Forum national de la diaspora : « Nous sommes restés sur notre faim… », Agathe Nanga

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A la sortie du forum national de la diaspora qui a connu son terme le vendredi 13 juillet,  les délégués CSBE sont en partie restés sur leur soif quant aux différents points qui ont été évoqués au cours de leur rencontre avec le chef de l’État. Agathe Nanga, la nouvelle représentante des Burkinabè de l’Éthiopie et environnants s’exprime sur la question dans cet interview accordé à Queen Mafa au lendemain dudit forum.

Que pensez-vous de la tenue d’un forum national de la diaspora ?

C’est une première. Nous ne pouvons qu’encourager et souhaiter que cela se concrétise tous les ans. Sensibiliser et mobiliser les Burkinabè de l’extérieur pour une contribution efficiente et efficace au développement économique, social et culturel du Burkina Faso, c’est l’objectif visé par l’organisation du forum.

Cela montre combien nos autorités tiennent à la participation active de la diaspora pour la consolidation d’un Burkina meilleur. Nous savons que les Burkinabè de l’extérieur regorgent de beaucoup de compétences qu’ils peuvent mettre à la disposition de leur pays.  La tenue d’un tel forum est donc le bienvenu.

Le débat sur le vote des Burkinabè de l’extérieur bat son plein actuellement. Qu’en dites-vous ?

Il faut que les autorités actuelles nous offre cette chance d’élire nos représentants bien que  nous soyons hors du pays. Il faut qu’on nous offre la possibilité de pouvoir voter avec la carte consulaire ou tout d’autre document. Il faut que nous nous sentions Burkinabè en prenant part au vote. Il y a même des gens qui n’ont pas d’extrait de naissance et on leur demande de voter avec des passeports ou des documents biométriques. Comment vont-ils faire ? Cela est très difficile.

Il y a une bonne partie des votants à l’extérieur. C’est très important que le chef de l’Etat et le ministre en charge des Burkinabè de l’Extérieur se penchent sérieusement sur cette question afin de faciliter le vote des burkinabè de l’extérieur. Nous avons attendu longtemps et vivement que 2020 soit une première. Si la participation de la diaspora à l’élection de nos dirigeants  leur tient à cœur, ils doivent trouver une solution.

On avait de plus en plus honte de dire « Burkina Faso, le pays des hommes intègre »

 

 Quels ont été les points  selon vous qui n’ont pas été suffisamment évoqués  au cours de cette rencontre ?

Au niveau de notre circonscription en Éthiopie, on avait critiqué la montée en puissance de l’incivisme au pays. On a émis l’idée que le président du Faso mette plus l’accent sur le civisme. On avait de plus en plus honte de dire « Burkina Faso, le pays des hommes intègre » car ce qui ressort de l’actualité nationale n’honore pas du tout le pays. On a des grèves partout, dans tous les secteurs d’activité, c’est regrettable.

 

Des gens nous financent afin de construire notre pays et nous même, on se met à tout détruire. C’est déplorable. Si les bailleurs de fond sont hésitants à financer réellement le PNDES, je pense que la raison se situe au niveau de cet incivisme qui sévit de plus en plus. Au cours de ce  forum national de la diaspora, je m’attendais à ce qu’on mette un certain accent sur ce point.

En plus de cet aspect, on s’attendait à des dires sur le volet de la corruption. On voulait qu’on parle vigoureusement de ce sujet. On ne peut, peut- être pas éradiqué complètement ce fléau mais on peut mettre un mécanisme en place afin de le réduire considérablement. Nous avons proposé qu’on prenne l’exemple de l’Éthiopie où même les plus petits magasins sont soumis à un système de paiement efficace de leurs taxes. Lesquelles taxes sont automatiquement reversées au trésor. On a évoqué le cas du Rwanda où la corruption n’est plus à l’ordre du jour.

Tous ceux qui, au Burkina Faso ont droit à un véhicule de fonction, au Rwanda, petit à petit cette pratique est entrain d’être arrêtée. Ce n’est pas parce qu’on n’aimerait pas que nos ministres vivent comme il le faut mais à partir du moment où on crie que les fonds manquent, on veut diminuer le train de vie de l’État, le gouvernement doit faire un effort également.

Agathe NANGA, assistante exécutive pour la direction des finances au siège de l’Union Africaine en Ethiopie, déléguée CSBE de l’Ethiopie et environnants

En proposant de leur retirer ce privilège, on peut mettre à leur disposition des prêts qui leur permettront de prendre en charge les dépenses de leurs propres véhicules.  Comment font les instituteurs, les agents de santé et autres fonctionnaires ? Nous voulons que le gouvernement fasse pareil.

Voilà quelques  points sur lesquels, je suis resté sur ma soif au cours du forum national de la diaspora. Ces points n’ont pas été suffisamment abordés selon moi. Mais, nous espérons que le problème de l’incivisme, de la corruption et de la diminution du train de vie de l’Etat sera pris en compte par le gouvernement.

En marge du forum national, le gouvernement a lancé la construction de la cité de la diaspora à Koubri. Comment percevez-vous une telle initiative ?

Nous saluons l’acte à sa juste valeur. En prenant une telle initiative, le gouvernement invite par la même occasion les filles et les fils du Burkina Faso qui sont à l’extérieur de sentir leur appartenance à la nation. C’est également une opportunité pour tous ceux qui désirent avoir un toit au pays de l’obtenir. Cependant, nous souhaiterions que les autorités mettent à  notre disposition des parcelles afin que nous puissions créer des projets tout en apportant notre pierre à l’édification de notre nation commune. Nous avons de projets notamment la construction d’un barrage de la diaspora.

Vous tombez à pic sur le procès du putsch manqué du 15 septembre 2015. Quel est votre appréhension sur ce procès?

C’est dommage ce qui est arrivé. Mais si ce procès peut « révolutionner » les choses tant mieux. Je ne suis pas spécialiste en la matière mais nous espérons que le droit sera dit. C’est un domaine spécifique aux juristes et on ne peut qu’attendre l’issue afin de voir ce que cela va donner.

Votre statut de femme a-t-il été un avantage pour votre élection à la tête de la délégation des burkinabè d’Éthiopie et environnants ?

Je n’ai pas été élue parce que je suis une femme. Je l’ai été parce que les gens ont eu confiance en moi. Je l’ai été parce qu’ils ont estimé que je pouvais relever le défi. La preuve, Je n’ai pas eu d’obstacles à la course pour mon élection à la tête de cette structure.

Je précise qu’au niveau de notre circonscription, nous sommes allés plus ou moins d’une même voix. Quand les gens ont compris que j’étais candidate, ils ne se sont plus présentés. Au finish, je suis partie seule comme candidate pour l’obtention ce poste.

                                                                                                                            Issa KARAMBIRI

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