« Il faut qu’on admette et accepte que cette maladie existe », Denise Sidonie Nébié/ Zoma

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Visionnaire et persévérante, Denise Sidonie Nébié/ Zoma est l’une de ces femmes qui refuse de rester muette face aux catastrophes qui bouleversent le monde.  Dans sa volonté d’apporter sa contribution à la réflexion sur la Covid-19, elle a participé à l’écriture d’un ouvrage collectif intitulé « REGARDS CROISES SUR LE CORONAVIRUS », en partageant son ressenti sur la pandémie de la covid-19. Queenmafa.net  est allé à sa rencontre !

Présentez-vous à nos lectrices

Je suis madame Nébié née Zoma Denise Sidonie. Professeure de philosophie, j’ai assumé des postes de responsabilités en tant que directrice au Ministère en charge de la femme et du genre en région et au niveau central pendant près d’une dizaine d’années. Au regard des expériences acquises dans mes précédentes fonctions et de la situation socio-économique, politique et culturelle des femmes empreintes d’inégalités et de discrimination, j’ai créé une association dont je suis la Présidente.

Je me suis très tôt intéressée à l’écriture, encouragée, par mes professeurs et supérieurs hiérarchiques. Ce qui fait que j’ai à mon actif, des articles et communications publiés sur des sites spécialisés. Actuellement je suis chargée de la Division Culture à la Commission nationale burkinabè pour l’UNESCO.

Quel message avez-vous voulu véhiculer à travers votre intervention dans l’ouvrage : « REGARDS CROISES SUR LE CORONAVIRUS » ?

Je me suis sentie interpellée à plus d’un titre, en tant que femme, militante des droits humains et de l’égalité des genres, responsable d’association, mère ayant des enfants en étude dans des pays où les morts du covid-19 se ramassaient par camion. Je suivais donc avec angoisse, l’évolution de la maladie et ne pouvais m’empêcher de me poser des questions sur la perception du citoyen lambda sur la maladie, sur le dispositif national prévu pour « accueillir » comme il se doit, cette étrangère qui n’était pas la bienvenue. J’étais vraiment mal et je sentais qu’il fallait agir.

C’est à ce moment que j’ai été approchée pour participer à l’aventure de l’ouvrage collectif « REGARDS CROISES SUR LE CORONAVIRUS ».

J’ai donc voulu, comme une thérapie par l’écrit, dire mon ressenti personnel, celui des communautés ainsi que mon regard sur la gestion de la crise sanitaire. En même temps, je me demandais si cette pandémie n’était pas la secousse dont l’humanité avait besoin à cette étape de son évolution, si elle n’était pas une opportunité pour chacun individuellement et collectivement de se remettre en question, de repenser notre mode de vie, de repenser notre relation avec l’environnement et notre relation inter personnelle et communautaire. La covid -19 n’était-ce pas une opportunité pour de nouveaux paradigmes afin d’améliorer notre humanité. C’est ce que j’ai voulu partager avec les autres, des questionnements plutôt que des réponses toutes faites.

 

Le Burkina Faso, malgré l’existence d’un dispositif de gestion des crises sanitaires comme les épidémies, malgré le plan de riposte contre la covid-19, n’était pas suffisamment préparé. Même les pays qui ont des systèmes sanitaires dits « performants » ont été ébranlés par la Covid-19. Tous les pays ont été confrontés aux difficultés liées à la méconnaissance du virus et la maladie, de son évolution, de son impact sur les organes touchés. Tous les pays ont dû faire face aux difficultés liées aux ressources humaines et matérielles, aux insuffisances d’approvisionnement et de gestion des stocks de toutes natures (gants, caches nez, réactifs, etc), aux insuffisances des textes juridiques, à la faiblesse et à l’interdépendance des économies locales, régionales, internationales, à la fragilité de certains secteurs clés comme la culture, l’économie informelle, l’éducation, etc.

Tous ces éléments sont accentués dans les pays en voie de développement où il y a beaucoup de problèmes liés à la gouvernance, au respect du service/bien publics, à la capacité d’agir par altruisme, par conviction, d’être des portes étendards de valeurs d’une institution.

Au Burkina Faso, des efforts ont été fait dans tous les secteurs (culture, économie, santé, recherche, éducation, etc) pour riposter contre la maladie et ses effets. Je ne dirai donc pas que l’État Burkinabè a failli dans la gestion de la crise sanitaire mais aurait pu mieux faire. Il y a des insuffisances jusqu’à présent qu’il ne faut pas occulter.

