Koglwéogo, acteurs incontournables des futurs enjeux électoraux

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Tanguy Quidelleur et Romane Da Cunha Dupuy, des chercheurs diplômés en sociologie politique ont mené une étude sur l’avènement des Koglwéogo dans l’univers de la sécurité au Burkina Faso. Dans un article publié récemment,  intitulé : “Mouvement d’autodéfense au Burkina Faso : Diffusion et structuration des groupes Koglwéogo”,   ces auteurs reviennent sur la genèse de cette galaxie de groupes armés qui s’arrogent des prérogatives sécuritaires au nom du respect de la loi.

Pays en pleine transition politique à la suite de la révolution populaire de 2014, le Burkina Faso connaît depuis une dégradation de la situation sécuritaire dans un contexte marqué par la menace de la mouvance islamiste au nord du pays.

Dans ce contexte de bouleversement sociopolitique, des groupes d’autodéfense se désignant comme Koglwéogo, « les gardiens de la brousse » font leur apparition au cours de l’année 2015. Le mouvement se diffuse dans une large partie du pays et se fait connaître pour les châtiments violents qu’il inflige aux voleurs et délinquants présumés.

A en croire les auteurs, la volonté des Koglwéogo de se démarquer des forces de sécurité et des représentants de l’État séduit. Comme beaucoup de groupes d’autodéfense ou de vigilants, ils se présentent comme des individus issus du peuple, proches de celui-ci et capables de répondre immédiatement aux demandes des habitants sur de petits délits.

« Les Koglwéogo disent ne traiter que les affaires de vols (bétails, téléphones portables, motos, etc.) », font savoir les chercheurs.  Et de poursuivre que l’une de leurs stratégies discursives consiste à rejeter la lourdeur bureaucratique de l’administration judiciaire et des actes administratifs jugés socialement discriminants, car rédigés en un langage complexe, inaccessible pour des habitants des zones rurales, qui n’ont pas tous été scolarisés.

Outre la prise en main de la chaîne pénale,  les chercheurs informent que les « Koglwéogo » s’attribuent certaines fonctions relevant du monopole de la violence légitime de l’appareil étatique en effectuant notamment des contrôles routiers des marchandises et du bétail, en prélevant des taxes et en imposant des amendes ou en prenant des décisions de justice.

Le rôle ambigu de l’Etat

« L’État et les milieux politiques burkinabè ont toujours entretenu une certaine ambiguïté avec ces groupes d’autodéfense, une situation qui a favorisé leur prospérité », ont laissé entendre ces chercheurs.

À partir de 2015, dans un contexte de transition politique et d’attaques terroristes, le pouvoir central accueille d’abord positivement la montée en puissance de ces initiatives qui lui permettent d’assurer la sécurité, ou du moins d’afficher un volontarisme dans ce sens.

À l’approche  des municipales de 2016, les forces politiques ne peuvent se permettre de s’aliéner ces groupes très populaires dans les campagnes. Les « Koglwéogo sont rapidement devenus un enjeu électoral et font régulièrement l’objet d’un discours bienveillant de la part des autorités » ont-ils renseigné. Et d’ajouter que, l’ancien ministre de la Sécurité, Simon Compaoré, était même pendant un temps surnommé le “Père des Koglwéogo”.

Si leur ancrage local est une ressource, Tanguy Quidelleur et Romane Da Cunha Dupuy font avoir que les Koglwéogo ne représentent pas une entité homogène et le mouvement n’est pas accepté de manière uniforme dans l’ensemble du pays. Ils ont cité comme exemple la situation qui a prévalu à la fin du mois de mai 2017 à Tialgo. Pendant deux jours des Koglweogo et la population de Tialgo (situé à l’ouest du pays) se sont affrontés, entraînant la mort de six personnes.

Pour les auteurs, le mouvement Koglwéogo, de par la «chasse aux voleurs » qu’il mène et l’intégration d’anciens délinquants dans ses rangs, est accueilli de différentes manières au sein de la société. La prolifération de ces groupes d’autodéfense alimente aussi des conflits plus latents.

« Ainsi, on voit ressurgir dans les  discours des oppositions entre communautés, entre  autochtones  et nouveaux arrivants, entre centre et périphérie, entre monde rural et urbain ou entre classes sociales », ont-ils confié.

A  l’aune des échéances électorales (élections présidentielles en 2020) la question de l’insertion de ces groupes armés dans le jeu démocratique reste entière.

 

Issa KARAMBIRI

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