Non à la ‘’cité des femmes mendiantes’’ !

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La mendicité est devenue un fléau dans notre société. ‘’Cette maladie contagieuse’’, qui était jusque-là l’apanage des ‘’garibous’’, a aussi touché l’autre moitié du ciel. Malheureusement, le nombre de ces mendiantes va grandissant et j’en suis bien peinée.


Chaque matin, lorsque je quitte mon domicile, je ne fais qu’observer ces femmes, jeunes de surcroît, ‘’pullulent ‘’ dans nos environnants : au marché, aux feux tricolores, à la mosquée, etc. Lorsque je fais un tour dans les grandes mosquées, j’en suis plus qu’ahurie vu leur nombre et leur âge. Je retiens mon souffle lorsque je vois toutes ces femmes assisses avec leur bol pour quémander du matin à la tombée de la nuit. Personnellement, je suis bien angoissée sur l’avenir de mon bien aimé pays, quand je vois ces jeunes personnes qui veulent résoudre leurs problèmes par la mendicité. Elles qui sont pourtant le dos sur lequel doit s’adosser notre jeunesse pour tirer expérience et enseignement.

Lorsque j’aperçus dame Sibiri avec son bol à côté du feu de stop, belle, jeune et même souriante, je lui donnerai moins de 35 ans, même si je n’ai pas été aussi curieuse pour lui demander son âge. Quand elle s’est approchée pour me demander quelques sous, je ne pus m’empêcher de lui demander pourquoi elle faisait cela ? La pauvreté, me répondit-elle. Pour vous dire vrai, c’est la réponse à laquelle je m’attendais, je l’avais déjà deviné dans ma tête, j’attendais seulement qu’elle me le confirme. Cette cruelle pauvreté, toujours indexée comme source de nos problèmes. L’insoutenable pauvreté semble devenir le motif de ces nombreuses personnes qui deviennent de plus en plus ‘’les partisans du moindre effort’’.

La deuxième raison que me donna cette femme est le manque d’emplois et le fait qu’elle ne soit pas allée à l’école comme celles que je vois qui sont dans les grosses caisses.

En effet, selon les résultats de l’Enquête Intégrale sur les Conditions de Vie des Ménages (EICVM 2009/2010), 11,5% des jeunes vivant en milieu urbain sont au chômage, contre une moyenne nationale de 2,2%. A cela, il faut ajouter le fait que la population jeune en âge de travailler accuse un déficit important en compétences, environ 58% des jeunes de 16 à 24 ans et 71% de ceux de 25 à 35 ans ne sont ni instruits ni alphabétisés. Toujours d’après cette enquête, parmi les jeunes femmes de 16 à 35 ans, environ 72% ne sont ni instruites, ni alphabétisées, contre 54% des jeunes hommes. 54% des chômeurs sont des femmes, 82% des chômeurs sont des jeunes et 43% des chômeurs ont moins de 25 ans.

Oui, le chômage, nous le savons tous, est une réalité au Burkina, même si je ne partage pas tout à fait le point de vue de mon interlocutrice. Je vous donnerai mes raisons au fil de la lecture.
Même si ces causes ne sont pas à négliger, il faut reconnaître que cette recrudescence de femmes mendiantes dans nos cités a des conséquences néfastes.
D’un point de vue esthétique : ces femmes ne donnent pas un joli spectacle à voir, n’offrent pas une belle image à un pays qui veut se hisser dans une perspective de développement durable.

Une deuxième chose, quand je regarde de l’autre côté ces mères assises avec leurs enfants aux abords des routes ou des mosquées et qui n’hésitent pas à les envoyer demander de l’argent aux usagers de la route, je me mords sérieusement le doigt. Trop de questions se posent dans ma tête sur l’avenir de mon cher Burkina. Apprendre à un enfant à mendier c’est cultiver en lui l’esprit du gain facile, le rendre dépendant à vie et mettre fin en l’espoir d’un Burkina émergent qui compte sur cette future génération.

Alors, bien que je fusse prise par le temps, je trouvais impératif de parler à dame Sibiri, de la conscientiser si on peut le dire. Pour répondre à ces inquiétudes de pauvreté et de chômage, bien de femmes de son âge sont des laveuses de linge sale, des collectrices d’ordures, des balayeuses de rues, des tisseuses, d’autres, plus défavorisées qu’elles, ne s’apitoient pas sur leur sort à l’image d’aveugles qui confectionnent des sacs. Elles gagnent dignement leur vie et méritent d’être soutenues. Du reste, ce sont aussi ces femmes qui se battent au quotidien de manière respectable, honorable et sereinement, quelque soit leur appartenance sociale et domaine d’activité que Queen Mafa aime, encourage et fait connaître au grand public. Après ces propos moralisateurs, tête baissée, honteuse peut-être, dame Sibiri me promet d’y réfléchir et me fait le pari de figurer très bientôt parmi ces femmes d’actions qui font l’actualité du magazine Queen Mafa.

Assétou Maïga

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