‘’Le Président gagnerait à remporter le défi des 30% de femmes dans toutes les sphères de décision ’’,Workya Rouamba, députée MPP

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Lancée en politique en 2005 sur encouragement de ses parents du village, Workya Rouamba, réticente au départ, s’est finalement bien installée dans le milieu politique. Après avoir occupé les postes de conseillère de la commune de Sabou, puis au conseil régional du centre-ouest, elle démissionne du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) et rejoint le groupe du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) par conviction pour le changement.  Elle prend alors les rênes de la fédération du centre-ouest au compte du MPP. Gestionnaire et entrepreneure, Workya Rouamba, siège à l’Assemblée Nationale depuis 2015. Dans cet entretien qu’elle a bien voulu nous accordé, l’ élue du peuple se prononce sur la participation des femmes à la gouvernance .

Quelles sont les ambitions que vous nourrissez pour les femmes du Burkina Faso en tant que députée ?

Mon plus grand vœu est que les femmes soient beaucoup considérées, prises dans toutes les sphères de décision pour autant qu’elles aient un bagage intellectuel et qu’elles répondent au profil exigé tout comme les hommes.  Aussi, je souhaite que l’autonomisation de la femme tant criée tous les jours ne soit pas un vain mot. Je veux que les tâches lourdes, les travaux pénibles qui sont le quotidien de la femme burkinabè, soient allégés par la nouvelle technologie, pour qu’elle puisse mieux travailler et s’occuper de sa famille.

Je voudrais également que la loi sur le quota genre qui a été institutionnalisée sous la présidence du Président Roch Marc Kaboré, lorsqu’il était Président de l’Assemblée Nationale et qui a souhaité fortement cette loi, soit vraiment une réalité dans son application, c’est-à-dire les 30% des femmes dans toutes les sphères de décision et au niveau politique.

Le vœu le plus cher que je formule est que le développement soit une réalité à travers les femmes mais aussi, que la discrimination, les violences à l’endroit des femmes, les viols soient bannis au cours de ce mandat, pour qu’on ait une avancée notoire.

Femme et gouvernance est le thème retenu cette année pour la célébration du 8 mars, quelle appréciation faites-vous de ce thème ?

Qu’on le veuille ou pas, les femmes politiques sont appelées à se battre deux fois plus que les hommes. Non seulement, elles luttent pour des positionnements, mais doivent aussi remporter des victoires dans l’éducation des enfants.

Le principal obstacle des femmes à la gouvernance, ce sont les hommes qui ne sont pas prêts à nous faire de la place. Les hommes ont peur des femmes qui se battent parce que les femmes sont toujours sérieuses dans ce qu’elles font. Une gouvernance féminine est la plupart du temps vertueuse.

 

Seulement 3 ministères pleins pour les femmes, comment analysez-vous cette situation ?

 Il y a eu un petit recul en ce sens que le taux de pourcentage des femmes qui étaient dans les sphères de décisions en 2015 a baissé.  Et je ne sais pas pourquoi on ne nous permet pas d’occuper des postes dévolus aux hommes si on peut s’exprimer ainsi. J’aurai préféré par exemple qu’on confie le ministère de la femme à un homme et pourquoi pas confié le ministère de la défense à une femme ? La femme est minutieuse dans ce qu’elle fait.

Le Président Roch Marc Christian Kaboré a été élue par les femmes. Ce sont les femmes qui l’ont porté à la magistrature suprême.  Il gagnerait à remporter ce défi qui est qu’on veut au moins 30% de femmes dans toutes les sphères de décision à son actif et je pense que 2020 sera gagné pour lui. Mieux, s’il veut il pourra composer un gouvernement paritaire, ce serait du jamais vu. Il va ainsi conquérir toutes les femmes et 2020 est assuré pour lui.

Pensez-vous que les femmes sont suffisamment mobilisées pour défendre leur cause ?

