Clichés sexistes dans les manuels scolaires : vite, il faut y remédier !

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Des femmes assignées uniquement au rôle de ménagère, des hommes dépeints en héros, en sportifs ; tel est le constat que l’on fait en lisant les manuels scolaires au Burkina Faso. Les concepteurs en sont-ils conscients ? Qu’est-ce qui est fait pour pallier ces stéréotypes ? Réponses dans cet article.

 

 

« Ali tape Lalé », « Ramata pile du riz », « Gogo va au marigot », « Eulalie allume un feu », « Claude frappe Blandine », « Ali est vêtu » pendant que « Nani est nue ». Ce sont entre autres les clichés sexistes que l’on trouve dans nos manuels scolaires. Si elle n’est pas tapée par le garçon, la fillette porte le canari pour aller puiser de l’eau.

Ces manuels, élaborés depuis les années 80, reproduisent ainsi la répartition traditionnelle des rôles entre hommes et femmes. On y voit de petites filles qui jouent dans la maison ou aident leur mère à la cuisine et au ménage. Les garçons, quant à eux, ont le beau rôle et sont représentés par des personnages actifs dans tous les domaines.

L’impression étant que les filles sont seulement assignées aux activités domestiques, loin de leurs camarades garçons. Cela est complètement dépassé de nos jours, car des femmes exercent dans tous les domaines aux côtés des hommes.

 

Une nouvelle génération de manuels pour mieux valoriser la femme

Selon Emma Kinda, Directrice générale de la recherche en éducation et de l’innovation pédagogique (DGREIP), le constat est bel est bien pertinent et le ministère en est conscient. En effet, explique-t-elle, les manuels scolaires actuels ont été confectionnés dans les années 80. La confection a été faite au Burkina et l’édition à l’extérieur. « Les concepteurs ont adapté le contenu à la réalité sociale de cette époque. Ce n’est que quelques années après que la notion du genre a été intégrée dans nos politiques », explique-t-elle.

 

 

Dans les années 90, poursuit-elle, quelques stéréotypes véhiculés par certaines phrases et illustrations ont été corrigés. Cependant, le manque de moyens n’a pas permis de reprendre tous les manuels. Ce qui fait que bon nombre de stéréotypes sont encore présents dans nos livres.

Emma Kinda se réjouie donc de la relecture en cours des curricula. Dans cette relecture, explique-t-elle, l’équilibre sera de mise et la notion de genre sera prise en compte. « Une nouvelle génération de manuels, dont la conception est en cours, viendra remplacer les manuels actuellement utilisés », affirme-t-elle. Les nouveaux manuels scolaires sont attendus d’ici à 2020.

De l’avis de Guy Barry, directeur de la production des moyens didactiques et technologiques, il est même nécessaire de passer par quelques exemples de stéréotypes pour sensibiliser les apprenants. « Ces quelques stéréotypes dans nos livres permettent justement de sensibiliser, à travers des exemples, afin que les apprenants comprennent mieux ce concept », confie-t-il.

 

Vers l’apparition de femmes leaders dans les manuels

Les manuels scolaires étant des outils de transformations sociales, le ministère en charge de l’Enseignement de base est déjà sur des pistes de solutions. A ce titre, il envisage de mettre l’accent surla promotion de l’équilibre des capacités physiques, créatrices et intellectuelles. Cela à travers l’apparition des femmes dans tous les domaines et dans tous les contextes. Il s’agira de vulgariser, dans les manuels, des modèles de femmes leaders occupant des postes responsabilité, afin que les filles aient des modèles, des références.

 

Il faut également vulgariser l’usage de certains mots féminins comme la gouverneure, la préfète, la professeure, etc.Il serait aussi important de réserver, dans les manuels, une plus grande place à la condition des femmes dans le monde, tout en abordant davantage la question des violences faites aux femmes.

Aux yeux des enfants, les manuels scolaires sont une référence. Il est donc indispensable qu’ils véhiculent des images diversifiées et non discriminantes.

Lala KABORE /DERA

 

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