Les « garibous », ces esclaves des temps modernes

Supposés apprendre le coran sous les auspices d’un maître coranique, des enfants passent, le clair de leur temps à errer dans les villes à la quête de leur pitance quotidienne.. Et pourtant, la réalité est bien éloignée de cet idéal éducatif jadis une fierté pour bon de nombre familles.

On les appelle garibou ou les talibés. De porte à porte, à travers toute la ville, ils mendient au nom d’une religion.  Ils vivent dans la rue et sont exposés du coup à de nombreux dangers. Plus les années s’écoulent, le mal s’enracine davantage. A qui la faute ?  A peine âgé de 8 ans, venu de la région du nord du pays comme la plupart d’entre eux d’ailleurs, pour apprendre les versets secrets du coran auprès d’un érudit du livre sain à Ouagadougou, Boubacar Boly est devenu par la force des choses un mendiant nonobstant son jeune âge.

Habillé d’un pantalon rouge troué par endroit, assorti d’un pull dont la couleur est difficilement distinguable, la chevelure ébouriffée et mal soignée, à son cou, traîne une boîte de tomate dressée en bandoulière, le jeune garçon non chaussé, parcours toute la ville à longueur de journée dans le seul but de trouver à la fois sa subsistance et la satisfaction des besoins de son enseignant.

S’exprimant en langue mooré, Boubacar Boly, un peu timoré confie que ses parents l’ont conduit à Ouagadougou pour apprendre le coran. Cependant, cet apprentissage va se tourner en une véritable exploitation par un homme censé lui indiquer les sillons d’un lendemain meilleur.

« Chaque jour, nous sommes obligés de sortir pour demander de l’argent aux gens dans la rue. L’argent que nous gagnons le soir on le remet à notre maître coranique », explique tristement le garçonnet.

A l’image de Boubacar Boly, ils sont nombreux, ces enfants qui, à peine sortis du giron maternel, quittent le foyer familial en partance pour la quête du savoir coranique. Lequel savoir ne sera jamais obtenu.

            Les « garibou », l’échec de notre société

« En envoyant leurs progénitures à un maître coranique pour acquérir le savoir, les parents de ces enfants semblent se débarrasser d’un fardeau qui est devenu un moyen de richesse pour ces nombreux enseignants », confie l’imam Dera au quartier Tampouy.

Pour la plupart des personnes rencontrées au quartier Hamdalaye, l’un des fiefs des mendiants de tout acabit, donner l’aumône fait partie de l’ordre des choses. Que ferait-on s’il n’y avait plus de « garibou », s’interrogent-t-elles ?

La situation de ces mendiants quoique peu enviable, s’avère nécessaire pour ces personnes. En revanche, elles blâment les enseignants des écoles coraniques qui s’obstinent à exploiter ces jeunes enfants en quête du savoir.

Selon Adama Ouédraogo, venu offrir des galettes aux enfants mendiants devant la mosquée de Toécin, l’ampleur du phénomène s’explique par la mauvaise volonté des chefs religieux. « Ils feignent de ne pas voir la gravité du fléau. La plupart d’entre eux sont derrière ces écoles coraniques qui poussent partout dans les grandes villes. C’est dommage mais que peut-on faire », questionne-t-il.

Une question qui mérite bien d’être posée aux premières autorités qui sont sans doute informées du visage infantile de la mendicité. Par ailleurs, l’État burkinabè, tente bien que mal de montrer sa bonne volonté en signant et ratifiant tous les textes proposés par les Organisation non gouvernementales et les instances internationales dans la lutte contre ce mal.

Au titre de ces instruments, on peut retenir la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADBE), spécifiquement les articles 15 et 29 qui portent sur la protection de l’enfant contre toute exploitation économique, la vente, le trafic ou la mendicité.

Se reconvertir, la volonté des enfants mendiants

Laminés par tant de souffrance ces enfants mendiants, du moins la plupart, n’ont qu’un seul rêve : abandonner l’apprentissage du coran et prendre leur indépendance.  « Si quelqu’un me propose du travail tout de suite, j’abandonne ma boîte de tomate», affirme Yaya Bandé âgé peine de 12 ans.

Dans le regard de ces jeunes, il se lit une envie de faire autre chose que la mendicité. « Si vous avez du travail pour moi, je veux. Je suis prêt pour tout travail que vous me proposerez, arroser des arbres, travailler dans une maison», laisse-t-ils entendre tristement.

En attendant de trouver une solution adéquate au phénomène de la mendicité juvénile, le nombre des enfants mendiants grossit tous les jours dans la capitale burkinabè. La faillite  d’une société

                                                                                               Issa KARAMBIRI

                                                                        

https://queenmafa.net/wp-content/uploads/2018/04/Bannie%CC%80re-QUEEN_1000x150px.jpg

Laissez votre commentaire ici !