En 2016,   plus de 8 millions de cas de paludisme ont été enregistrés au Burkina Faso, soit 7% des cas mondiaux avec plus de 21.000 décès. C’est dans le but de lutter contre cette « grande faucheuse » qu’est né le projet Target Malaria qui permettra d’utiliser les moustiques génétiquement modifiés pour combattre le paludisme. Ledit projet a été présenté aux hommes de médias ce jeudi 19 Avril 2018 à Ouagadougou.

Target Malaria utilise des technologies génétiques nouvelles, durables et économiques visant à modifier les moustiques vecteurs du paludisme en vue de réduire la transmission de la maladie. Trois chercheurs dirigent cette étude à savoir Dr Abdoulaye Diabaté Entemolologiste médical senior/Parasitologue, Roch K.Dabiré, Entemolologiste medical senior, chef du département des maladies transmissibles  et responsable du groupe d’entomologie à l’IRSS/IRD et au Centre Muraz et le Dr Léa Paré, Spécialiste en Analyse socio-anthropologique des problèmes de santé en Afrique.

Pourquoi ce nouveau projet ? Le directeur de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS), Sylvain Ouédraogo explique que tous les outils utilisés dans la lutte contre le paludisme notamment les insecticides et les anti-palustres se sont avérées de temps en temps inefficaces.

Pour lui, cette inefficacité se justifie par le fait que l’animal trouve toujours le moyen de contourner les effets déstabilisateurs de ces outils. « À ce moment, il  faut plusieurs outils innovants pour avoir une solution à ce problème », confie-t-il, d’où l’avènement du projet Target Malaria.

Il existe dans le monde plus de 3500 espèces différentes de moustiques dont 672 sont présentes en Afrique. Parmi elles, ce sont l’Anopheles gambia, l’Anopheles colluzzii et l’Anopheles arabiensis qui transmettent le paludisme.

La technique de ce projet de recherche, présente dans 3 pays à savoir l’Ouganda, le Mali et le Burkina Faso consiste à tuer ces différentes espèces de moustiques responsables du paludisme.

Présents sur le terrain depuis 2012 pour trouver des solutions dans la lutte contre le paludisme, Dr Léa fait savoir que toute l’équipe de recherche travaille de paire avec les populations riveraines pour ne pas qu’elles soient étrangères des résultats du projet.

 « Dans les villages où nous travaillons, nous expliquons aux populations toutes les étapes de la recherche. En plus, nous avons créé un lexique de termes locaux techniques, le dioula, pour faciliter et adapter l’étude,  pour bien expliquer et mieux assimiler », fait remarquer Dr Léa Paré.

Dr Léa Paré souligne également qu’un feedback est fait aux populations bénéficiaires. Un autre aspect important de cette méthode est la  participation inclusive. « Il y a la nécessité d’impliquer la population à la base. Les bénéficiaires, les hauts responsables, les autorités, les chefs de famille etc. sont au courant du projet avant d’entamer quoi que ce soit. Une réunion publique est organisée permettant à chacun de s’informer davantage », lance-t-elle.

Dans le travail à proprement parlé, Roch Dabiré confie que les œufs utilisés pour l’expérimentation dans le Sud-Ouest du Burkina viennent d’Italie et sont présentement en phase d’essai au laboratoire.

« Le processus est tel que le moustique mâle stérile va s’accoupler avec des femelles sauvages. Ainsi, il n’y aura pas de descendance », déclare-t-il.

L’agence Nationale de Biosécurité est chargé d’analyser ce dossier de l’IRSS, à l’issue duquel des décisions seront prises afin d’autoriser le lâcher de ces moustiques dans l’environnement. Target Malaria est un projet qui va couter de plus de 3 milliards de FCFA pour vaincre le paludisme en Afrique

                                                                                                                 Françoise TOUGRY (Stagiaire)

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