« Il faut avoir le courage pour être femme fossoyeuse croque-mort » ; Hélène DA

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Inhabituel mais réel. On pourrait penser à une fiction mais non, c’est une réalité. Une femme fossoyeuse et croque-mort. C’est le genre de métier qui puisse paraitre affreux à la conscience féminine. Comme Eileen Hollis (croque-mort américaine), il existe au Burkina Faso une femme croque-mort qui exerce d’ailleurs ce métier avec fierté. Hélène Da est une femme croque mort dans la localité de Gaoua.  Agée de 36 ans, cette directrice d’école primaire pratique dans le métier de croque-mort depuis six ans déjà. Elle a démystifié le métier de croque-mort.   

Pourquoi avez-vous décidé d’être fossoyeuse croque-mort ?

Je le suis par plaisir. Je fais ce métier avec foi et fierté. Mais s’il y a quelque chose qui m’a beaucoup marqué et qui m’a véritablement amené à être croque-mort, c’est la mort de ma jeune sœur (voix tremblotante et moins ferme). Je me suis dit que si j’étais alors croque-mort, tout ceci ne serait pas arrivé. Maintenant je peux bien m’occuper des derniers soins du corps d’un parent, quelque soient les conditions dans lesquelles il se trouverait. Même si tout le monde refuse, je peux le faire seule.

 

Comment se fait l’initiation à ce métier ?

C’est une histoire de cœur. Ce n’est pas donné à n’importe qui de la faire. Il faut avoir le courage. Parce que la première fois où j’ai été enfermée dans une tombe pour l’initiation, c’était autour de 2heures, 3heures du matin.

Pour la toute première fois de l’initiation, il vous faut renter dans la tombe avec une personne initiée qui vous apprend comment disposer du corps une fois dedans. Ensuite cette personne initiée vous abandonne seul dans le tombeau qui sera refermé. Vous êtes alors seul avec le cadavre à l’intérieur. A partir de là, tu devras répondre à certain nombre de questions. C’est à l’issue de cette étape que tu seras autorisé à sortir. Et enfin, pour être définitivement initié, tu vas suivre une dernière étape au cours de laquelle on te donne un médicament à boire pour que tu sois croque-mort. Tout ceci se passe dans la nuit.

 

Est-ce qu’il vous arrive de ne pas pouvoir dormir parce que vous faites des cauchemars liés à votre métier ?

Rien du tout ! Je n’ai aucun  trouble de sommeil. Même si on me demandait de rester aux côtés d’un cadavre dans le tombeau jusqu’au petit matin, je vais le faire.

Est-ce qu’à travers vous d’autres femmes souhaitent exercer ce métier de fossoyeur ?

Il y a beaucoup de femmes qui disent qu’elles voudraient bien le faire, mais qu’elles n’ont pas assez, le courage pour le faire. Elles nourrissent vraiment cette envie de le faire quand elles me voient. Mais c’est le cœur qui leur manque.

Que représente le cadavre pour vous ?

J’ai du respect pour les professionnels de ce métier d’abord et pour le métier de croque-mort lui-même. Un cadavre est à l’image du vivant. Si tu as du respect pour ton prochain, tu devrais aussi l’avoir pour le cadavre. D’ailleurs, il faut arriver à avoir du respect pour le cadavre car il est aujourd’hui ce que nous serons demain. Qui que nous sommes, nous finissons tous un jour ou l’autre de la même manière.

Interview accordée à nos confrères de Studio Yafa.

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