Mahoraise diplômée en industrie de la mode, textile designer et danseuse, Faiza SAID est la cheffe d’entreprise du groupe Made by Africa dans lequel se trouve le studio Mahali – Burkina Faso, antenne Bobo Dioulasso. Venue de Mayotte pour s’inspirer du savoir-faire des Burkinabè dans le tissage à main, le Faso Danfani, Faiza nous  parle de ses ambitions pour le design africain.

Comment vous vous définissez en tant que designer ?

Faiza SAID : un designer c’est quelqu’un qui va prendre un produit du quotidien utile pour l’esthétiser, le rendre beau ou bien quelqu’un qui va prendre quelque chose de beau qui n’est pas forcement utile et lui trouver une utilité cohérente pour la population. Le travail que je fais en design est un travail créatif au niveau de l’innovation, pas forcement dans la beauté, parce que je travaille dans du design social, dans du social business et ce que je dois créer doit avoir un impact dans la vie des gens. Je veux confectionner des tenues prêt-à-porter en danfani pour les danseurs, des jeans en danfani pour les skateurs mais mon cœur de métier est dans l’ameublement c’est-à-dire le voilage, les coussins, les canapés, les rideaux. Je propose une vision, je ne cherche pas à toucher une clientèle spécifique, je cherche à toucher des cœurs et des gens. A travers les produits que je design, que j’étudie, j’essaie d’apporter de l’innovation technique ou créative.

Pourquoi le choix du Burkina comme terre d’apprentissage ?

Il y a un savoir-faire dans le tissage à main que vous appelez Faso Danfani au Burkina. A travers les techniques de tissage du danfani, il y a des techniques de design qui sont hyper intéressants dans le savoir et dans le faire. C’est la raison qui m’a amenée ici au Burkina, mais également parce que j’aime le pays, j’aime la possibilité de pouvoir impacter de façon inclusive à travers le studio Mahali parce que le coton ne vient pas de l’extérieur mais du Burkina. J’ai pu trouver au Burkina de l’inspiration mais également des pépites maîtres tisserands et maîtres artisans.


De quoi le design africain a-t-il besoin pour s’imposer dans le monde ?

Le problème dans le design africain ce sont les finitions, nous avons constamment un problème de finition. La créativité y est, elle est indéniable, tout le monde copie l’Afrique, tout le monde vient chercher en Afrique de l’inspiration, mais la finition n’y est pas. On ne peut pas être compétitif si nos designs ne sont pas à la hauteur.
Je pense aussi les designers africains doivent arrêter d’avoir peur. Il y a tellement de pépites qui se consacrent à faire la même chose parce qu’ils ont peur d’essayer, alors que dans leur créativité, dans leur cœur, dans leur cerveau, il y a beaucoup d’idées.
L’innovation et la finition sont importantes dans le design. L’innovation c’est la création. La finition,  c’est ce qui fait ta notoriété, ton image, ta pérennité dans un marché très concurrentiel. C’est pourquoi, le retour du client, ses observations sont aussi importantes pour permettre au designer de s’améliorer. Le design c’est la confiance, l’innovation, les finitions et ne pas avoir peur, se lancer.
Je pense que ceux qui ont la capacité de soutenir ces créatifs doivent investir, et investir, ce n’est pas forcement que de l’argent. Investir, c’est également du temps et c’est ce que fait le studio Mahali Made by Africa.

Votre plus beau souvenir ?

Il n’est pas encore arrivé.

Votre plus beau rêve ?

Je suis en train de le réaliser. Je suis en train de faire de mes propres rêves une réalité. J’attends qu’ils soient réalisés avant de pouvoir en parler.

Ce que vous aimez le plus ?

L’amour, la confiance et l’amitié.

Le plus grand risque pris ?

Je le prends actuellement, beaucoup de gens ne croient pas en l’Afrique, ils me disent que c’est un risque énorme, donc j’ai décidé de le prendre.

Vos loisirs ?

La danse, l’art, tout ce qui est autour du design et de l’architecture, la lecture.

Le cœur de Faiza est-il  pris ?

Non, mais il est pris par son travail. Je pense que j’ai le temps pour ça. Le cœur sera à prendre quand je serai devenue quelqu’un. Je pourrai alors être la femme de quelqu’un et la mère de quelques enfants.

Quel souvenir gardez-vous du Burkina ?

Les gens m’ont fait confiance avec la parole, c’est une confiance qui me rappelle l’Afrique d’antan, une parole qui valait de l’or et c’est ce sentiment que je garde du Burkina Faso.

 

Assétou  MAIGA

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