Quel est votre analyse de la gestion médiatique de la crise ?

De façon générale il faut reconnaître que les usages et codes de la communication ont changés et s’adaptent au temps, époque, à la société dans laquelle elle évolue. Cela s’entend dans les propos, les mots utilisés, ainsi que les canaux. La preuve, cohabite une communication institutionnelle, officielle, avec une communication « personnalisée » ou « personnifiée ». Toute chose qui ne facilite pas une gestion efficiente d’une communication en situation de crise. Cela s’est ressenti aussi dans la communication relative à la covid-19.

Qu’on le veuille ou non les réseaux sociaux se sont imposés comme un canal incontournable de communication, d’information et de désinformation. C’est comme si l’homme était confronté à un mal être si profond, à une solitude si extrême en communauté qu’il se réfugie sur et dans le virtuel.

Certains individus ou structures ont pris un malin plaisir à diffuser et relayer des informations erronées, des avis personnels, des ouï-dire sur la Covid-19.

 

Cela interpelle sur le rôle de chaque acteur à la fois les professionnels de la communication, le politique et le citoyen lambda. Aujourd’hui avec l’explosion des réseaux sociaux, tout le monde, à la limite peut se dire journaliste. Il suffit d’avoir une information pour la publiée et ça se démultiplie. Il suffit qu’on ait une conversation dans une gargote ou lors d’échanges à bâton rompu et cela devient une information de première et on la publie.

il faut reconnaître que les hommes et les femmes ne vivent pas les crises de la même manière.

Comment la pandémie a-t-elle favorisée des violences à l’égard des femmes et des jeunes filles ?

D’une manière générale, il faut reconnaître que les hommes et les femmes ne vivent pas les crises de la même manière. L’interruption des activités économiques dues à la pandémie a accentué les inégalités au niveau des femmes qui menaient des activités génératrices de revenus pour subvenir à leurs besoins et à ceux de la famille. La fermeture des écoles a conduit au désœuvrement des enfants, augmentant ainsi les risques de violence de tout genre à leur égard (mariage précoce, excision, grossesse précoce, drogue, etc). Le confinement a exacerbé des tensions et renforcer l’isolement des femmes. En effet, la covid-19 a obligé tout le monde à se confiner, amené les hommes à rester à la maison, toute chose qui a contribué à augmenter les violences physiques et verbales à l’égard des femmes et des filles. Le taux de grossesses non désirées, de viol en contexte conjugal ont également augmenté. Selon les données des Nations Unies en avril 2020, les violences à l’égard des femmes et des filles ont augmenté de 25%. Au regard de leur statut, du rôle qu’elles jouent, la pandémie a un impact négatif sur la vie des femmes et des filles. Selon les données de l’OIT en janvier 2019, 740 millions de femmes sont menacées de pauvreté.

 

Si vous devriez réécrire sur le sujet, quel autre aspect allez-vous aborder avec le recul ?

Si je devais réécrire sur la pandémie, j’allais mettre beaucoup l’accent sur les nouveaux paradigmes à définir et s’approprier à la faveur des effets de cette pandémie de la covid dans tous les secteurs (culturel, social, économique, politique, relations de genre, etc) et à tous les niveaux (individuel et collectif). Repenser notre représentation du monde/action dans le monde en tant que burkinabè, africain, notre rapport à la nature, aux valeurs, etc.

Un dernier mot ?

Il ne faut pas qu’on se leurre, il faut qu’on admette et qu’on accepte que cette maladie existe, qu’elle est une réalité même si on ne la ressent pas autant au Burkina Faso que dans les autres pays d’Europe, d’Asie, d’Amérique.

La covid-19 est une maladie que le monde apprend à domestiquer. On vient d’ailleurs de découvrir d’autres mutations du virus qui circulent en Angleterre, en Afrique du Sud, etc.

Il faut donc que chacun fasse attention pour éviter au maximum de se faire contaminer. En se protégeant, on protège l’autre. Il s’agit tout simplement d’une question de droit humain. C’est cela que chacun doit comprendre et laisser tomber les attitudes de va t en guerre et d’anarchiste. Ce n’est que comme ça qu’on pourra venir à bout de cette maladie.

Marie Sorgho

 

 

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