Etre femme et handicapée: les dures réalités d’une double stigmatisation

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Mauvais regard dans la société, difficile de trouver un emploi, pauvreté, discriminations de tout genre, telle est la dure réalité que vivent au quotidien les personnes vivant avec un handicap. Lorsqu’on est de sexe dit « faible »et handicapée, cela devient une double souffrance au regard de la situation peu reluisante qu’implique d’être une femme au Burkina Faso. Récits de vie bouleversants de femmes handicapées recueillies à l’occasion du Forum national des personnes handicapées.

Handicapées moteurs, handicapées visuelles ou handicapées auditives, la vie en société n’est pas si simple pour chacune d’entre elles. Lorsque nous nous approchons de Zoenabou Savadogo, une handicapée moteur pour lui arracher quelques mots sur la condition de femme handicapée, c’est un grand soupir qu’elle laisse entendre suivi d’une pause comme si elle était perdue dans ses pensées avant de répondre.

« Dans cette société une femme handicapée doit forcer pour se faire une place. Je m’étais résigner à vivre seule, jusqu’au jour où  j’ai fini par rencontrer un homme comme moi pour bâtir une vie à deux », laisse-t-elle entendre. « Même si je n’ai pas encore un enfant, celles qui accouchent, souffrent beaucoup à cause des tables d’accouchement ne sont pas adaptées ».

Aujourd’hui, elle a mis en en place une coopérative des artisans handicapés dénommée Tigoung Nonma et travaille dans la restauration. « Beaucoup de mes sœurs handicapées vivent sérieusement le problème de mari et d’emplois », se désole-t-elle.

Zoenabou Savadogo

Quant à Murielle Nacro, handicapée moteur aussi, se montre d’abord réservée avant de nous livrer la réalité. « Ce qui me fait le plus mal, c’est lorsque je demande de l’aide à une personne valide et qu’elle me refuse ou me néglige. On est toujours dépendant des autres et je vous assure que c’est difficile comme situation à vivre. Pour avoir accès à certains endroits, tu es obligée de ramper et lorsque tu arrives les gens te regardent comme un mendiant. J’espère pouvoir me marier un jour», se console-t-elle. Mireille travaille dans l’artisanat et présente plusieurs créations (nappes de tables, set de table etc.).

Assise dans son groupe en suivant ce qui se passe sans rien entendre, Alizèta Nikiema/Gansoré est sourde. Précédemment enseignante, c’est la méningite qui va lui causer la surdité en 2003. A l’aide de l’interprète, nous arrivons à nous comprendre. «  Au service, je regarde les gens causer et rire et je n’entends rien. Je me sens exclue et je supporte difficilement cette différence. Quand je pense que j’étais enseignante, avec les élèves tous les jours et que je me retrouve ainsi, je suis triste tous les jours », dit-elle mélancoliquement.

A entendre notre interlocutrice, les personnes sourdes sont chaque fois incomprises, les jeunes filles sourdes exposées à la violence sexuelle et aux maladies car exclues des sensibilisations.

« J’ai vu à la maternité une sourde que les sages-femmes ont maltraité, frappé parce qu’elle n’entendait pas lorsqu’elles lui disaient de pousser. Ce n’est qu’après lui avoir fait tant souffrir qu’elles se sont rendu compte que la femme était sourde. Je demande au gouvernement de voir de près la situation des personnes sourdes», fait-elle savoir.

Rosine Nabaré au forum des personnes vivant avec un handicap

Ce sont les mêmes difficultés que  fait ressortir Rosine Nabaré, une handicapée visuelle ou Anne Marie Conombo, handicapée moteur pour qui, certaines personnes leur crachent sur la figure que c’est parce qu’elles sont méchantes que Dieu leur a infligé ce mal. « On l’accepte malgré nous, de toute les  façons on n’a pas le choix », se désole Anne Marie Conombo.

La question majeure dont souffrent ces femmes handicapées est l’absence de maris dans une société qui n’est pas indulgente vis-à-vis des femmes sans époux. Une société dans laquelle, il leur faut du caractère et de la détermination pour se faire accepter.

                                                                                                                  Assétou  MAIGA

                                                                                                            Aminata GANSORE

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