Rêvant d’être chanteuse ou danseuse, Delphine Sangaré est devenue par la force des choses, une mécanicienne professionnelle. Première femme exerçant ce «  métier d’homme » dans l’une des plus grandes sociétés minières du Burkina Faso (Essakane), elle a bravé monts et vallées pour atteindre ses objectifs. Rencontre avec une femme battante qui fait de son métier une passion.

C’est avec un grand sourire aux lèvres que Delphine Sangaré nous reçoit en cette matinée du 17 décembre dans un cadre loin des tintamarres des véhicules. Joliment habillée et soigneusement coiffée, nous n’imaginons pas que c’est elle la mécanicienne.

Après les civilités, et avec son sourire qui fait sa spécificité, elle  confie que devenir mécanicienne n’a jamais été son ambition lorsque nous lui demandions pourquoi a-t-elle choisi ce métier ? « Au début, mon rêve c’était de devenir danseuse ou chanteuse. Chose que mes parents ne voulaient pas entendre parler. Vu leur réaction, j’ai décidé de devenir caméran woman car il n’y avait assez de femmes dans le domaine », explique-t-elle. Une idée vite battue en brèche.

Et de poursuivre : « le jour où j’ai dit que je voulais devenir mécanicienne personne n’a cru en moi car j’ai toujours détesté le travail de mécanicien, le trouvant très salissant vu que mon père est lui-même mécanicien ».

Pourquoi ce choix brusque ? A cette question, Delphine Sangaré, fille unique de son père fait savoir que c’est un défi qu’elle voulait relever. « Je  voulais montrer à mes parents que je pouvais faire quelque chose afin de réussir dans la vie », soutient cette mère de trois enfants.

De garage à garage, j’ai acquis l’expérience

Si la décision de devenir mécanicienne est un acte de bravoure, il faut signaler que la jeune fille qu’elle était a peiné dans la quête de la connaissance. Delphine a fait le tour des garages en quête d’expérience.  Ses premiers jours dans un garage de mécanique, elle se souvient comme si c’était hier.

«  C’est dans un mois de l’année 1997 que j’ai commencéDès le premier jour j’ai trouvé la caisse à outils si lourde que je me demandais si je n’allais pas déserter le garage ! (rires) » nous explique-t-elle. Et d’ajouter « Mes collègues ont même parié que j’allais fuir comme toutes les jeunes filles qui s’y étaient aventurées».  A force de courage et d’abnégation, elle apprend son métier avec une seule conviction : rien ne dit que la mécanique ne réussit qu’aux hommes.

Un salaire mensuel de 15 000 FCFA

Après ces moments d’apprentissage et une somme d’expériences accumulées, Delphine verra ses efforts récompensés. C’est ainsi qu’elle a été embauchée dans un autre garage moyennant un salaire mensuel de 15 000 FCFA.

 « Travailler et être payer à 15 000 F le mois. C’était mon premier salaire mais vu la modicité de la somme, je ne me suis pas découragée car mon objectif était d’apprendre davantage. Avec ce montant je pouvais quand même satisfaire juste à mes petits besoins », reconnait-elle.

Du garage à la société minière Essakane

« Le travail bien fait paye toujours », comme le dit l’adage. Les efforts et la persévérance de Delphine ont fini par payer. Depuis le mois d’août 2013, la mécanicienne monnaie son talent dans la grande société minière Essakane.  Comment a-t-elle pu intégrer cette boîte ?

« Il faut dire que mon entrée à Essakane fait suite à un test de recrutement. La société minière avait manifesté son besoin de recruter des apprentis mécaniciens. Et c’est après ce test que j’ai été embauché. Une fois là-bas, j’avais pour tâche la maintenance et la réparation des véhicules », se souvient Delphine Sanagré.

En faisant ses premiers pas dans l’institution minière, Delphine devient ainsi la première mécanicienne de la société. Etant à Essakane, elle est confrontée à plusieurs défis notamment le rythme accéléré du travail. Un obstacle que Delphine a très vite surmonté. Toute chose qui l’a emmené dans la réparation des foreuses (des machines avec des pièces lourdes).

« On travaille une semaine de jour et une semaine de nuit.  Et les machines que je répare  sont le plus souvent dans la fosse donc j’intervenais au garage comme dans la fosse », détaille l’employé de la société minière.

Et d’ajouter que vu ses efforts et son envie de toujours bien faire son trail, ses responsables ont décidé qu’elle soit une mécanicienne polyvalente. « Actuellement je répare les gros camions (dumpers) ».

Aider ses compatriotes

Delphine n’entend pas s’arrêter à cette expérience qui lui réussit tant. Elle veut partager son expérience, sa connaissance, son succès et sa passion aux autres femmes. « Si j’ai pu devenir ce que je suis aujourd’hui, d’autres filles peuvent le devenir également », explique-t-elle.

Pour faire de cette volonté, une réalité, la mécanicienne a crée l’ l’association des femmes mécaniciennes du Burkina. Cette association a pour ambition de soutenir les jeunes qui exercent déjà le métier et celles qui sont en phase d’apprentissage.

« Dans les garages où on peut trouver des filles, elles sont confrontées à plusieurs difficultés. On leur fait rarement confiance. Toute chose qui les frustre et elles désertent tout en préférant devenir des commerçantes. A travers cette association, je veux donner goût aux jeunes filles d’embrasser ce métier qui nourrit son homme », confie Delphine.

Et de poursuivre qu’elle rêve dans l’avenir, créer son propre garage de mécanique spécialement féminin où elle pourra offrir une bonne formation aux jeunes filles qui pourront par la suite intégrer les grands garages.

Pourquoi ne pas ambitionner faire de ce garage un centre de formation professionnelle ?

                                                                                                            Issa KARAMBIRI

Laissez votre commentaire ici !