« Le football et les novelas sont des loisirs similaires avec les mêmes impacts » dixit Elifal Balora, cinéaste

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le réalisateur burkinabè Elifal Balora
le réalisateur burkinabè Elifal Balora

Entre la quête effrénée du plaisir tiré des loisirs; et le chavirement, il n’y a qu’un pas. « Satisfait ou non-remboursé» , c’est le titre du film documentaire du jeune réalisateur burkinabè Elifal A. Balora. 90 minutes suffisent pour découvrir la passion d’un fol amour pour le football et la prégnance des séries télé-novelas dans nos salons. Queen Mafa est allée à la rencontre de ce jeune réalisateur.

 

Queen Mafa : Qui est Elifal Balora ?

Je suis Elifal Awéoutiogui Balora à l’état civil,  professionnel du cinéma, notamment scénariste réalisateur. Pour la deuxième fois, j’ai participé à la 27e édition du FESPACO 2021. Je suis à une deuxième participation après l’édition de 2019. A ce jour, je compte  deux réalisations cinématographiques. La première, «  beau drap » présentée à la 26e édition du FESPACO 2019 ; et la deuxième  « satisfait ou non remboursé » qui est  en  compétition pour cette édition dans la catégorie documentaire.

« Accorder du temps à notre famille leur fait beaucoup de bien »

Queen Mafa : Déjà à travers le titre, nous avons mille questions qui fourmillent dans la tête. Que faut-il comprendre par ce titre ?

Avant d’en arriver à ce qu’on peut comprendre par ce titre, il faut souligner que le film traite des loisirs du football et des séries télé-novelas. Pour mieux comprendre ce que renferme ce titre, je donne toujours l’exemple d’un apprenant qui traite un devoir sans brouillon. Un devoir traité sans la précaution d’un brouillon, coure le risque de ne plus jamais être récupéré en cas d’erreur.

Et il se trouve que dans la consommation de ces loisirs, les gens éprouvent du plaisir, donc une satisfaction. Cependant derrière cette satisfaction, il y a beaucoup de choses perdues. Quelque part, on perd quelque chose au profit de ces loisirs.

Beaucoup de choses qui auraient pu être utiles à l’humanité. En cela, je veux parler de la meilleure gestion de son temps, l’économie des ressources temporelles et économiques, l’émancipation de la famille à travers les moments de communion familiale.  Accorder du temps à notre famille leur fait beaucoup de bien. Ce sont ces perspectives de chance et d’opportunités ratées que j’appelle ‘’ non remboursé’’. On est satisfait par le plaisir, mais on perd énormément de choses qui ne peuvent être récupérées.

 

Queen Mafa : Pourquoi ces deux types de loisirs, le football et les séries télévisées ?

C’est vrai qu’aujourd’hui les frontières liées à la question du genre tendent à se refermer. À priori, le football est le loisir favori des hommes et les séries télévisées celui des femmes. A travers la présentation de ces deux loisirs, j’ai voulu toucher ces deux entités. 

Aussi le football et les séries novelas sont des loisirs similaires avec les mêmes impacts. Par ailleurs, de la même manière dont on peut se retrouver être passionné par le football, il en est autant pour les séries novelas.

Malheureusement la réalité est telle que beaucoup veulent transposer dans nos cités et dans la vie réelle ce qu’ils voient sur les écrans

Queen Mafa : Faut-il  comprendre par-là que ces loisirs sont à bannir de nos quotidiens ?

Bannir, je dirai non. Et je ne serai pas le seul à dire non parce que les loisirs font partie de notre vie. Et je crois que notre ouverture à d’autres cultures nous permettra de nous mettre en face du défi culturel africain.

Par contre, il faut avoir cette possibilité de faire la part des choses et de tirer la part utile pour nous. Malheureusement la réalité est telle que beaucoup veulent transposer dans nos cités et dans la vie réelle ce qu’ils voient sur les écrans.

Comme le dirait l’autre ‘’ une image n’est jamais neutre ‘’. Elle a toujours une influence sur notre façon de faire et de penser. Le but de la réalisation de ce film est d’attirer l’attention des uns et des autres sur la perte de nos valeurs culturelles. Surtout concernant les télé-novelas qui véhiculent des valeurs culturelles incompatibles aux nôtres.

Nous voulons donc faire une éducation de l’image. Il faudrait que les gens comprennent qu’à l’écran, le cinéma peut transgresser des interdits. Dans la vie réelle, il n’est pas toujours évident de le faire.

Il est difficile pour le citoyen ordinaire de faire la part des choses. Et donc avec des exemples pris dans la vie réelle, nous espérons pouvoir apporter cette touche de sensibilisation à la question de la dépravation des mœurs.

 

Entretien réalisé par Idrissa SIRI

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