Hygiène menstruelle : « retournons à ce que nos grands-mères utilisaient », Emilie Kyedrebeogo

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L’hygiène menstruelle chez les femmes et les jeunes filles est une préoccupation au point que les Nations Unies ont consacré le 28 mai comme la journée mondiale de l’hygiène menstruelle. A la faveur de cette journée, nous avons rencontré Émilie Kyedrebeogo, directrice de l’entreprise Palobdé Service.  Elle a mis à la disposition des dames et des jeunes filles des serviettes hygiéniques Palobdé douces, absorbantes et confortables pour les soulager lors des menstrues.

 

Vous êtes une Start up du Fonds Commun Genre/Diakonia, résumez-nous ce projet qui a mérité une attention particulière.

Émilie Kyedrebeogo: L’entreprise Palobdé est née justement de l’appel à proposition du Fonds Commun Genre (FCG) pour promouvoir l’entreprenariat féminin, dont Diakonia est le gestionnaire de ce Fonds. Le projet de fabrication des serviettes hygiéniques lavables a été récipiendaire parmi 49 dossiers. Le FCG a sélectionné 4 projets dont le notre.  C’est l’occasion ici de remercier l’initiative du FCG pour booster l’entreprenariat féminin.  Palobdé a un an de vie et on voit déjà comment ce projet contribue à  l’épanouissement de femmes.

Parlez-nous des serviettes hygiéniques lavables Palobgdé et de leur intérêt?

L’idée de faire les serviettes hygiéniques lavables est venue de l’histoire d’une petite fille qui a eu des problèmes à l’école à cause de ses serviettes, mais aussi de mon histoire personnelle parce que j’ai beaucoup souffert de règles douloureuses pendant l’adolescence. Je me disais qu’un jour j’allais faire quelque chose pour les jeunes filles dans ce sens. Donc, on a commencé par les serviettes hygiéniques lavables pour résoudre leurs problèmes assez concrets.

Quant à l’intérêt, c’est à plusieurs titres. D’abord sur le côté santé, il y a moins de risques car ce sont des serviettes dont on connaît l’origine. Actuellement, les femmes achètent les serviettes dans les boutiques et on a plein de messages et d’informations qui montrent qu’elles ne sont pas de bonnes qualité parce que beaucoup de serviettes que nous utilisons ici ne sont pas faites avec du coton, mais avec du papier recyclé contenant des produits chimiques, nocifs pour la santé. Même en Europe tout le monde retourne aux valeurs traditionnelles et on parle de plus en plus de bio.

Ce projet veut  aider également les actions de tous ceux qui sont dans le domaine du développement et de la promotion du genre, les acteurs de l’éducation et tous les partenaires techniques et financiers qui accompagnent la scolarisation des jeunes filles et le bien-être de la femme en général. Cela dans le souci de contribuer  à ce que les jeunes filles se sentent bien à l’école, aient du matériel confortable et puissent se consacrer à leurs études et être épanouies dans leur vie.

Selon des études de 2013 faites au Niger et au Burkina, 83% des filles à l’école lorsqu’elles ont leurs règles participent moins aux cours et  21% sont absentes. L’UNICEF a montré qu’une fille sur 10 manque l’école parce qu’elle n’a pas tout ce qu’il faut pour prendre soin de ses menstrues.

Sur le côté environnemental, les serviettes qui ne sont pas lavables sont une source de pollution. Une femme utilise à peu près 15 mille serviettes au cours de sa vie.  Ces serviettes qui sont jetées dans la nature créent l’insalubrité dans la ville et un problème de santé grave avec la pollution de l’eau.

‘’Avec Palobdé, on fait en sorte que les menstrues ne soient plus un handicap dans la vie des femmes’’

Pourquoi le choix de travailler avec du Faso Danfani ?

Le Danfani est le coton le mieux adapté pour la peau et pour les peaux sensibles.  Vu que qu’il touche aux organes intimes, on a voulu utiliser du coton burkinabè que tout le monde apprécie pour fabriquer les serviettes Palobdé. L’idée aussi est de participer au développement économique de notre pays. En utilisant le Danfani, on touche le producteur jusqu’à la femme qui tisse et cela apporte de la valeur ajoutée à ce secteur.

Comment utilise-t-on les serviettes Palobdé ?

Les serviettes Palobdé s’utilisent comme les serviettes classiques. On a fait des inserts qui permettent  de se changer régulièrement.  Les inserts contiennent des tissus en coton. On a une base et une serviette qu’on accroche au slip, ce qui rend plus confortable. On est en train de tendre vers l’utilisation du coton 100% Burkina. On a aussi une base imperméable dans la serviette, qui permet d’éviter les fuites s’adaptant à tout type de flux.

Lorsqu’on a voulu tester la serviette, on a vu que c’est une hantise pour les jeunes filles d’être tâchées et c’était l’élément crucial de la serviette qui leur a plus, car elle permettait de ne pas avoir honte. Nous avons développé un modèle qu’on vend conventionnellement et aussi un modèle scolaire uniquement pour les filles à l’école où c’est un kit complet avec un sac, du savon, des slips et un calendrier de règles.

Qu’est ce qui fait l’originalité de Palobdé ?

C’est  un produit 100% burkinabè.  C’est un produit qui a été confectionné avec du tissu du Burkina. C’est un produit hygiénique, conservable avec une durée d’utilisation minimale de deux ans.

Le prix  est-il accessible ?

Je dirai que oui. Le kit composé de trois serviettes, trois inserts est vendu à 5000F.  Le Kit scolaire composé de serviettes, de calendrier, de sac , de slips et du savon est à 8500F. N’oublions pas que le Faso Danfani a aussi son prix. On paie le pagne entre 6000 et 8000 FCFA. Nous avons approché des associations qui sont intéressées pour déposer des serviettes que les femmes achètent à tempérament.

Le 28 mai dernier, c’était la journée mondiale de l’hygiène menstruelle, quels commentaires faites-vous sur cette journée ?

C’est une très belle initiative de consacrer une journée pour l’hygiène menstruelle dans le but de sensibiliser. Le domaine des règles est toujours un sujet tabou car il y a toujours certaines mères qui n’arrivent pas à communiquer avec leurs filles sur ce sujet.

Quels conseils donnez-vous aux femmes et aux jeunes filles pour une bonne hygiène menstruelle?

Il y a des actions qui sont menées pour que les filles aient des espaces réservés à l’école pour se changer pendant les menstrues. Donc, il faut qu’elles aient à l’information. Comment prendre soin des menstrues? Qu’est-ce que j’utilise comme serviettes ? Il y a beaucoup de problèmes liés à l’utilisation des serviettes et même les serviettes lavables. Quand on n’en prend pas soin on peut avoir des infections. Retournons à ce qu’utilisaient nos grands-mères, ce sont des produits naturels et qui ne sont pas nocifs.

On trouve Palobdé à notre siège. On se déplace pour vendre aussi. On envisage déposer bientôt dans les alimentations et boutiques.

Avec Palobdé, on fait en sorte que les femmes puissent vivre en n’ayant pas comme souci les règles, que les menstrues ne soient pas un handicap dans la vie des femmes.

 

                                                                                                                                  Assétou Maiga

 

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