« Si rien n’est fait, l’avenir de notre pays qui repose sur nos enfants risque d’être sérieusement compromis.

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A l’occasion du 29ème anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant célébrée ce 20 novembre partout dans le monde, la ministre en charge de la Famille, Laurence Ilboudo a, dans son message, eu une pensée envers tous ces enfants victimes de violences et d’abus sexuels . Elle a invité  toutes les organisations de la société civile à se joindre au gouvernement afin de  renforcer davantage le combat pour une protection absolue des droits de l’enfant. Lisez en intégralité le message de la ministre.

Le temps de l’enfance est court. Il ne se rattrape pas. Sachons agir avec le sentiment permanent de l’urgence !

20 novembre 1989 – 20 novembre 2018, il y a 29 ans déjà, que la communauté internationale, sous l’égide de l’Assemblée générale des nations unies, a adopté la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). L’unanimité qui a été requise autour de cet instrument juridique international, montre que la question de l’enfant est au cœur des défis de développement de toutes les nations du monde.

Cependant, malgré les multiples efforts accomplis après plusieurs années d’engagement et de mobilisation sociale, de nombreuses évaluations font constater que les grandes ambitions issues du Sommet mondial de 1990 pour créer « Un monde digne des enfants » sont encore loin d’être réalisées.

A moins de réaliser des progrès rapides d’ici 2030, date butoir des Objectifs de développement durable (ODD), des millions d’enfants d’Afrique et du monde, verront leurs droits bafoués et seront privés du minimum nécessaire pour leur développement intégral en raison de leur lieu de naissance, de leur race, de leur sexe, de leur origine ethnique ou familiale, ou parce qu’ils vivent dans la pauvreté ou avec un handicap.

Au Burkina Faso, les projections démographiques indiquent une proportion des enfants de moins de 18 ans évaluée à 9 465 702 soit 54,6% de la population totale. Plus de 34,29% d’entre eux soit 3 245 679 ont moins de cinq ans. Pour cette majorité écrasante de notre population, l’accès aux services sociaux de base comme l’éducation, la santé, l’eau potable et assainissement, l’alimentation, et les mesures de protection spéciale, demeure un défi incontournable si nous voulons disposer d’une jeunesse forte et responsable capable de porter les enjeux du développement de notre pays.

Pour rappel, c’est sans aucune réserve que le Burkina Faso a procédé à la ratification de la Convention des nations unies relatives aux droits de l’enfant en juillet 1990. Après plus d’un quart de siècle d’engagement, d’importants progrès ont été accomplis à travers la mise en place d’un cadre institutionnel et des politiques et mesures administratives favorables à l’enfant.

Ce cadre juridique de protection de l’enfant a été élargi par la signature des deux protocoles additionnels à la CDE concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, et la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants. En 29 ans, des mesures ont été prises pour garantir à l’enfant une protection et une sécurité indispensables pour son épanouissement personnel.

Au titre de ces mesures, figurent les textes qui fixent par exemple l’âge minimum d’admission au travail, définissent les pires formes de travail des enfants et les conditions d’emploi des enfants et des adolescents. Ces textes répriment sévèrement la traite des personnes et les pratiques assimilées, la vente et l’exploitation sexuelle des enfants, etc.

Au plan communautaire, notre pays a une société civile mieux organisée et dynamique avec des regroupements et coalitions qui travaillent en synergie aux côtés du Gouvernement sur toutes les questions relatives à la protection de l’enfance. C’est l’occasion de féliciter et d’encourager le Groupe de travail pour la protection de l’enfance (GTPE), le Focus des organisations pour la Réalisation de la convention relative aux droits de l’enfant (FORCE), la Coordination des intervenants auprès des jeunes et enfants en situation de rue (CIJER), le Cadre de concertation des ONG et associations actives en éducation de base (CCEB), etc.

L’engagement et la constante mobilisation de tous les acteurs, ont permis d’enregistrer des progrès notables dans la mise en œuvre de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant. Cependant, des milliers d’enfants au Burkina Faso sont toujours marginalisés, subissant en même temps des violences multiformes qui compromettent dangereusement leur avenir, très souvent sous le silence complice des familles et des communautés sensées les protéger même au prix de sacrifice.

En effet, des études récentes révèlent que 65,7% des violences physiques sont exercées dans le domicile parental, et 21,9% dans les écoles et 8,4% dans la rue. La prévalence des violences émotionnelle subies par les enfants est de 32,5% en milieu urbain contre 23,8% en milieu rural. Aussi, on dénombre malheureusement au moins 3% des enfants âgés de 12 à 17 ans qui ont déjà expérimenté une violence sexuelle toutes formes confondues, notamment des attouchements sexuels non désirés, des tentatives de rapport sexuel non consensuels, des rapports sexuels forcés, ou de rapport sexuel en échange d’argent ou de biens.

La pratique de l’excision, des mariages des enfants, des rapts des filles parfois en plein examen scolaire, encore très fortement adossée à nos us et coutumes, constitue de graves violences infligées à la jeune fille malgré les lois nationales qui les interdisent.

