La mort apparaît comme la fin de la vie et provoque toujours un choc. Pour les religieux, les funérailles permettent d’humaniser ce moment par la réunion des proches et l’évocation du disparu. Si le rite funéraire est l’occasion de rappeler que la vie ne s’arrête pas à la tombe pour ces croyants, il tend plus de nos jours à une occasion festive qu’à un deuil.


Grands sacrifices d’animaux, des repas et des boissons à gogo, du monde plein à craquer, des uniformes choisis pour la circonstance, d’énormes charges financières, une ambiance de fête. C’est le décor constaté dans la plupart des funérailles couramment organisées. On se croirait à un mariage ou à un baptême tellement l’ambiance est festive. Un vrai étalage de richesses, tout le contraire de ce que recommande la religion.

Selon les musulmans et les chrétiens, la mort est un passage vers la plénitude de la vraie vie, un prolongement de la vie ici-bas. C’est pourquoi, un doua (prière d’invocation, imploration), une messe ou une liturgie de funérailles est célébrée au domicile du défunt ou à l’église (selon sa confession religieuse) après l’enterrement.

Pour l’imam de Kossodo, El Hadj Inoussa Tapsoba, les actes que les proches peuvent accomplir au nom du défunt sont, entre autres, prier pour lui et demander la miséricorde de Dieu. Le deuil des proches est fixé à 3 jours et le deuil de la femme sur son conjoint est fixé à 4 mois et 10 jours. « Lorsque l’homme meurt, ses œuvres cessent sauf trois : une aumône courante (ex : construction d’une mosquée), une science utile (un savoir acquis et répandu) et un bon fils qui lui invoque Dieu. », a t-il précisé.

« Le doua doit se faire dans le cœur »

Pour lui, la dimension spirituelle des funérailles est très importante. La simplicité des rites funéraires en islam donne de l’espoir au croyant et à sa famille. L’espérance d’une vie éternelle entourée de gens qui leur sont chers et le souhait d’obtenir la miséricorde de Dieu.

« Le doua doit se faire dans le cœur, il doit avoir une portée spirituelle que seuls Dieu et l’initiateur savent. A partir du moment où il devient une manière de se montrer aux autres, de se dire qu’on est capable aussi d’organiser une grande cérémonie, juste pour inciter l’admiration de son entourage, il perd toute sa valeur et ne profite nullement au défunt », a-t-il indiqué.

Dans l’entendement des musulmans, le doua aide le défunt à atteindre le paradis. Il apparaît comme un moyen d’atteindre le salut dans l’Au-delà. Cela ne veut pas dire qu’on doit exagérer. L’essentiel c’est la prière. « On voit bien souvent des funérailles onéreuses et l’islam n’incite personne à faire du gaspillage. Souvent, la célébration finit en queue de poisson et cause des dommages », a regretté l’imam.

Quant à L’Église catholique, le 1er  novembre, appelé « Jour des morts », est consacré particulièrement à prier pour tous ceux qui nous ont précédés ici-bas. C’est un devoir familial certes, mais cela ne devrait pas engager de grandes dépenses  onéreuses pour les familles, puisse que l’essentiel est avant tout la prière. C’est d’ailleurs pour cela que l’église catholique envisage d’harmoniser  les funérailles chrétiennes  afin d’aider les chrétiens à s’acquitter de ce devoir sans se ruiner .

Du côté de l’Église protestante, le pasteur Ben Issouf Ouédraogo, président de la Mission Adventiste du Burkina, trouve que « toutes les cérémonies (sacrifices, repas, prière, etc.) que les vivants organisent ne sont que pour eux-mêmes. Les défunts n’en bénéficient aucunement étant dans l’inconscience totale. Ils ne savent rien. Aucun sacrifice, ni funérailles ne peut changer la situation d’un défunt ni le conduire au paradis ayant été pardonné grâce aux sacrifices et prières ».

Lorsqu’on se réfère  à la conception traditionnelle, l’Africain a un sens profond du sacré. Toute chose qui le pousse à vénérer les morts avec toute son énergie et tous ses moyens s’il faut. Alice Degorce, chercheur en anthropologie à l’Institut de Recherche et de Développement (IRD) Burkina, dans ses recherches sur ‘’les espaces des morts dans les chants funéraires des Moose (Burkina Faso)’’ montre que l’abondance, la grandeur de ces offrandes et des festivités rituelles qui s’ensuivent après la mort permettent de signifier aux ancêtres combien celui qui va les rejoindre est important. « Les différentes manières de célébrer les rites funéraires, tout en marquant la différence entre les sexes et, surtout, entre les défunts, constituent un message destiné aux ancêtres, supposé leur permettre de reconnaître quel type d’esprit de mort les rejoint dans l’Au-delà, et quelle sera en conséquence sa destinée », a-t-elle souligné.

Selon Alice Degorce, dans l’entendement traditionnel, l’importance des rituels, l’intensité des chants, des danses, le nombre de groupes de musiciens présents, l’abondance des boissons et nourritures lors des veillées funéraires participent pleinement à exprimer et à mesurer la grandeur de celui qui va rejoindre ses pères.

Même si des contradictions existent dans la célébration des funérailles, tous les religieux s’accordent sur le fait que seuls nos actes peuvent nous sauver et qu’il faut chercher Dieu pendant qu’on est vivant.  La prière et le recueillement  demeurent les plus importants. Si tel est donc le cas, n’ y a t-il pas  lieu de repenser notre manière d’honorer les morts et de nous souvenir d’eux ? Il ne s’agit pas d’abandonner nos cultures ni nos habitudes, mais l’effort qui est plutôt demandé, c’est de les laisser éclairer et purifier par la voie spirituelle.

Assétou Maïga

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