Grossesse ou maternité tardive. Un phénomène dont on parle moins lorsqu’on évoque la santé de la reproduction. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses, ces femmes burkinabè à faire leur premier enfant après 30 ans. Allongement de la durée des études, mariage tardif ou tout simplement désir d’attendre le bon moment, les raisons sont multiples. Seulement, tout comme les grossesses précoces, les conséquences  de la maternité tardive peuvent aussi être désastreuses pour la santé de la mère.

Les cas de grossesses tardives seront de plus en plus fréquents au Burkina,  notamment dans les centres urbains. Devenues plus ambitieuses et mieux encadrées par les parents qui désirent également une bonne position sociale pour leurs filles, les femmes font de longues études. Et pour mieux se concentrer sur les études, beaucoup  de parents conseillent à leurs filles d’attendre de finir leurs études  avant de se marier et avoir un enfant. C’est le cas de Martine (un nom d’emprunt),  une mère divorcée ayant requis l’anonymat, persuadée que foyer, enfant et études ne font pas bon ménage. « Mon mari a tout fait pour que je ne réussisse pas mes études. Après 5 ans de maltraitance, il m’a mise à la porte avec mes enfants alors qu’il m’avait promis ciel et terre », explique-t-elle. Aujourd’hui caissière dans une entreprise privée, Martine, qui s’occupe seule de ses filles,  est catégorique : « jamais je n’accepterai que mes filles subissent le même sort que moi. Diplôme d’abord, Mari ensuite. » Et d’ajouter que le premier mari d’une femme est son boulot. « Voilà que je n’ai plus de mari. Si je n’avais pas un boulot, comment allais-je survenir aux besoins de mes enfants ? », s’interroge-t-elle.

 Les récentes études sur la natalité et la fécondité montrent, en effet, un vieillissement du calendrier de la fécondité. L’analyse des données du Recensement Général de la Population de 2006 par  l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) montre clairement une relation de type négatif entre la fécondité et le niveau d’instruction.  Il ressort que l’âge moyen auquel les femmes ont leur premier enfant augmente avec le niveau d’instruction,  soit  19,3 ans chez les non- instruites, 19,9 ans chez celles du niveau primaire, 23,8 ans chez les femmes ayant au moins le niveau secondaire et 33,4 ans chez celles ayant un niveau supérieur.

Mariam, elle,  est titulaire d’une maîtrise en droit obtenu aux prix d’énormes sacrifices et de privation. La jeune dame qui vit toujours chez ses parents à 31 ans, affirme qu’à l’époque, elle ne voulait même pas entendre parler de garçon avant la fin de ses études. Pourtant, ce ne sont pas les prétendants qui ont manqué, bien au contraire ! « Il y a eu beaucoup d’hommes qui se sont présentés à mes parents ; mais je n’étais pas intéressée en ce moment. Maintenant, cela fait 6 ans que j’ai fini mes études et je ne suis ni magistrat, ni épouse ni mère ».

Après  37 ans, une grossesse, c’est comme la loterie

Pour les spécialistes de la santé, cette arrivée tardive dans la maternité des femmes peut comporter de lourdes conséquences. Selon le Professeur Charlemagne Ouédraogo, gynécologue obstétricien à l’hôpital Yalgado Ouédraogo, à un âge avancé,  il devient non seulement très difficile de concevoir un enfant, mais aussi trop risqué de prendre une grossesse. S.O,  jeune femme mariée il y a deux ans, en sait quelque chose. A 38, elle est toujours dans l’attente de son premier enfant. Tous les traitements qu’elle a suivi sont jusqu’à présent restés sans succès. « J’ai voulu attendre de trouver du travail et me marier avant de penser à faire un enfant, mais je regrette  ce choix présentement », confie-t-elle, tout en écrasant une grosse larme venant de son œil droit, avec son pagne.

Pour le professeur, c’est une situation qui ne devrait pas surprendre. « On ne fait pas d’enfant quand on a envie de le faire, mais on le fait quand l’organisme  en est encore capable», explique t-il. Loi de la nature oblige, la chance de concevoir démunie considérablement avec l’âge. « Chaque femme naît avec une quantité d’ovocyte et chaque mois, avec le cycle menstruel, ça disparaît jusqu’à épuisement. C’est  comme un grenier ; il est plein au moment des récoltes et vous en consommer  jusqu’à ce que ça finisse », a-t-il ajouté. Pour lui, l’idéal est qu’à  37 ans, une femme doit avoir fini d’accoucher car après cela, une grossesse c’est comme la loterie, un coup de chance donc.

Il arrive même souvent que la période critique survienne  plutôt que d’habitude, comme c’est le cas d’une patiente du professeur, qui n’était plus féconde à l’âge de 25 ans. Cette dernière, ne pouvant plus faire d’enfants par elle-même, devra recourir à une fécondation in vitro grâce à un don d’ovocyte.

Foyer, maternité et études ne font pas bon ménage

Quant à celles qui réussissent à enfanter après 37 ans révolus, cela n’est pas sans danger pour la santé de la mère. « La médecine n’a pas encore trouvé de solution aux problèmes de complication dus aux retards de maternité, c’est pourquoi, nous disons qu’une femme, à 40 ans,  ne doit plus être en train de chercher une grossesse. Une femme qui a déjà un enfant et qui vient après 40 ans pour chercher un autre, les vrais médecins ne l’accompagnent pas parce que cela peut provoquer des complications et même la mort. Ce que les agents de santé peuvent faire,  c’est de lui donner de la contraception et rien d’autres. Au cas où la femmen’a pas encore un enfant, on lui explique quand même les risques ».

 C’est pourquoi, insiste le Pr Charlemagne Ouédraogo, il est conseillé aux femmes de trouver le juste milieu en conciliant la maternité et les longues études, c’est-à-dire débuter la maternité au plus tard à 25 ans et terminer au plus tard à 37 ans. Au cas contraire, elles devront assumer leur choix et ne pas courir à 40 ans  derrière les spécialistes ou les tradi-praticiens pour avoir un enfant. Le marteau et l’enclume donc car dans le contexte actuel du Burkina, très peu de femmes conçoivent encore une vie sans mariage, encore moins sans enfant. Conscient de cela, Mariam a changé de priorité : «Ce qui me préoccupe maintenant,   c’est d’avoir un enfant. Le mari et le boulot viendront ensuite car je sais que les hommes n’aiment pas se marier aux filles qui sont avancées en âge ».

Issiaka Drabo

Lala Kaboré/Derra

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