Le mariage d’enfants, une cause importante de décès maternels dans le Nord

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S’il y a lieu de se pencher sérieusement sur la problématique du mariage d’enfants, c’est parce qu’une grossesse qui survient sur un corps immature a des graves conséquences sur la santé de la victime. Dans la région du nord, en plus d’avoir des complications pendant l’accouchement, ces moins de 18 ans sont aussi exposées au VIH-sida. Des chiffres qui ne sont pas du tout reluisants pour un pays qui veut se hisser dans une perspective de développement durable.

Voici les statistiques du district sanitaire de Ouahigouya qui concernent les femmes âgées de moins de 18 ans. En 2017, 661 femmes ont été reçues pour des pesées ; 499 cas d’accouchements, 11 cas d’avortements, 1 cas de violence physique. De janvier 2018 au 30 juin 2018, 152 cas de grossesses chez ces moins de 18 ans ont été enregistrées dans les formations sanitaires pour la première pesée et 151 cas d’accouchements.
Au CHU de l’hôpital de Ouahigouya, de janvier 2017 au 30 juin 2018, 290 consultations prénatales ont été enregistrées, 328 accouchements avec 80 cas de césariennes chez ces mineures. A cela s’ajoute 42 cas de morts nés, 37 cas d’avortements, 5 décès maternels suite à des accouchements compliqués et 13 cas de prématurité pour cette tranche d’âge.

Ce sont là des chiffres partiels qui illustrent la situation pour le seul district sanitaire de Ouahigouya, quand on sait que avons près de 230 formations sanitaires dans la région du nord, réparties dans 6 districts sanitaires qui couvrent la province.

Prématurité, accouchements, avortements, complications pour le bébé, augmentation du risque de décès maternels, VIH-sida, etc. Voici les difficultés auxquelles sont confrontées la plupart des patientes de moins de 18 ans qui viennent en consultation dans les centres de santé. A cela s’ajoute selon le directeur régional de la santé du nord, Dr Amado Traoré les violences sexuelles car ces filles ne peuvent pas négocier des relations sexuelles avec leurs partenaires. « En 2017, nous avons noté près de 18 cas de violences sexuelles dans les formations sanitaires avec traumatisme», a-t-il précisé.

Dr Amado Traoré, directeur régional de la santé du Nord

L’autre côté dramatique, est que ces jeunes sont pour la plupart infectées au VIH lorsqu’elles sont soumises au dépistage pendant le suivi de la grossesse. En la matière, Dr Traoré va expliquer que si « nous prenons la file active, c’est-à-dire l’ensemble des patients qui sont séropositifs et qui sont suivis dans nos structures de santé, nous avons près de 32 cas de VIH chez des enfants de 10 à 14 ans et presque 300 cas chez les 10-19ans ».

Camille Charlotte Zougmoré, chargée de programme lutte contre le mariage d’enfants

D’où l’engagement de certaines structures contre le mariage d’enfants, pour éviter justement les répercussions sur la santé de la jeune victime. C’est le cas de l’Association des jeunes pour le bien-être familial à Ouahigouya, qui a travers son programme ‘’lutte contre le mariage d’enfants’’, touche du doigt la santé de la reproduction. Selon les explications de Camille Charlotte Zougmoré, la chargée du programme, « il y a six stratégies de lutte. Les trois premières stratégies concernent la fille proprement dite avec des thématiques entre autres sur le mariage d’enfants, les droits des enfants, les mutilations génitales féminines, la santé sexuelle et reproductive, l’éducation etc. et les trois autres sont axées sur la communauté en général ».

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Cette sexualité précoce dira le directeur régional de la santé du nord, se justifie en partie par le mariage précoce ou forcé et une grossesse qui survient sur un terrain immature cause beaucoup de soucis pour la jeune dame.

C’est dans cet ordre d’idées, que Alimata Rosine Soubeiga de la Coalition nationale de lutte contre le mariage d’enfants au Burkina (CONAMEB) explique la tenue de cette caravane de presse, qui se veut de mobiliser les journalistes à collecter le maximum d’informations pour produire des articles de sensibilisation et d’interpellation sur le problème du mariage d’enfants au nord et à l’est.

Alimata Rosine Soubeiga, membre de la CONAMEB

 

Une prise de conscience à renforcer

Abitata Ouédraogo, pour son expérience personnelle est farouchement contre le mariage d’enfants. « J’ai été donnée en mariage à deux reprises par mes parents. Toutes les deux unions ont échoué car j’ai dû quitter parce que je ne supportais plus cette vie, bien que j’aie des enfants. C’est à mon 3e mariage que j’ai pu enfin choisir l’homme que j’aime. Je sais ce qu’on subit en vivant avec un homme qu’on t’impose. Je ne ferai pas la même chose à mes enfants », déclare-t-elle avec conviction.

Une prise de conscience qu’apprécie bien Charlotte Zougmoré. « Depuis 2016, on a pu gérer 16 cas de mariages d’enfants dont 7 ont été gérés en collaboration avec les leaders communautaires et 9 filles ont pris la décision elles-mêmes de venir à l’association pour avoir de l’aide ».

Les autorités coutumières et religieuses marquent également leur engagement pour une lutte réussie contre le mariage d’enfants. « Nous avons compris que lorsque les filles se marient tôt, de nombreux problèmes peuvent survenir », s’est exprimé le chef du village de Bogoya, localité située à 7km de Ouahigouya.

Chef du village de Bogaya

Toutefois, la répétition dit-on est pédagogique et il faut continuer d’informer et de sensibiliser les populations au regard des poches de résistance et de la mortalité maternelle élevée, avec une note importante chez les moins de 18 ans selon Dr Traoré. « Chaque année nous avons près d’une soixantaine de femmes qui décèdent des suites d’accouchement, parmi lesquelles, figure cette tranche d’âge», a-t-il regretté.

Ce qui est indéniable, c’est qu’il nous faut forcement gagner le pari de la lutte contre le mariage d’enfants dans un délai raisonnable ; gage d’un développement harmonieux et durable pour le Burkina.

Photo de famille avec les caravaniers

Assétou Maiga

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