La nuit des idées 2020 : Les moustiques au cœur des débats

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Proposer des approches innovantes de lutte contre le paludisme, telle est la thématique abordée au cours de la nuit des idées. Cette rencontre d’échanges entre chercheurs et public s’est déroulée ce jeudi 30 janvier 2020 à Ouagadougou au sein de l’institut français. 

Au Burkina Faso, les effets néfastes du paludisme vont bien au-delà des pertes en vies humaines. Cette maladie pèse lourdement sur les systèmes de santé, entrave la productivité et fragilise la croissance économique. Selon les statistiques nationales, en 2017, près de 12 millions de cas de paludisme ont été enregistrés, dont 515 000 de paludisme grave avec plus de 4000 décès.

Le ministère de la santé avec l’appui des partenaires techniques et financiers engagés dans la lutte contre le paludisme a développé différents types de réponses. Toutes concourent aux mêmes objectifs : renforcer la lutte et inverser la tendance vers les objectifs mondiaux visant l’élimination du paludisme à l’horizon 2030. Réunis autour d’une table ronde, les intervenants ont présentés et débattus des approches innovantes de lutte contre le paludisme.

Pour faire face au paludisme, le Dr Nicolas Moiroux, chercheur à l’IRD conseille la combinaison d’interventions : la Moustiquaire Imprégnée d’insecticide à Longue Durée d’Action (MILDA), »Pulvérisations intra-domiciliaires », les peintures insecticides et les bâches murales imprégnées. Il estime que la combinaison de ces éléments aura un meilleur impact pour la lutte contre le paludisme.

Le Dr Nicolas Moiroux

Expliqué par le Dr Sié Hermann Pooda, assistant à l’Université de Dédougou, l’approche One Health dans la lutte contre le paludisme prône le traitement à l’ivermectine des animaux domestiques. Selon lui, « 60% des maladies humaines infectieuses connues sont d’origine animale ». L’usage de l’ivermectine sur les animaux domestiques permettrait donc de réduire les cas de paludisme dans les zones d’élevage. Cependant, note le Dr Sié Hermann Pooda :« il y a nécessité de prendre en compte les effets des traitements à l’ivermectine sur l’environnement ».

Lire aussi: Lutte contre le paludisme : des moustiques OGM libérés au Burkina Faso(S’ouvre dans un nouvel onglet)

Une autre approche présentée par le Dr Dari Frederic Da, chargé de recherche à l’IRSS de Bobo Dioulasso, c’est le concept de vaccins bloquant la transmission du paludisme. « Ces vaccins sont prometteurs comme futurs outils dans l’éradication et l’élimination du paludisme parce qu’ils agissent à la fois chez l’homme et chez le moustique », explique-t-il.

De la gauche vers la droite : le Dr Dari Fréderic Da et le Dr Sié Hermann Pooda

Interrogé sur le financement de la recherche pour le paludisme, le Dr Jean-Jacques Bernatas, conseiller Santé Mondiale à l’Ambassade de France, prend pour exemple le projet REACT mis en œuvre au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire par l’IRSS et l’IRD. Ce projet vise à étudier le bénéfice de la mise en œuvre de quatre nouvelles stratégies de lutte anti-vectorielle en complément des moustiquaires imprégnées sur la transmission du paludisme et de la survenue de la maladie à savoir les peintures insecticides, la lutte anti-larvaire, l’utilisation d’ivermectine et l’information, l’éducation ainsi que la communication au sein de populations.

Ce projet a été financé par Expertise France pour un montant total de 1,5 million d’euros. Il cite aussi UNITAID, ce fonds multilatéral auquel la France contribue à hauteur de 56% et qui permet de financer la mise à disposition des innovations médicales au bénéfice des pays à ressources limitées, et dont le Burkina Faso continue de bénéficier, avec 21 millions de US dollars pour le Burkina Faso depuis 2006. Le Fonds Mondial de lutte contre le VIH, la Tuberculose et le Paludisme contribue également à la recherche sur la lutte antivectorielle au Burkina Faso.

Sujet controversé, le projet « Target Malaria » était également au cœur des échanges. L’on se souvient qu’en début juillet 2019, 6400 moustiques ont été lâchés dans un village de Bobo Dioulasso créant ainsi des débats de parts et d’autres. A ce propos, le Pr Roch Dabiré, chercheur à l’IRSS, rassure : « nous ne sommes pas en train de lâcher des moustiques transgéniques. On peut considérer que ce sont des OGM mais ils n’ont pas encore de gênes d’intérêt. Aucun moustique femelle n’a été lâché. On a fait que produire des mâles luminescents et stériles. ».

Le professeur Roch Dabiré

La nuit des idées

La nuit des idées est un événement annuel et international qui célèbre la circulation des idées entre les pays et les cultures ; les disciplines et les générations. Chaque année, elle invite à découvrir l’actualité des savoirs, à écouter celles et ceux qui font avancer les idées dans tous les domaines, à échanger sur les grands enjeux de notre temps.

Organisée depuis 2016 par l’institut français, la nuit des idées s’est déroulée cette année sous le thème « Etre vivant » et a réuni des intervenants de tous horizons sur les cinq continents. Ce thème place au cœur de la nuit des idées 2020 la question des équilibres écologiques et de la relation de l’homme au monde. Ce jeudi 30 janvier 2020, la nuit des idées s’est déroulée dans plus de 70 pays.

Faridah DICKO

 

 

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