A deux jours du 2e Congrès ordinaire de l’Union Pour le Changement (UPC), Queen Mafa a rencontré la députée Henriette Zoumbaré/Zongo, par ailleurs présidente de la Commission du développement économique de l’environnement et des changements climatiques (CODEC) à l’Assemblée Nationale. Dans cette interview exclusive, il ressort clairement que l’UPC attend beaucoup de ce grand congrès pour une victoire indéniable en 2020.

 Queen Mafa: Parlez-nous de votre parcours politique ?

Henriette Zoumbaré: L’Union pour le Changement est le premier parti politique auquel j’ai adhéré. C’est après le grand forum tenu en 2009 que deux alternatives se sont présentées : ceux qui vont assurer la veille citoyenne et ceux qui vont conquérir le pouvoir d’État. Une année après, l’UPC est née. J’ai adhéré l’UPC le 03 janvier 2011. Ce qui m’a encouragé à m’engager dans la politique, c’était les déclarations que le Président Diabré faisait dans la presse en invitant les citoyens à se mettre dans la dynamique de l’alternance politique. Je me suis alors dite que l’heure était venue pour moi de me lancer en politique. J’ai d’abord choisi comme base dans le Boulgou et au sortir des élections j’étais sur la liste en 2012, mais véritablement c’était pour apprendre. Je n’attendais rien, je n’espérais rien. C’était une occasion pour moi de comprendre comment les choses fonctionnaient en politique. Au sortir des élections, j’ai constaté que le parti avait une faiblesse au niveau du Boulkiemdé. Après analyse, les cadres du parti ont jugé que je serai plus efficace au Boulkiemdé. Depuis 2014, j’ai été désignée correspondante pour le Boulkiemdé et j’ai pris la province en main. J’ai été élue tête de liste et c’est ce qui vaut ma présence à l’Assemblée Nationale. Mais avant, en juin 2014, j’ai été désignée par les femmes de l’UPC, présidente de l’Union nationale des femmes de l’UPC. Je suis aussi présidente de la Commission du développement économique de l’environnement et des changements climatiques (CODEC) au niveau de l’Assemblée Nationale. La répartition au niveau des commissions générales tient compte des groupes parlementaires en présence à l’Assemblée, le poste revenait à l’UPC et mes camarades députés m’ont désignée pour assurer la présidence de la commission. De formation, je suis attachée d’intendance scolaire et universitaire.

L’UPC organise un congrès ordinaire les 20, 21 et 22 juillet prochain, que  représente ce congrès  pour vous et quelles sont vos attentes ?

Le congrès à venir est très attendu par l’ensemble des militants du parti. L’Union nationale des femmes de l’UPC attend beaucoup de ce congrès. Au précédent congrès, le bureau politique comptait 114 membres dont 53 femmes. Nous pensons que cette fois-ci, il y aura une large représentativité des femmes dans le bureau politique. Des sections au niveau provincial ont été mises en place. Ce congrès va affûter les armes nécessaires au regard du thème qui sera abordé cette année et des sous-thèmes qui seront déclinés pour vraiment élaborer des stratégies qui vont nous permettre d’affronter les élections à venir en 2020.
Nous pensons qu’au regard du contexte national que tous les Burkinabè vivent, la victoire de l’UPC en 2020 est indéniable, parce que les attentes que les Burkinabè nourrissaient après l’insurrection, ont été balayé du revers de la main. Le problème de la gouvernance, le problème de l’injustice, le problème de corruption, le problème de pillage des ressources du pays, tout est revenu à la surface. Les cadres de l’UPC et tous les militants qui seront là dans les différentes commissions vont relire les textes du parti, élaborer les stratégies, parler des alliances, du financement du parti et je crois que cette conférence sera grande pour toute la famille UPC.

 

L’image de la femme a été écornée sous le règne de Blaise Compaoré, à tel enseigne que les hommes ne voulaient plus que leurs femmes leur parlent de politique.

Quelle est la place qu’occupent les femmes au sein de l’UPC ?

Le manifeste même du parti avait déjà clairement défini la parité comme option. Au niveau de notre parti, c’est véritablement un point d’honneur pour la direction de notre parti d’avoir des femmes leaders à même de faire gagner le parti. Aucun parti ne va prendre le risque de placer une femme tête de liste si sa valeur intrinsèque ne permet pas au parti d’avoir des résultats. La place de la femme au sein de l’UPC n’est même pas négociable. Dans les missions du parti les femmes sont représentées dans les délégations, mêmes aux échanges avec les délégations qui rendent visite au président du parti. A toutes les commissions qui sont mises sur place pour travailler, les femmes sont représentées. La place de la femme est là, maintenant il reste aux femmes d’occuper cette place.