Le problème ici est qu’on a souvent l’impression que les femmes mêmes sont contre elles et préfèrent que des hommes soient devant. Le manque de soutien entre les femmes fait que nous perdons de vue ce combat. Il faut que les femmes se soutiennent pour gagner le combat.

Quant aux nominations, nous devons suivre cela et si on n’est pas satisfait de la représentativité des femmes, il faut que nous puissions de façon conjuguée, hausser le ton et sortir nous exprimer calmement pour que cela soit pris en compte par le gouvernement

 

 

Comment les femmes peuvent-elles se mobiliser pour faire entendre leur voix dans la gouvernance ?

Pour que les femmes puissent se mobiliser, il faut qu’elles puissent parler le même langage, être solidaires et qu’on puisse travailler avec la société civile.  Il faut que les organisations féminines de la place travaillent en symbiose. Il faut qu’au niveau de l’Assemblée Nationale, où on a un cadre qui nous permet de nous exprimer qui est le caucus genre, qu’il ait cette symbiose et que nous puissions conjuguer les efforts à travers les différents renforcements de capacités et renforcer cette solidarité politique.

Quant à la participation de la femme à vie publique et politique, il y a des nominations, nous devons suivre cela et si on n’est pas satisfait de la représentativité des femmes, il faut que nous puissions de façon conjuguée hausser le ton et sortir nous exprimer calmement pour que cela soit pris en compte par le gouvernement. Nous devons également au niveau des formations politiques, impliquer les associations de femmes, beaucoup plus celles qui sont intéressées par la politique, qu’on puisse les positionner sur les listes. Permettre aussi à celles qui n’ont pas d’associations de prendre aussi part à la compétition à côté des hommes. Il ne faut pas que nous aussi, femmes acceptions de rester au second plan, pourquoi ne pas créer un parti politique ? J’ai foi que les choses peuvent changer pour peu que nous-mêmes prenions conscience, sachant que le Burkina a un cadre juridique qui nous autorise à nous intéresser à la vie publique et politique pour aussi prendre notre destin en main.

Nous devons aussi travailler pour que la loi sur le quota genre qui est institutionnalisée soit effectivement une réalité dans son application. Amener sagement les hommes à nous accompagner par notre travail et notre manière.

Être une bonne ménagère aujourd’hui ne paie pas, c’est une éducation antérieure. Aujourd’hui, les hommes ont besoin aussi auprès d’eux des femmes qui peuvent discuter de la vie de la nation et qui peuvent apporter des solutions.

Nous sommes à la veille du 8 mars. Quel message avez-vous à l’endroit des jeunes filles qui hésitent encore à adhérer à la politique ?

Je voudrais simplement leur dire que qu’on le veuille ou pas nous faisons de la politique tous les jours. Même la maman qui est assise à la maison et qui vend des cacahuètes, celle qui est au marché qui vend ses beignets ou ses pagnes, font de la politique pour faire marcher leurs activités. Donc, il faut que nous puissions avoir le courage de nous engager sans crainte. C’est vrai, rien ne s’obtient facilement, c’est par le combat qu’on y parvient. Il ne faut pas qu’on ait peur des critiques, il ne faut pas qu’on ait peur de la médisance, il ne faut pas qu’on ait peur du jugement ni du regard des autres, il faut seulement rester positive. Tant qu’on est convaincue soi-même que ce que nous faisons n’est pas mal, je pense que nous devons rester déterminées, engagées, mobilisées pour pouvoir aussi contribuer à la construction de notre pays qui est le Burkina Faso. C’est vrai qu’on a besoin d’étudier pour pouvoir occuper des postes importants de décision, mais on peut aussi réussir sans diplôme dans ce qu’on aime faire. Être une bonne ménagère aujourd’hui ne paie pas, c’est une éducation antérieure. Aujourd’hui, les hommes ont besoin aussi auprès d’eux des femmes qui peuvent discuter de la vie de la nation et qui peuvent apporter des solutions.

Assétou Maïga

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