Laurence Ilboudo au chevet des fillettes excisées à Kaya et à Ouagadougou

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Des fillettes victimes d’excision internées au Centre Hospitalier Régional de Kaya et au centre médical Schiphra de Ouagadougou ont reçu la visite d’une délégation du ministère  en charge de la femme, ce samedi 15 septembre 2018. Laurence Ilboudo est allée s’imprégner de l’état de santé de ces âmes innocentes et s’assurer du fait que les droits de ces jeunes filles doivent être respectés.

En dépit des sensibilisations sur les effets néfastes de l’excision, des parents continuent de faire la sourde oreille et de faire subir à leurs filles les affres de l’excision. Visiblement choquée par ces derniers cas d’excision, Marie Laurence Ilboudo n’a pas manqué de sermonner les mères fautives.  » Je suis à la fois désolée et en colère parce que les gens pensent que c’est de l’amusement « .

Laurence Ilboudo et sa délégation au CHR de Kaya

Le regard baissé, cette mère assise à côté de sa fille excisée au service de gynécologie obstétrique de Kaya ne peut nullement cacher le remord qu’elle a. « Je regrette ce que j’ai fait. Je sais que c’est interdit d’exciser les filles même si je l’ai fait à ma fille. Elle a eu des soins, ça va maintenant. Elle est âgée de 9 ans et est une élève ».

« J’ai fait exciser mes deux filles. La première a 8 ans et la 2e a 1 an 3 mois. Ce sont les forces de l’ordre et de sécurité qui nous ont amené ici ce soir à Schiphra. Je viens de Kamboinsin. Elles ont été excisées il y a 4 jours et l’aînée est élève. Si j’arrive à me tirer de cette affaire, je ne vais plus jamais oser », lâche tristement cette 2e maman qui ne peut s’empêcher de couler une larme.
Vers la sortie, nous apercevons cette petite encadrée par deux plus grandes sur le banc. « C’est ma mère qui m’a faite excisée. Mais elle n’est pas ici ce soir. Je ne me rappelle plus le jour qu’on m’a excisée. J’ai 8 ans et je fais la classe de CP2 ».

A l’image de ces petites, elles sont 38 fillettes admises au centre médical Schiphra et 9 au CHR de Kaya à vivre cette  souffrance. Arrivées dans un état déplorable, ces filles ont bénéficié d’une prise en charge. Selon les explications du chef de service de la maternité de Kaya, Dr Honoré Tinguéri les fillettes ont subi une excision de 2e degré, c’est-à-dire que le clitoris et les petites lèvres ont été enlevés. « Elles ont été référées de Boussouma pour des saignements suite à l’excision le 13 septembre dernier. Ce qui était inquiétant le premier jour c’était l’hémorragie et la douleur qu’elles ressentaient. Il s’est agi pour nous de réparer les séquelles d’excision, d’arrêter l’hémorragie et faire les soins locaux pour éviter les infections. Il leur faut au moins une semaine pour se rétablir complètement », a-t-il fait savoir.

Alertées donc par les services déconcentrés,  Laurence Ilboudo et sa délégation se sont rendues dans ces institutions sanitaires pour s’enquérir de l’état de santé de ces filles et leur donner du réconfort. « C’est un cas regroupant une dizaine d’enfants âgés de 4 à 13 ans et l’équipe du CHR de Kaya a vraiment pu les prendre en charge et ces enfants sont hors de danger. Nous voulons attirer l’attention de l’opinion publique que les mutilations génitales féminines sont condamnées dans notre pays et avec le ministère de la justice, nous allons travailler à appliquer la loi dans toute sa rigueur. Il est vraiment déplorable de constater qu’il y a encore des parents qui continuent de s’adonner à cette pratique », a regretté madame la ministre.

‘’Il faut que la loi soit appliquée dans sa plus grande rigueur’’.

Laurence Ilboudo sermonnant les femmes pour cet écart de conduite

Se disant être triplement choquée en sa qualité de ministre, de femme et de mère, Laurence  Ilboudo n’a pas manqué de sermonner les mères ayant fait exciser leurs filles. « Ça me choque de savoir que nous avons longtemps sensibilisé et que vous-mêmes qui aviez été victimes de l’excision le fassent subir à vos enfants. En tant que ministre de la solidarité nationale, c’est de mon rôle de m’occuper de ces enfants blessés ; mais concernant votre cas, c’est la justice qui s’en chargera», s’est-elle adressée à elles avec fermeté.

Dr Dieudonné Ouédraogo

Du côté du Centre médical Schiphra de Ouagadougou, la peine est la même. « Nous avons déjà examiné certaines d’entre elles qui présentent des signes d’infections. Il est urgent pour nous de leur apporter des soins pour éviter que ces légions ne s’infectent davantage et aussi accélérer la cicatrisation », a indiqué le chef du département mère-enfant, Dr Dieudonné Ouédraogo, gynécologue obstétricien. Aux dires du gynécologue, quelques unes présentent des cas graves d’infections.

Pour cela, la ministre Ilboudo a invité les parents qui gardent toujours les enfants à domicile de se rendre au plus vite à Schiphra pour bénéficier d’une prise en charge, qui rassure t-elle, est entièrement au compte du ministère et de ses partenaires.

Six personnes ont été déjà arrêtées du côté de Kaya y compris l’exciseuse qui est d’ailleurs une récidiviste. Une tournée marquée de désolation et de consternation au regard de la persistance de l’excision malgré les conséquences qu’elle engendre sur la santé de la femme: rapports sexuels pénibles, accouchements difficiles, fistules obstétricales etc. sans oublier les cas isolés non dénoncés qui sont aussi une problématique.

Il est impératif que cette pratique néfaste et avilissante cesse au grand bonheur de nos petites filles.  Il faut que la population comprenne une fois pour toute que l’excision est strictement  interdite et la protection des enfants et le respect de leurs droits doivent être  une priorité pour tous.

Laurence Ilboudo et sa délégation au centre médical Schiphra de Ouagadougou

Assétou Maiga

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