Que pouvez-vous dire de la loi sur le quota genre ?

C’est une loi qui est la bienvenue, mais elle reste encore insuffisante, parce qu’elle n’est pas contraignante. Il y a eu des partis lors des élections passées qui n’ont pas respecté les dispositions sur la loi sur le quota genre. Il n’y a pas eu de mesures coercitives. Au regard de la panoplie de partis que compte le Burkina aujourd’hui, si la loi ne précise pas le positionnement des femmes sur les listes,  ça va être compliqué pour les femmes d’atteindre le taux de représentativité des 30%, encore que la loi ne parle même pas de 30% au résultat. Au Boulkiemdé, on avait 34 partis en lice, j’étais la seule femme tête de liste. Mais si on avait une liste alternative, la liste Zébré dont parlent certains, je crois que ça peut donner beaucoup de chance aux femmes.

 

Les gens veulent sentir le fruit mûr avant de s’approcher, alors qu’il faut travailler à renforcer le parti pour qu’il puisse accéder au pouvoir

Que pensez-vous de la représentativité des femmes dans les postes de décision ?

C’est encore un grand défi. Quand je prends la représentativité des femmes au sein du gouvernement, ce n’est pas reluisant. A l’Assemblée nationale, au départ nous étions 11 à la validation des mandats. C’est avec les départs de certains députés à des postes de responsabilité que certaines femmes ont eu l’occasion de nous rejoindre et aujourd’hui nous sommes autour de 16. Mais c’est infime. C’est loin des 30%. Il y a la place à l’opposition mais les gens préfèrent aller avec ceux qui sont au pouvoir parce qu’ils ont des opportunités d’avoir des avantages. Les gens veulent sentir le fruit mûr avant de s’approcher, alors qu’il faut travailler à renforcer le parti pour qu’il puisse accéder au pouvoir. C’est vrai qu’il y a des obstacles qui limitent l’engagement des femmes en politique comme l’analphabétisme, les pesanteurs socio-culturelles, la pauvreté, la limitation des ressources, et le nouveau facteur qui est aujourd’hui la violence, au regard de ce que vit notre sœur Rainatou Sawadogo à l’arrondissement 3, qu’on est en train d’asphyxier financièrement, je vous assure que ça fait réfléchir beaucoup de femmes concernant leur engagement; mais en politique, il n y a pas de miracle, il faut occuper la base.

Les gens ont souvent une mauvaise image des femmes politiques, qu’en pensez-vous ?

L’image de la femme en politique a été un peu écornée. Mais nous avons connu des femmes dans notre pays qui ont été de brillantes femmes politiques, déterminées et engagées qui ont soutenu leurs maris dans la politique. Madame Jacqueline KI Zerbo, Marie Louise Nignan, Joséphine Ouédraogo, ce sont des femmes qui ont assumé de hautes fonctions dans ce pays et de manière honorable. L’image de la femme a été écornée sous le règne de Blaise Compaoré, à tel enseigne que les hommes ne voulaient plus que leurs femmes leur parlent de politique. Mais l’image de la femme est mieux que cela. S’engager dans la construction d’une nation, c’est plus dans la tête que ça se passe. La femme doit mériter sa place et les femmes doivent refuser d’être utilisées pour se détruire les unes et les autres. Elles n’ont pas besoin de se prostituer ni de vendre leurs camarades pour accéder à des sphères. C’est aux femmes de se faire respecter. ‘’La chèvre broute là où il y a de l’herbe’’. Si vous vous montrez légère, on vous piétinera. Mais, je crois que cette image est en train de se restaurer et les femmes ont pris conscience, surtout que de plus en plus, on a des intellectuelles à la tête bien faite, cet aspect des choses est en train de se corriger.

Qu’est-ce que vous souhaitez pour le Burkina Faso ?

Le meilleur parce que je ne reconnais plus la Haute-Volta. Le Burkina dans les années 1970-1980, c’était la solidarité, la convivialité, l’amour du prochain. Ce que je déplore dans mon pays aujourd’hui, c’est la voracité des jeunes qui ne croient plus au gain par l’effort mais qui pensent que ce sont les raccourcis qui sont les meilleurs chemins à emprunter. Et l’incivisme grandissant au Burkina aussi que je déplore. Il faut un nouveau contrat social et que tout le monde soit responsabilisé. Il faut aussi que le vecteur ethnique qu’on a tendance à développer s’estompe.

Vos projets futurs ?

Je pense que mon parti va accéder au pouvoir d’État et qu’ensemble nous allons contribuer à un Burkina nouveau.

Entretien réalisé par Assétou Maiga

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