut pour prendre en charge les cas éventuels qui apparaîtraient. En dehors de ce seuil d’attaque, vous avez le seuil épidémique. Pour ce seuil épidémique, lorsque la région ou le district a 10 cas pour 100 000 habitants en une semaine, c’est l’épidémie ou alors lorsqu’on voit doublé le nombre de cas sur deux semaines consécutives. Quand on dit épidémie, ça veut dire qu’il faut agir rapidement et tout de suite. En ce moment-là, lorsque la souche est identifiée, il faut faire la commande de vaccin approprié pour pouvoir organiser une campagne de vaccination. Il faut approvisionner toutes les structures de médicaments pour que ces structures puissent prendre en charge de manière gratuite, puisqu’en période d’épidémie c’est la politique qui est appliquée par tous les pays. La prise en charge devient gratuite. Évidemment la surveillance se poursuit, la communication avec la population doit être vraiment plus rigoureuse pour que les populations comprennent quelles sont les mesures de précaution qu’il faut prendre. Lorsqu’on présente certains signes caractéristiques de la méningite il faut très vite aller aux centres de santé pour se faire prendre en charge parce que c’est gratuit.

WADR : Quelle est la situation épidémiologique au niveau de l’Afrique de l’Ouest, on sait que la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, des pays voisins du Burkina ont notifié des cas des poches d’épidémie ?
Dr Diarra : Oui effectivement, actuellement nous suivons la situation dans 3 pays principalement au Togo où ils sont à ce jour à peu près plus de 400 cas avec une vingtaine de décès. Nous avons aussi avec 4 districts qui sont en épidémie et d’autres qui sont en alerte. Nous avons aussi la Côte d’Ivoire où pour le moment c’est un district qui est frontalier avec le Burkina qui est en épidémie. Nous avons aussi la situation au Ghana mais c’est 3 pays font l’objet d’une attention particulière de la part de l’OMS. Notre siège, que ce soit au bureau régional, que ce soit à Genève a envoyé des experts pour appuyer ces différents pays. Ces pays ont commandé les vaccins qui sont disponibles pour pouvoir faire des campagnes de vaccination au besoin. Donc je dois dire que nous suivons la situation. A ce jour dans la sous-région, depuis le mois de janvier jusqu’à maintenant, environ 3 000 cas ont été notifiés avec à peu près 300 décès mais ce sont essentiellement le sérogroupe W que l’on rencontre et puis dans d’autres cas le strinxtococus pneumonien. On a très peu de sérogroupe A. Je sais que la Côte d’Ivoire en a notifié un seul cas. Mais on a du sérogroupe C comme je l’ai dit qui nous inquiète un peu, le Niger en a notifié le plus grand nombre environ une centaine de cas et puis d’autres pays que nous suivons. Je crois que notre crainte pour l’année 2016 c’est le sérogroupe C. Et puis comme vous le savez la principale contrainte ce sont les vaccins, nous n’avons pas une quantité extensible. Donc c’est pour ça que nous mettons l’accent plus sur la surveillance pour que très tôt on détecte les cas et puis qu’on prenne les mesures pour mieux les contrôler.

WADR : Est-ce que l’éradication de la méningite est envisageable au niveau de l’OMS ?
Dr Diarra : Éradication! Vous savez, il faut vacciner quand il le faut le plus grand nombre quand il le faut. Par exemple comme je l’ai dit contre le méningocoque A, ça donne une protection de longue durée, une protection individuelle et collective. Donc lorsqu’il y a une grande population qui est vaccinée en principe ça prévient l’apparition de l’épidémie. Maintenant comme le vous savez que les bactéries se trouvent dans l’air donc de dire qu’on aura zéro cas de méningite ça c’est trop dire. On aura des cas mais si on prend les mesures qu’il faut, on évitera d’avoir une épidémie. Mais pour ma part ce que je souhaite est que les populations écoutent les recommandations qui sont faites par le ministère de la Santé pour prévenir toute épidémie.

Propos recueillis par Mathieu Somda

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