Leçon de vie: Ali, le pire cauchemar de ma vie

Je m’appelle Joséphine Ouédraogo. J’ai 23 ans, étudiante en Droit à l’Université Ouaga 2. C’est en 2012 que j’ai connu la page noire de ma vie. Comme on le dit couramment, on ne choisit pas de qui on tombe amoureux.

Après l’obtention de mon baccalauréat, je fis fièrement mon entrée à l’université et je logeais chez mon oncle. Avec des camarades, nous formions un groupe de travail et nous nous retrouvions dans un centre pour étudier pendant nos heures libres.  C’est dans ce centre que j’ai rencontré Ali qui me plut tout de suite. Chauffeur de profession, il était bien plus âgé que moi. Mais puisque l’amour n’a pas d’âge, dit-on souvent, je ne fis pas de cela un problème. « Pourvu qu’on s’aime », me suis-je dit. Tout alla si vite et de l’amitié naquit une relation amoureuse de type « collés-serrés », à tel point que je n’eus pas le temps de bien le connaître. On vivait seulement notre idylle sous le regard de tous. Certes, sa situation socio-professionnelle rendait difficile notre amour, mais cela ne me faisait pas trop souffrir, contrairement aux scènes de jalousie que mon copain me faisait à un moment. Il ne supportait pas de me voir en compagnie de mes camarades étudiants surtout. Toute chose qui compliquait notre relation car mes études en pâtissaient.

Soucieuse de ma réussite, je décidai de prendre du recul. On se donna un mois pour réfléchir. J’ignore comment il a fait, mais il réussit à me convaincre de nous remettre ensemble, en oubliant les erreurs du passé. Je voyais que la relation devenait difficile mais je me plaisais tout de même dans cette vie, sans la comprendre. C’est moi qui lui rendais plus de visites car mon oncle était strict. Ce nouveau départ fit d’Ali un homme plus compréhensif et apparemment plus amoureux. Comment aurais-je pu savoir qu’il allait autant me décevoir ? Comment aurais-je pu deviner qu’il allait être le pire cauchemar de ma vie ? Ce 4 mars 2012 restera à jamais gravé dans ma mémoire. Il aurait fallu que je reste chez mon oncle et ma vie n’aurait certainement pas pris cette tournure. Mais hélas !  Ali manifesta le désir qu’on ait des rapports intimes lorsque nous étions dans sa chambre. Je n’étais pas partante car c’était ma période de fécondité et je lui fis savoir. Il me rassura qu’il allait utiliser un condom. Mais au cours des rapports sexuels, il retira subitement le préservatif et mon cœur fit un boom. Je n’osais pas imaginer le pire. Je redoutais une grossesse et j’avais très peur. Un mois plus tard, je n’avais pas mes menstrues ; le test de grossesse confirma que j’étais bel et bien enceinte.

Lorsque je signifiai cela à Ali, il me traita d’infidèle et réfuta la paternité de l’enfant.

Une fois à la maison, je voulus me soulager en racontant ma mésaventure à ma tante. Elle fut déconcertée mais elle me conseilla de garder l’enfant. Je savais que mon oncle ne supporterait pas une telle offense et me mettrait à la rue.

A leur insu, je complotai avec une amie pour avorter et celle-ci m’apporta des potions traditionnelles. Les conséquences m’importaient peu. Le même soir, je pris les produits avant de me coucher. Quelques heures après, je me réveillai avec des douleurs atroces, je perdais beaucoup de sang. Impossible de le cacher à présent. Rapidement mon oncle et sa femme se rendirent compte et je fus hospitalisée. On réussit à arrêter l’hémorragie mais la grossesse demeura.

Il fallait maintenant que je donne des explications à mes tuteurs, une fois remise sur pieds. Je leur racontai toute l’histoire. Déçus de moi, mes parents furent informés et mon père ne tarda pas à nous rejoindre. Tous  m’en voulaient à mort, surtout après le refus de mon copain d’assumer la grossesse. N’eût été l’intervention des autres parents proches qui insistaient à ramener mon oncle à la raison, il m’aurait répudiée. Difficile pour eux d’admettre que j’aie pu me laisser berner par un moins que rien comme Ali. Au fond, ils avaient raison car moi-même je n’arrivais pas à comprendre mon acte. Je ne me reconnaissais plus. Je restai chez mon oncle jusqu’à l’accouchement. Ali ne chercha point  à me voir.  Quel nom porterait mon enfant ? C’est ce qui se posait comme problème après mon accouchement. C’est  alors que mon père décida de donner son nom à ma fille. Après mon accouchement, je quittai la cour de mon oncle et mon père me  loua une maison. Je compris dès lors que mon calvaire était loin de finir. Je me réinscrivis à l’université avec beaucoup de difficultés pour poursuivre mes études.

Je sais que le passé me rattrapera un jour et j’en suis bien consciente.  J’aurai du mal à expliquer cette partie de l’histoire à ma petite Irène et j’ai peur qu’elle m’en veuille.

Je lutte présentement pour subvenir à mes besoins et je fais des efforts pour donner une bonne éducation à ma fille et avoir une vie saine. J’ai failli même toucher le fond et céder à la facilité. Heureusement que j’ai su relever la tête à temps. C’est là que j’ai compris qu’entre la situation de mère célibataire sans soutien et la prostitution, il n’y avait qu’un pas à franchir.

J’espère que mon histoire permettra à d’autres filles comme moi, notamment les élèves et les étudiantes à prendre leur destin à main et surtout ne pas compter sur un homme pour bâtir son avenir. Il Paraît évident que plus on est autonome, mieux on est respecté.

 

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