Italie : « Trop masculine » pour être violée, le procès qui fait scandale

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Le 8 mars, la cour de cassation italienne a demandé un nouveau procès pour deux hommes, accusés de viol sur une étudiante péruvienne en 2015. Ils avaient été acquittés car les trois juges, des femmes, l’avaient estimée « trop masculine » pour être attirante.

« C’est en lisant la décision en 2017 que j’ai décidé de saisir la Cour suprême », explique Cinzia Molinaro, avocate de la présumée victime, au quotidien britannique The Guardian. Sa cliente, une femme d’origine péruvienne âgée de 22 ans au moment des faits supposés, en 2015, aurait été violée par deux hommes, des Italiens, qui l’auraient droguée. D’abord condamnés, ils avaient été acquittés par la cour d’appel d’Ancône, en 2017.

Surnommée « Viking »

En se procurant la décision des trois juges, des femmes, chargées de l’examen de la procédure d’appel, Cinzia Molinaro est tombée des nues : « C’était écoeurant à lire ; les juges ont évoqué différentes raisons de les acquitter, mais l’une d’elles renvoyait au fait que les accusés avaient dit qu’ils ne l’aimaient de toute façon pas, parce qu’elle était laide. Ils ont aussi écrit qu’une photographie [de la victime présumée] le confirmait », relate l’avocate auprès du Guardian. L’un des hommes a dit avoir enregistré le numéro de téléphone de l’intéressée avec le surnom « Viking ».

La décision rédigée des juges contient même un passage, écrit le Guardian, disant que « l’histoire de cette femme ne peut être suffisamment crédible car elle ressemble à un homme, et donc, n’est pas attirante ».

L’histoire de cette femme ne peut être suffisamment crédible car elle ressemble à un homme, et donc, n’est pas attirante.

Vendredi 8 mars, la Cour suprême italienne, plus haute juridiction du pays, a annulé l’acquittement, rendant alors publique la décision de la cour d’appel d’Ancône. Elle a par ailleurs demandé qu’un nouveau procès ait lieu, cette fois dans la juridiction de Pérouse.

Un rassemblement de 200 personnes

L’indignation est montée parmi l’opinion publique. Lundi 11 mars, environ deux cents personnes, un chiffre timide à nos yeux, mais important vis-à-vis de la culture italienne, se sont rassemblées à Ancône, ville portuaire du Nord-Est du pays, pour protester contre la décision de la cour d’appel, désormais annulée. L’initiative a été prise par Rebel Network, un groupe activiste féministe, qui a qualifié la décision des juges d’Ancône « digne du Moyen-Âge ».

« Le pire, c’est le message culturel envoyé par ces trois juges femmes ayant acquitté ces deux hommes, parce qu’elles ont décidé qu’il était improbable qu’ils aient envie de violer une femme à l’allure masculine », a déploré Luisa Rizzitelli, porte-parole de Rebel Netword.

La victime présumée est repartie vivre au Pérou, après avoir été ostracisée de sa communauté parce qu’elle avait osé porter plainte. Son avocate a réaffirmé que les deux hommes aurait mis de la drogue dans son verre, après un cours du soir. À l’époque, les médecins avaient déclaré que « ses blessures correspondaient à un viol, et que ses analyses sanguines présentaient de très hauts taux de benzodiazépines », les molécules contenues dans des somnifères.

On ne connaît pas son nom, ni celui des deux accusés, comme le veut la loi italienne.

Source: marieclaire.fr

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