Marie-Lise Sabrié est Directrice de la Mission Culture scientifique et technologique à l’Institut de Recherche pour le Développement. Cette mission a pour objectif la diffusion des savoirs et des résultats de la recherche depuis la communauté scientifique jusqu’à la société. En mission au Burkina Faso, Marie-Lise Sabrié s’est prêtée aux questions de Queen Mafa.

D’où vient votre intérêt pour la recherche scientifique ?

Je ne viens pas du tout de la science. J’ai fait des études de littérature et d’italien, ainsi que de gestion des institutions culturelles. Sur ma route, j’ai croisé l’Institut de Recherche pour le Développement. J’ai découvert deux mondes que je ne connaissais pas : celui de la recherche scientifique et des pays du sud. Cela a été une double magnifique découverte. Dès que je suis entrée à l’IRD, j’ai développé un certain nombre de supports d’information. J’ai pris conscience du rôle de la science dans notre vie quotidienne. Les sciences aident à identifier des solutions, ce sont aussi un moyen essentiel de compréhension et d’interprétation du monde.

Comment se comporte la recherche au féminin en France ?

Je ne suis pas spécialiste de cette question mais je vais essayer de répondre avec mon expérience de la recherche. C’est vrai, les femmes sont encore trop souvent exclues du monde de la science. Des études ont été faites sur les encyclopédies scientifiques pour les jeunes où les chercheurs représentés sont toujours des hommes. Dès le plus jeune âge, nous sommes donc habitués à une sous-représentation qui exclut la femme du monde de la science, notamment dans le domaine des sciences dures, car je crois qu’il y a de plus en plus de femmes qui sont amenées à embrasser des carrières scientifiques dans les sciences sociales. En France, moins de femmes au terme de leur carrière scientifique sont directrices de recherche. On dit qu’il y a un plafond de verre : les femmes sont souvent empêchées d’atteindre des postes à responsabilité, notamment parce que l’on considère que cela est peu compatible avec l’éducation des enfants.

Les femmes peuvent avoir des responsabilités dans la gouvernance de la recherche fondamentale ou appliquée

La parité homme/femme est encouragée par le ministère français de la recherche. Beaucoup de choses sont faites pour valoriser l’engagement des femmes dans les carrières scientifiques. En France, c’est une femme qui est ministre de la recherche. C’est aussi le cas à l’IRD : pour la première fois, l’IRD a nommé une femme représentante au Burkina, Dominique Dumet, qui est directrice de recherche par ailleurs, spécialiste dans le domaine de la biologie végétale. On voit donc que des femmes peuvent avoir des responsabilités dans la gouvernance de la recherche fondamentale ou appliquée.

Quels sont les grands projets que vous soutenez actuellement au Burkina ici ?

La représentante de l’IRD répondrait mieux que moi à cette question. Ce que je peux vous dire, c’est que cela fait plus de 15 ans que nous menons des actions de diffusion de l’information et de culture scientifique au Burkina Faso. C’est un pays qui est très dynamique en la matière. Nous avons trois clubs de jeunes dans les lycées burkinabè et au lycée français de Ouagadougou : là, les lycéens mènent de petites études, encadrés par des chercheurs et leur professeur pendant l’année scolaire et ils peuvent restituer les résultats qu’ils ont obtenus. C’est un apprentissage de la démarche scientifique. Les jeunes apprennent la science en faisant de la recherche.
Il y aussi le programme mis en place Bérénice Ouattara, le Maquis des sciences, avec l’Institut français et nos partenaires burkinabè au Centre d’information commun de la recherche pour le développement (CICRD). Ce sont des conférences débats qui mettent en dialogue la communauté scientifique avec des citoyens, donnant ainsi libre accès aux avancées de la recherche.

Le festival du film scientifique, porté avec le Goethe Institut, permet de sensibiliser aux grandes questions de développement et de montrer le rôle de la recherche dans le développement durable des pays du Sud. A ce festival est associé le prix du Mil d’or qui récompense un documentaire réalisé par un cinéaste africain, pour encourager les réalisateurs dans les pays d’Afrique à s’engager dans le documentaire scientifique. L’idée c’est de faire comprendre la science, bien que complexe peut s’appuyer sur les images pour faire passer un certain nombre de messages.

Assétou MAIGA

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