Enfants malformés: Ces « malchanceux » dont personne ne veut

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Nés avec des malformations physiques ou mentales, des enfants se retrouvent abandonnés par leurs parents. Parmi la soixantaine d’enfants rejetés, vivant à l’hôtel maternel de Ouagadougou, figurent ces petits malformés, des ‘’malchanceux ‘’ dont personne ne veut.     

Dans la brousse lointaine de Nagréongo, gisait le petit Fabrice âgé d’à peine un an. Sa mère l’a abandonné, en lui laissant des galettes, des cauris et de l’eau avant de prendre ses jambes à son cou. La raison est que Fabrice est né avec des jambes déformées (pieds bots), ce qui constitue un fardeau et une honte pour cette mère et sa famille. Selon l’oracle du guérisseur du village, cet enfant serait un serpent et que seul son abandon pouvait éviter un éventuel malheur dans la famille. Chose dite, chose faite. Abandonné donc dans ce lieu inhabituel à l’insu de tous et exposé comme jamais dans cette brousse immense et silencieuse, seuls les pleurs mélancoliques du petit Fabrice pouvaient le faire sortir de cet horrible endroit. C’est ainsi que des bonnes volontés de passage ont entendu ses cris de détresse et sont allés à son secours. Fabrice a été remis à la gendarmerie de Ziniaré et par la suite au service social de l’Oubritenga avant d’être référé à l’hôtel maternel de Ouagadougou le 26 août 2016.

Enfant né avec des pieds bots

Les enquêtes ont permis de retrouver la mère du petit Fabrice qui a été jugée et emprisonnée.  Quant à Fabrice, l’hôtel maternel attend la décision du tribunal pour statuer sur son sort. Sera-t-il remis à sa mère qui a fini de purger sa peine, à des membres de sa famille ou sera-t-il placé en adoption plénière ?

Tout comme Fabrice, la petite Awa ne connaîtra peut-être jamais l’amour maternel et paternel à cause de son handicap. Jetée un mois après sa naissance dans la ville de Ouagadougou (à côté de François d’Assise), Awa est admise par la suite à l’hôtel maternel grâce à de bonnes volontés le 2 novembre 2012.

Échographie: fœtus malformé

Cela fait déjà cinq ans que cette petite a été accueillie à l’hôtel maternel et toujours aucune trace de ses parents. Incapable de faire des mouvements et de s’exprimer, la petite Awa ne peut absolument rien faire de ses quatre membres. Totalement dépendante, le cas de cette petite infortunée est plus que touchant, explique Tibila Gaston Tapsoba, responsable de la section des enfants de 4-15 ans.  Avec une défaillance mentale et physique, Awa n’a peut-être aucune chance d’être adoptée. Ils sont nombreux à vivre cette situation dramatique.

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Contrairement aux autres enfants « normaux », les enfants victimes de malformation trouvent difficilement une famille d’accueil. D’où leur séjour prolongé dans le centre.

A l’image de ces enfants, de plus en plus de bébés naissent avec des malformations au Burkina Faso (doigts collés, tâches à la naissance, fente labio-palatisée, pieds bots, sans anus, etc.). Bien souvent, leur naissance dans certaines familles est synonyme de drame. Comme l’histoire de cette jeune fille qui s’est retrouvée mendiante dans les rues de Ouagadougou. Elle raconte avoir été accusée de sorcellerie et répudiée par sa belle-famille dans un village non loin de Kamboinsin après avoir mis au monde un garçon hydrocéphale (enfant avec une tête hors normes).

Pour Salifou Younga, directeur de l’hôtel maternel de Ouagadougou la pression sur la mère et la peur sont à l’origine de dépression et par la suite de l’abandon du nouveau-né malformé. Malgré leur innocence, ces enfants grandissent sans famille, cadre idéal pour l’épanouissement d’un enfant et donc privés d’amour et d’affection, selon Aminata Valian, attachée d’éducation spécialisée. Une situation qui interpelle dit-elle la société entière. Faisant partie intégrante de notre société, ils ont eux aussi le droit d’être heureux comme les autres enfants et de vivre dignement leur enfance.

                                                                                                 Assétou Maiga

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