Dans l’univers des femmes laveuses de linge sale

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Des femmes laveuses vont de porte en porte pour lessiver. Cette pratique s’est développée au fil du temps dans la ville de Ouagadougou. Elle permet à ces femmes, généralement des mères de famille, de gagner leur pain quotidien.

Dès 6h du matin, elles sillonnent les environnants comme si elles avaient veillé toute la nuit. « Vous n’avez pas d’habits sales à laver ? » C’est l’éternelle question que posent toutes ces femmes laveuses lorsqu’une porte leur est ouverte. Elles sont pour la plupart des veuves, démunies pour celles qui sont mariées et laissées à elles-mêmes. Elles sont dans presque tous les quartiers de la ville de Ouagadougou. Aucune structure ne les prend en charge pour l’instant. Ces femmes laveuses, bien nombreuses, vont de porte en porte à la recherche de linge sale. Peu importe la quantité d’habits pourvu qu’elles obtiennent quelques sous.

En tapant à une porte, elles ne se soucient ni de l’heure ni du jour, surtout le dimanche où chacun veut bien se reposer jusqu’à une heure de convenance. Très souvent on est obligé de voir qui se cache derrière cette silhouette, tellement les frappes sont répétées et avec insistance. Voici arrêtée une inconnue, des fois en compagnie de ses enfants, le regard mélancolique et affligeant comme si vous étiez sa dernière alternative de survie.

Adèle Kaoré est l’une de ces femmes. Elle a la trentaine. Elle habite Nagrin, un quartier à la sortie sud de Ouagadougou, est laveuse de linge depuis une dizaine d’années. Chaque matin, avec son sac à main et drapée dans un ensemble pagne peu luxueux, Adèle Kaoré parcourt courageusement des kilomètres à pied en quête de linge sale. Elle n’hésite pas à frapper à une porte lorsqu’elle devine que les locataires peuvent avoir besoin de ses services. Lorsqu’on lui répond par la négative, dame Kaoré est triste mais s’arme de courage en espérant obtenir gain de cause au prochain ménage.

Contrairement à elle, Joséphine Nikièma, la quarantaine révolue est plus ‘’avantagée’’ car se déplaçant à vélo. Elle vit à Pissy et fait ce travail depuis trois ans environ. Elle parcourt aussi de longues distances pour lessiver. Pissy, Kouritenga, Sandogo, sont les quartiers que parcourt Joséphine Nikièma chaque matin. En fonction de ce qu’elle gagne, elle fait la lessive jusqu’au soir et rentre exténuée.

Pour ces femmes, cette activité constitue leur principale source de revenus. Elles sont rémunérées à la tâche et le gain est fonction du nombre d’habits à laver. Un haut coûte 25FCFA et un ensemble est comptabilisé à 50FCFA. Ce qui fait que la femme peut empocher entre 1500FCFA et 3000FCFA dans un ménage donné avant de voler à une autre famille où elle espère également gagner quelques sous. C’est ainsi qu’elles arrivent à épauler leurs époux dans les charges familiales. « C’est un gain journalier certes, mais il permet de nourrir au moins les enfants, j’ai pu payer l’école d’un enfant avec mes économies », déclare fièrement Adèle Kaoré.

Une activité qui peut être aussi dangereuse

Toutefois, la rémunération du travail est problématique. Foi de Joséphine Nikièma, celle-ci est fonction des états d’âme du ménage. « Il arrive des fois qu’on te dise de revenir après pour le paiement. Tu peux avoir gain de cause ou pas. L’intéressé ne se soucie guère de l’effort accompli », martèle-t-elle. Il y a aussi le manque de respect à leur endroit.

Cependant, il y a des personnes qui savent reconnaître le mérite des laveuses de linge. C’est, par exemple, le cas de Issaka Zoromé, garagiste à Kossodo, pour qui cette activité permet à beaucoup de femmes de survivre à Ouagadougou. « Elles peuvent bénéficier souvent d’un soutien au niveau des ménages où elles travaillent, à savoir des vivres, des habits ou la prise en charge de la scolarité de leurs enfants », fait savoir M. Zoromé. Une allégation confirmée par Adèle Kaoré qui, selon ses confidences, reçoit habituellement des vivres lors des fêtes religieuses.

Laver le linge sale est souvent risqué pour ces pauvres dames. Elles entrent chez des inconnus qui ne sont souvent pas de bonne moralité. Le harcèlement sexuel est ce à quoi elles sont exposées de la part d’hommes qui se retrouvent seuls. Joséphine Nikiema dit avoir trouvé un moyen de protection : « Je me suis familiarisée avec certains ménages et je ne lessive que dans ces familles par peur d’être agressée ».
Dans l’optique de valoriser leur activité, les laveuses de linge doivent se regrouper en associations ou en groupements.

Assétou Maïga

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