Cinéma: Salamatou Touvoli, la publicitaire devenue productrice de jeunes réalisateurs

Salamatou Touvoli/Kere est venue dans le cinéma avec l’ambition d’aider les jeunes réalisateurs à rêver grand dans le domaine. Publicitaire, elle  a  eu envie de s’essayer à la production et voilà qu’elle contribue aujourd’hui à valoriser le cinéma africain en accompagnant les actifs passionnés à travers sa structure ‘’BVATI Production’’. Dans cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder, elle nous parle de cette passion.

De publicitaire à productrice, racontez-nous comment ça s’est passé ?

  1. Il n’y a qu’un pas à franchir. Étant dans la communication, j’ai eu à travailler avec quelques réalisateurs qui avaient des films et qui m’ont approchée. J’ai eu à distribuer ces films sur certaines chaînes de télévision. J’ai fait la distribution de programmes. A force de me frotter à ces personnes, je me suis dite, pourquoi ne pas m’orienter aussi dans ce domaine. En me frottant aussi à ces réalisateurs, j’ai constaté que ce milieu n’est pas suffisamment connu au Burkina et il n’y a pas de soutien financier. J’ai voulu alors encourager ces jeunes qui sont venus spontanément vers moi avec des projets intéressants. C’est ce qui m’a amenée dans la production. J’ai eu à préfinancer des productions de séries sans vraiment m’impliquer. En constatant aussi que ce milieu n’est pas suffisamment organisé, je me suis dite, pourquoi ne pas mettre en place une structure officielle pour pouvoir recadrer les jeunes qui ont besoin de produire mais qui n’ont pas les moyens ni les outils nécessaires pour le faire. C’est pourquoi j’ai créé une structure ‘’BVATI Production’’ en 2017, qui se consacre essentiellement à la production cinématographique mais qui va être opérationnelle en 2018. On a déjà produit des séries et longs métrage

 

Ce milieu n’est pas suffisamment connu au Burkina et il n’y a pas de soutien financier

En quoi c’est difficile de produire un film ?

C’est difficile surtout en Afrique et quand on est une femme. Quand on est une femme, il faut se faire respecter, imposer son autorité, ce n’est pas toujours facile dans un milieu d’hommes. La plupart des techniciens sont des hommes et quand on parle de création artistique, c’est un ensemble. Il faut savoir maîtriser les comédiens qui sont beaucoup dispersés, vous devez pouvoir gérer pas mal d’humeurs sans oublier ceux qui ne respectent pas leur engagement. C’est difficile parce que ce n’est pas toujours évident d’avoir la même vision. En tant que productrice, moi j’ai une vision que je veux donner, le réalisateur a une autre vision, il y a par exemple certains membres de l’équipe technique qui ne respectent pas et les comédiens qui ne sont pas souvent réguliers. Au beau milieu de la scène, ils peuvent disparaître.
Il y a aussi les difficultés d’ordres financiers. Produire un film coûte vraiment cher et au Burkina, on n’a pas vraiment de structures qui accompagnent la production. Pourtant c’est un milieu qui peut générer des fonds.

 

On ne peut pas être compétitif si on ne dispose pas de moyens financiers conséquents pour payer des comédiens et des outils techniques pour sortir un travail de qualité.

 

Je profite de votre micro pour lancer un appel aux différentes structures africaines, en particulier, celles qui existent au Burkina, parce que pour que le cinéma puisse vraiment s’imposer en Afrique, il faudrait que les annonceurs que nous connaissons qui communiquent énormément puissent soutenir le cinéma, puissent soutenir les structures de production pour qu’on ait des productions de qualité. On ne peut pas être compétitif si on ne dispose pas de moyens financiers conséquents pour payer des comédiens et des outils techniques pour sortir un travail de qualité. Il faut des caméras haute définition, il faut des techniciens qui coûtent chers, il faut avoir une structure de montage spécialisée dans le domaine. Le décor qui est énormément coûteux, etc.

A vous entendre, c’est un milieu qui semble intéressant aussi

Oui, c’est passionnant, tout ce qui touche à l’art est passionnant. C’est un milieu de rencontre, d’échanges, de partages, à ce niveau, je dirai que c’est vraiment passionnant.

Parlez-nous de la relation producteur- réalisateur ?

Le réalisateur peut à la fois être producteur de son œuvre, sinon il peut faire appel à une structure de production, parce que le producteur, c’est celui-là qui finance la réalisation de l’œuvre. Le réalisateur c’est le côté artistique. C’est lui qui met l’idée en image, qui oriente les comédiens, qui fait le casting pour les sélectionner. Le producteur finance mais il faudrait qu’il ait aussi un œil sur ce qui se passe.

Parlant de Fespaco, on se dit que vous avez suivi quelques films,quel est votre regard en tant que productrice ?

Je n’ai pas pu regarder beaucoup de films mais je sais aussi qu’il y a des films de belle facture, on sent que les réalisateurs se sont beaucoup investis. Par exemple, dans ‘’Desrances’’ d’Apolline Traoré, on sent vraiment qu’elle s’est investie dans la recherche, dans le scénario que je trouve assez original. En tout cas, c’est un film que j’apprécie beaucoup.

D’une manière générale, quelle appréciation faites-vous du cinquantenaire du Fespaco ?

Cette année l’organisation a été meilleure par rapport à l’édition passée. Il y a plus d’affluence. L’organisation a été mieux maitrisée. Aussi, il y a une forte participation des délégations étrangères.

Assétou Maïga

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