»Je veux être une solution pour les autres », Dr Poussi Sawadogo

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L’homme est bien connu pour son parler sincère, son allocentrisme et en tant qu’acteur engagé pour la paix et le genre. Diplomate de carrière, historien, coach-formateur, communicateur, enseignant, écrivain, Dr Poussi Sawadogo est expert en gouvernance et droits de l’Homme au Centre national pour la coordination du mécanisme d’alerte précoce et de réponse, et vice-président du Conseil d’administration professionnelle du Réseau ouest-africain d’édification de la paix au Burkina Faso (WANEP – Burkina). Ancien Secrétaire général du gouvernement de 2013 jusqu’à l’insurrection populaire, Poussi Sawadogo est un grand inspirateur de la jeunesse burkinabè pour ses idées ingénieuses et de transformation sociale et professionnelle.

Quelle image souhaitez-vous qu’on retienne quand on parle du Dr Poussi Sawadogo ?

Je voudrais que lorsque je ne serai plus là, que les gens puissent voir que j’ai contribué à ajouter de la valeur à la vie des autres. Si vous recevez souvent mes mails, vous voyez juste en dessous un écrit : ‘’ Je suis une solution pour les autres’’. Je pense que c’est ma finalité dans la vie d’être au service des autres.

Sur quoi travaille le Dr Poussi Sawadogo en ce moment ?

Je suis en train de finaliser un livre qui me permettra d’accompagner les uns et les autres dans leur processus de croissance personnelle. Ce livre est déjà rédigé à 99% ; il est intitulé ‘’Jus de fruit pour l’Esprit’’. C’est ce projet que je compte terminer et parallèlement, je suis en train d’écrire un guide à l’intention des formateurs internationaux. Je viens de susciter le lancement d’une initiative à travers la création de l’Institut d’Accompagnement des Carrières Diplomatiques Internationales (IACDI) par un jeune burkinabè, Monsieur Zakaria Ouédraogo, économiste et gestionnaire des ressources humaines et par ailleurs étudiant en master 2 « Diplomatie et relations internationales». L’objectif de l’IACDI est de guider les acteurs qui aspirent à vivre une expérience internationale à la réussir.

En tant qu’acteur de la paix, quelle recette vous proposez
pour mettre fin au terrorisme dans le monde et principalement
au Burkina ?

Le véritable problème de l’extrémisme c’est la pauvreté, le manque de confiance en soi, l’injustice, l’impunité, c’est ce que dénoncent aussi les terroristes. Mais, si ce sont des réalités concrètes, les pays doivent aussi prendre des dispositions pour réduire ces inégalités. Il ne suffit pas de mobiliser des militaires pour combattre parce que ce n’est pas la solution absolue. De temps en temps, lorsque vous êtes attaqués, il faut vous défendre. Mais de façon structurelle, il faut bien éduquer les gens, leur permettre d’acquérir le travail qu’il faut. Il faut également créer un rêve et permettre aux jeunes de rêver et de réaliser leurs rêves. C’est très important si on veut réduire ces situations d’extrémisme. Aux niveaux régional et international, il faut savoir que la gouvernance mondiale est une gouvernance où il y a des iniquités, des inégalités, des injustices. Donc, il faut aussi que l’ordre international change parce que c’est la contestation de cet ordre qui est en train d’être faite par les terroristes d’une autre manière. C’est vrai qu’on ne peut pas apprécier qu’ils utilisent la violence pour contester l’ordre établi, mais c’est parce que cet ordre n’est pas un ordre équitable.
Il faudrait que ceux qui gouvernent ce monde réfléchissent et fassent de telle sorte qu’on ait un monde où il y a plus de justice, plus d’équité et plus d’égalité afin de permettre à chacun de contribuer à l’édification d’un monde meilleur.

Le G5 Sahel a été créé pour sécuriser la région sahélienne et la développer par des activités diverses, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Pour moi, c’est une bonne initiative mais, en observant la façon dont les choses se présentent, j’ai l’impression que le G5 Sahel manque de leadership. Il faudrait qu’un des présidents prenne la responsabilité d’assumer ce leadership parce qu’au regard de ce qui se passe, le manque de leadership risque de causer problème au G5 Sahel.

Quel rôle la femme peut jouer dans la promotion de la paix au Sahel ?

L’implication de la femme est importante si on veut trouver une solution contre la violence et l’extrémisme. Le premier rôle est celui de l’éducation. Le jeune se radicalise parce qu’il n’a pas suffisamment été accompagné. Il revient à la femme qui peut facilement détecter un comportement anormal chez l’enfant, de pouvoir aider à corriger ce comportement afin de remettre l’enfant sur le droit chemin.

Si aujourd’hui Dr Poussi Sawadogo avait un bâton magique, que ferait-t-il pour changer la condition de la femme burkinabè ?

Malheureusement je n’ai pas de bâton magique (rires). Mais, je pense bien que la condition de la femme burkinabè relève d’abord de sa responsabilité propre. Tout est fonction de l’environnement, de la culture, de la politique ; il ne suffit donc pas d’avoir un bâton magique parce que les causes sont très profondes, les enjeux très grands et il faut une dynamique collaboratrice, participative pour que les mentalités changent. Il ne suffit pas d’avoir des textes favorables. Il va falloir que les uns et les autres croient effectivement que l’application de ces textes va faire bouger les choses.

Qu’est-ce qui vous énerve le plus dans la vie ?

Le retard. On a des problèmes au Burkina Faso parce qu’on ne respecte pas le temps. Les africains discutent de ce qu’ils auraient dû faire il y a cinquante ans. Les européens, eux, ils discutent de ce qu’ils vont faire dans cinquante ans. Il faut qu’on comprenne qu’on ne peut pas réussir sans faire du temps son allié.

Qu’est-ce qui vous rend heureux ?

C’est lorsque que je rends service ; c’est quand je pose un acte et je trouve qu’il contribue à améliorer la vie de ma famille et la vie des autres. Si ce que nous faisons ce matin peut éclairer certains lecteurs de Queen Mafa et les amener à s’interroger, à changer de vie, alors je serai content. C’est le plus important pour moi. Pour moi, pour être un homme heureux, il faut être au service des gens et contribuer à améliorer la vie des uns et des autres.

Vos loisirs ?

La lecture, contempler la nature.

Trois défauts de Dr Poussi ?

Je suis très rigoureux, émotif et attaché au travail très bien
fait.

Trois qualités ?

Je pense qu’il ne me revient pas de dire que j’ai des qualités.
C’est aux autres d’apprécier.

Assétou MAÏGA

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