Le droit d’être enregistré à la naissance n’est pas toujours effectif pour environ 23% des enfants burkinabè. L’effritement des valeurs culturelles de solidarité et d’entraide dans nos sociétés aggravent la situation des enfants avec un nombre important d’enfants chefs de ménage âgés de12 à 19 ans qui atteint 38 437 dont 20,9% sont des filles. Les enfants souffrant d’un handicap de même que les enfants ayant des parents vivant avec un handicap continuent de subir la précarité et la stigmatisation à tous les niveaux de la société (accès à l’éducation, aux édifices, à la prise en charge sanitaire, etc.)

Les crises et les conflits sociaux récurrents dans les zones sahéliennes, la vulnérabilité des frontières, la prolifération des mines et carrières artisanales sur le territoire national ces dernières années, amplifient les phénomènes de mobilité, de trafic illicite et de la traite des enfants, de migrations irrégulières qui revêtent de plus en plus une dimension transfrontalière animés par des groupes et réseaux organisés. Des pratiques assimilées comme la mendicité touchent 9 313 enfants et jeunes en situation de rue dont 7 564 garçons et 1 749 filles enregistrés dans 49 communes du Burkina Faso.

Depuis le début de l’année 2016, les menaces et les attaques terroristes récurrents ont engendré plus de 20 000 déplacés et la fermeture d’écoles et de centres de santé, entrainant de graves privations et des traumatismes chez des milliers d’enfants vivant dans ces zones.

A l’occasion de cet anniversaire, le Gouvernement a un penchant pieux pour les familles affectées et leur présente une fois de plus ses condoléances pour les âmes arrachées à leur affection et surtout les enfants qui ont été victimes de ces attaques. Pour les blessés, le Gouvernement leur souhaite prompt rétablissement et restera toujours à leurs côtés.

Pour la seule année 2017, des milliers de ménages ont subi les effets des pénuries alimentaires, de catastrophes et des changements climatiques (inondations) et de conflits intercommunautaires, mettant à rude épreuve les droits des enfants touchés.
Les risques et les conséquences qui découlent de ces phénomènes et pratiques néfastes sont multiples pour l’enfant : la non scolarisation, la déscolarisation précoce, les problèmes de santé maternelle et infantile liés aux grossesses précoces, le risque élevé de fistules obstétricales, la maltraitance, la réduction d’opportunités économiques et de formation professionnelle chez les enfants et particulièrement les jeunes filles victimes, etc.

Et si rien n’est fait aujourd’hui pour inverser la tendance, l’avenir de notre pays qui repose sur nos enfants risque d’être sérieusement compromis.

Malgré un contexte général marqué par une démographie galopante contre une faible croissance des indicateurs socio-économiques et une situation sécuritaire peu reluisante, le Gouvernement burkinabè a adopté en 2016, le Plan national de développement économique et social (PNDES), avec comme objectifs d’améliorer le niveau d’éducation, l’accès à la santé, et à la protection sociale des femmes et des enfants.

Ainsi, de façon spécifique, des actions concrètes sont menées par exemple pour réduire de moitié le nombre d’enfants en situation de rue, et accroître la proportion des enfants vulnérables pris en charge de 45% en 2015 à 70% d’ici à 2020. En outre, le Gouvernement a entrepris de relire le Code des personnes et de la famille à l’effet d’harmoniser l’âge légal du mariage à 18 ans pour les filles et les garçons. Par ailleurs, en collaboration avec la société civile, et impliquant fortement les responsables coutumiers et religieux, le Gouvernement a mis en place des plateformes multisectorielles et des plans opérationnels pour promouvoir un environnement protecteur pour les adolescentes victimes ou à risque de mariage d’enfants et de mutilations génitales féminines.

Au regard des défis à relever pour rendre performant le système de protection de l’enfant, le Gouvernement du Burkina Faso, avec l’appui de ses partenaires, a entamé l’élaboration d’une Stratégie nationale de protection de l’enfant (SNPE) couvrant la période 2019-2023. Cette stratégie sera le référentiel de convergence des préoccupations relatives aux formes de violences et de toutes les interventions en matière de protection de l’enfant au Burkina Faso.

A l’occasion du présent anniversaire de la Convention des nations unies relative aux droits de l’enfant, j’invite tous les services de l’Etat, les organisations de la société civile, les organisations non gouvernementales, les responsables religieux et coutumiers, les partenaires et financiers, à s’engager davantage et à multiplier les actions et les initiatives pour protéger nos enfants contre toutes les formes de privations et de violences qui vont affecter durablement leur vie dont les séquelles sont quelques fois indélébiles.

Mais, cela ne sera possible que dans un environnement de sécurité et de paix. C’est pourquoi, le Gouvernement invite chacune et chacun à créer des conditions de réconciliation vraie à l’effet d’offrir aux enfants un cadre propice à leur bien-être et à leur épanouissement.

JOYEUX ANNIVERSAIRE DE LA CDE !
BONNE FETE A TOUS LES ENFANTS !

La Ministre de la femme, de la solidarité nationale et de la famille
Marie Laurence ILBOUDO/MARSHAL

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