La campagne nationale de promotion du leadership féminin en adéquation avec le PNDES se tient à Ouagadougou du 3 au 31 mars 2018. À cet effet, nous avons rencontré Fayçal Traoré, commissaire général à l’organisation de cet événement. C’est un consortium de 4 organisations de jeunesse qui ont lancé cette initiative. Il s’agit du PNJ/ODD, l’ Association des Jeunes pour le Développement Durable au Burkina Faso, le réseau AfrYAN et l’incubateur Akri.

Pourquoi une campagne nationale de promotion de leadership féminin ?

Cela relève d’un constat simple. Pour influencer les décisions, il faut être au centre des décisions.  Nous avons remarqué que les femmes sont les plus nombreuses du pays (52%). Et pourtant, elles sont absentes aux postes de décision. Et nous nous sommes dits, pour arriver à avoir un changement sur les questions d’excision, d’autonomisation foncière et économique de la femme,  il est essentiel que les femmes soient dans les sphères de décision afin de donner leurs points de vue.

Il est donc important de trouver un tandem intergénérationnel, entre hommes et femmes pour accomplir cela. Aujourd’hui, si nous voulons conduire ce changement, il est essentiel de commencer par la jeune fille en renforçant ses capacités en matière de leadership.

Vous avez parlé de sphères de décision. Mais, qu’en est-il exactement du leadership féminin  dans votre campagne?

 Nous concevons le leadership féminin à deux niveaux. D’une part, l’impact social et d’autre part, son rôle dans la sphère décisionnelle. La première chose que nous faisons, c’est de choisir une cible entre 16 et 19 ans qui représente des étudiants en cours ou en fin de formation en attendant de trouver un emploi.

Par appel à candidature, nous avons reçu 530 dossiers. Les 200 qui  ont été retenus vont bénéficier de deux programmes majeurs dont le tutorat et le mentorat.
Le tutorat consiste à négocier avec des institutions pour que les filles qui sont dans les domaines comme les mines, la médecine… aient des occasions prestigieuses auxquelles elles n’avaient jamais eu.

Les filles qui y iront ne vont pas juste en stage. Mais, elles sont positionnées au poste de premier responsable de la structure de telle sorte qu’elles apprennent comment on dirige, comment on manage une structure.

Quant au mentorat, nous identifions chaque année des femmes modèles qui s’illustrent dans différents domaines. Le rôle du mentor est donc, au bout du processus de sélectionner entre 1 ou 3 filles qu’elle va recevoir, guider,  accompagner aussi bien techniquement qu’avec de l’appui conseil. Et ce,  toute l’année.

Pour nous ce n’est plus la peine de faire des conférences pour parler de leadership féminin mais, mener des actions concrètes qui impactent la société. L’autre volet que nous avons introduit également, c’est l’autonomisation économique des femmes.

Nous avons ce qu’on appelle le SIFeD, le Salon des Initiatives Féminines pour le Développement. Au cours de ce salon, nous retenons les 20 meilleures candidatures qui participeront à une exposition pendant le forum. Au bout de ce processus, ce sont des femmes chefs d’entreprise qui vont en sortir et impacter directement leur communauté.

Comment votre action peutelle impacter la vie des femmes et de la jeune fille ?

Quelques participantes de l’année dernière étaient là pour des témoignages. Il y a l’une d’entre elles qui est présentement au Gabon. Elle s’est crée un réseau international parce qu’elle a pu nouer des contacts en Afrique du Sud, Bruxelles et dans d’autres pays. Grâce au programme, ce réseau lui a permis d’entrer en contact avec les volontaires de la francophonie.

Une autre qui avait un projet de ferme, après en avoir fait la présentation, il s’est trouvé que son mentor avait un projet similaire. Donc, ils se sont finalement associés et lancé l’initiative.

Une troisième fille sociologue de formation et sans emploi, a reçu le contact d’une tierce personne souhaitant évoluer dans le même domaine. Elle a été recrutée dans ce projet qui organise des formations pour les jeunes.

Une dernière expérience très intéressante pour nous, des participantes ayant fait des études dans l’agroalimentaire et ne sachant quoi faire exactement ont réussi à créer une société de transformation de produits locaux en jus. Ce sont entre autres des résultats palpables et convaincants de la 1ère édition et nous nous en  réjouissons.

En quoi consiste le national woman leadership?

La campagne s’articule en 4 axes. Le premier axe, ce sont 5 sorties régionales  en vue d’un dialogue intergénérationnel. Le deuxième axe est le national leadership qui représente le moment où l’ensemble des 200 filles sélectionnées se réunissent et sont assistées par des mentors pour échanger autour de la thématique sur le rôle de la jeune femme dans le développement.

Au cours de ce programme,  nous aurons des panels généraux avec des thèmes bien précis et de partage d’expériences et un autre panel avec des femmes modèles qui ont du succès dans leur domaine d’  activités. En ce qui concerne les tables rondes, 16 thématiques seront développées pour chacune d’entre elles.

Le dernier axe est la phase B to B. Individuellement, chaque fille va échanger avec son mentor pour voir quel est son projet de vie et voir dans quelle mesure le mentor peut l’accompagner.

Après cette étape, nous aurons l’audience des 150 participants avec le chef de l’État. Et c’est pour nous, l’occasion de célébrer l’excellence de la jeune femme.

 

Quand on regarde de près votre projet, il s’apparente au forum africain des femmes leaders (Fafel). Que peut-on attendre de votre programme ?

La  première différence entre les deux événements, c’est d’abord la cible. Le Fafel vise la femme africaine d’une manière générale et nous, nous privilégions la jeune fille. Deuxième point, le Fafel est une plateforme disponible et c’est aux  femmes de venir vers elle pour l’utiliser.

En plus, les formations du Fafel sont payantes. Ce qui n’est aucunement pas le cas chez nous. Ce que nous voulons, c’est de faire de cette initiative un tandem intergénérationnel, intra genre avec des femmes modèles, qui sont des références. Ensuite, nous avons le SIFeD, où les meilleures seront accompagnées à maturation dans leurs projets.

C’est pourquoi dans notre action de plaidoyer,  les questions économiques de la femme et des jeunes seront abordées en nous inspirant par exemple de l’expérience du Rwanda. Une chose est sûre, nous pouvons mutualiser nos efforts pour un objectif commun.

Cette campagne est patronnée par l’épouse du Chef de l’Etat, présidée par Madame la Coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies au Burkina Faso et parrainée par Madame Delphine TRAORE, directrice générale des opérations du Groupe Allianz en Afrique.

 

                                                                                                                 Françoise TOUGRY (Stagiaire)

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