L’Excision jusqu’à quand ?

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Pratique avilissante aux conséquences multiples pour les jeunes filles et  les femmes, l’excision est un lourd tribut imposé à la gent féminine. En dépit de son interdiction par la loi et malgré la ferme volonté du gouvernement et des organisations de la société civile à mettre fin à cette pratique, des poches de résistance existent

Rendre la femme propre et la féminiser, réduire le vagabondage sexuel, rendre la femme féconde, augmenter le plaisir de l’homme, donner droit à la femme aux funérailles après son décès, respecter la coutume ou la tradition, ce sont là entre autres les raisons qui expliquent la persistance de la pratique de l’excision dans nos contrées.

Selon les estimations de l’OMS, près de 140 millions de femmes et de filles sont victimes des mutilations génitales féminines, 3 millions de filles sont excisées chaque année et 91 millions de filles de moins 9 ans, vivant en Afrique subissent les conséquences des MGF. Des chiffres qui ne peuvent laisser toute personne indifférente et qui traduisent l’urgence d’agir pour stopper le phénomène.

 Pratique ancestrale avant toutes les religions, léguée de mère à fille avec une origine imprécise, qui résiste au temps, à la civilisation occidentale, l’excision est une violation des droits de la femme. Un bébé qu’on sert entre les jambes pour exciser, dont les cris de détresse ne touchent aucun cœur, une fillette de 4-5ans qu’on inflige cette douleur atroce et qui se débat en vain.


Une jeune dame qu’on dit vouloir purifier en l’excisant, et qui serre fort les dents pour supporter cette animosité. C’est bien la triste réalité de l’excision vécue au Mali que les participants à la session de formation organisée par l’ONG Voix des femmes ont pu constaté à travers une séquence de film.

Une réalité qui est aussi similaire à celle du Burkina quand on sait que le taux de prévalence de l’excision en 2015, selon l’enquête EMC était de 67,6%.  Avec des instruments non stérilisés (couteau, lames), pratiquée sans asepsie (pansement avec des écorces d’arbres écrasés, décoction, potasse, sable fin….), ni anesthésie, par des opérateurs de surcroît non qualifiés, il va de soi que les conséquences ne soient pas négligeables sur la jeune fille et la femme.

La douleur, l’hémorragie, le choc, la mort, l’infection au VIH, l’hépatite B, la rétention d’urine, les traumatismes corporels, les incontinences urinaires, les rapports sexuels pénibles, la frigidité, la rétention du sang des règles, les fistules, les chéloïdes,  sont entre autres les problèmes listés par le Pr Michel Akotionga, gynécologue obstétricien.

D’où le sens fondé de la lutte menée par les organisations de la société civile, aux côtés du gouvernement, en vue d’une tolérance zéro des mutilations génitales féminines au Burkina, en l’occurrence l’ONG Voix des Femmes.

La recrudescence de cette pratique à travers les cas récents d’excision d’une cinquantaine de filles dont 41 à Ouagadougou et 10 à Kaya, vient confirmer que l’excision à la peau dure au Burkina.

« On a sensibilisé et même les mères qui ont été prises en flagrant délit ont reconnu qu’elles savent qu’il ne faut pas le faire. C’est pourquoi je me dis que c’est une mobilisation généralisée qu’il faut sonner, il s’agit d’une question nationale, d’une préoccupation nationale qui concerne la santé des femmes et des enfants. C’est un préalable, c’est un déterminant, chacun doit se sentir concerné », a confié Mariam Lamizana, Présidente de l’ONG Voix des Femmes.

Le ministère en charge de la justice a revisité les dispositions en matière de lutte contre la pratique de l’excision, mais comme l’a si bien dit Mariam Lamizana « La loi est dissuasive et on gagnerait à l’appliquer. La tolérance zéro est possible pour peu qu’on prenne les mesures appropriées ».

L’excision relève d’un autre âge et doit être aujourd’hui un défi à relever pour les chefs d’Etat Africains.

Assétou Maïga

 

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