Accusées de  sorcellerie, de nombreuses    femmes    sont chassées de leur village. D’un âge avancé pour la plupart, elles   ont trouvé refuge au centre Delwendé (Adosse-toi sur Dieu) de Tanguin à Ouagadougou. Des Prétendus « mangeuses d’âmes », fraîchement venues du village nous racontent leur calvaire.

Marie claire Sondo n’arrive toujours pas à croire ce qui lui arrive. Comme dans un mauvais rêve d’où l’on a vite envie de sortir, elle nous retrace le fil des évènements :   « un jeune homme  du village est décédé. Les jeunes du village ont procédé aux  rites.

A l’issue de cela, ils m’ont désigné comme étant l’un des auteurs de la mort de ce jeune homme. Ils m’ont  donc sommé de quitter le village. Je n’ai opposé aucune résistance. J’ai juste eu le temps de prendre quelques  affaires avant de m’en aller ».

 

Un voyage  périlleux  que la sexagénaire n’oubliera pas de sitôt. « Dans le premier  village que j’ai traversé, les villageois devraient avoir  eu vent de mon histoire, car en pleine nuit, une dizaine de personnes, torche en main, me cherchait  dans le noir, dans le but de me tuer. J’entendais les bruits de leur moto ainsi que les insultes  qu’elles proféraient à mon endroit. J’ai eu la vie sauve grâce à la protection divine qui m’a permis de bien me cacher jusqu’à leur départ », relate-t-elle, la gorge nouée.

 

Marie Claire sondo, une victime de la chasse aux sorcières de Pilimpikou

Tout serait parti du décès depuis la Côte d’Ivoire,  d’un jeune homme du village du non de Ram Séogo, quelques jours après son séjour au village. Pilimpikou (Papillon en langue Mooré), c’est le nom du village  de Marie Claire Sondo. Le simple fait de prononcer ce nom suscite en elle des frissons tant elle est terrifié : « C’était horrible et honteux. C’est vrai que j’ai mon mari, mes enfants ainsi que mes  petits enfants  vivent là-bas mais je ne souhaite plus jamais retourner   à Pilimpikou après une telle humiliation devant tout le monde. Je préfère rester et  mourir ici », fini-t-elle par lâcher.

Pilimpikou est une  commune rurale située à 20 km de Yako, dans la région Nord du Burkina Faso.Dans cette commune, toute mort d’enfant ou de jeune n’est pas naturelle. Le « Siongo », une pratique coutumière, permet de retrouver le ou les responsables  d’une mort. Dès qu’une personne est désignée par le « siongo », elle est  bannie du village et chassée.


 

Plus de 108 personnes chassées du seul village de Pilimpikou

Tout comme Marie Claire Sondo, une centaine personnes désignée comme impliquée dans la mort du  jeune Ram Séogo, aurait été chassée du village. « Il y a moins d’un mois,  nous avons reçu une information indiquant que plus de 108 personnes ont  été chassées de cette commune  pour faits de sorcellerie. Nous étions préoccupés du faite que n’avons pas assez  de place pour les accueillir tous dans ce centre, mais finalement nous n’avons reçu que 4 personnes de ce village. Nous n’avons aucune nouvelle des autres»,  explique la sœur missionnaire de Notre Dame d’Afrique, Hostencia Filipe Sizalande.

A 68 ans , Patouindigueba revient pour la deuxième fois au centre

Minata Patoindiguebam Sawadogo à 68 ans et également  originaire de Pilimpikou. Même son prénom Patoindiguebam (on ne pas peut pas les chasser en langue mooré), pourtant  lourd de sens, n’a pu empêcher son expulsion à deux reprises du village!

Comme Marie Claire, elle a été répudiée pour les mêmes raisons. «  L’enfant d’un de nos voisins est décédé en Côte d’Ivoire après son séjour à Pilimpikou. Ils sont venus au village faire des rites et ont indexé  une centaine de personnes et moi j’en  faisais  partie. Mes enfants m’ont demandé de partir de peur que l’on ne me fasse du mal », raconte Patoindiguebam.

Elle  nous confie être à son deuxième séjour au Centre Delwendé. « Ma première venue dans ce centre date de plus 10 ans. On  m’avait accusé de sorcellerie après le décès d’une femme du village. On m’a donc ordonné  de quitter le village sinon ils me tueront. Alors je suis venue dans  ce centre  ou je suis resté pendant  6 ans. Après quelques négociations, j’ai pu réintégrer ma famille. Tout se passait très bien jusqu’au décès de ce jeune homme. Et me voilà de retour  à Ouagadougou 4 ans plus tard ». Pour la vielle femme, cette fois c’est de trop. Pilimpikou fait désormais partir  de son passer. « Je ne vais plus jamais  y retourner, je préfère rester ici en paix»,  boude-t-elle.

La sorcellerie  a-t-elle un visage féminin ?

Le  centre  reçoit des femmes  venues des quartes coins du Burkina Faso .Accusées à tord ou à raison  de sorcellerie, elles trouvent refuge  dans ce centre qui les accueille à bras ouvert .Le toit, la nourriture ainsi que leur  santé  y  sont assurés.

 

Pour noyer leur pensée, occuper leur journée et se faire un peu d’argent, certaines parmi elles  filent  du coton pour le vendre, s’adonnent au jardinage, à l’élevage, ou  à la fabrication du savon ou du « Soumbala » etc. Les plus  rebelles, elles, choisissent   d’aller  chaque matin au marché de Sankariaré dans  l’espoir  que les commerçants déversent  des résidus lors des décharges  des céréales. Elles s’attèleront  soigneusement à les ramasser à l’aide d’un balai et d’un seau. Après tri, elles les  revendront  aux éleveurs.

Si certaines parmi elles  souhaitent réintégrer leur famille, la plupart d’entre elles, à l’instar de Patoindigueba et Marie claire  n’y pensent même pas.

Les pensionnaires qui occupent le centre Delwindé sont pour la plupart des femmes. Ces  « sorcières ou mangeuses d’âmes » sont pour la plupart  des femmes âgées,  seules, sans défense, sans protecteur. Certaines ont leurs enfants à l’étranger et d’autres sont malades, stériles ou veuves.

Chasées de la famille, elles se retrouvent dans la nature. Elles marchent souvent plusieurs jours jusqu’en ville ou elles espèrent vivre de mendicité. C’est là qu’elles apprennent l’existence de ce centre et viennent demander l’asile.

Au Centre Delwindé de Tanghin, sur les 248 personnes qui y vivent, 244 sont des femmes. Il y a  seulement 4 personnes de sexe masculin qui sont tous des  malades mentaux.


 

Delwendé : Beaucoup d’efforts avec  si peu de moyens !

Le centre Delwendé de Tanghin a vu le jour en 1966 grâce à la bonne volonté d’un européen en fin de séjour au Burkina Faso qui a cédé le site à la mairie. Il est occupé aux premières heures par les indigents de la ville.

  En 1968, une sœur missionnaire de Notre Dame d’Afrique, Madelaine Founigaut y crée des activités pour les femmes  notamment le filage de coton. Elle y travaille jusqu’à son retour définitif en France en 1983.

Par la suite, la mairie a  confié  la gestion de ce centre  aux  Sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique.

Vu qu’il s’agit de personnes âgées, la prise en charge de leur santé constitue une des préoccupations majeures pour les responsables du centre. Les cas de décès  ne sont guère rares, ce qui nécessite  une prise  en charge pour ce volet.

 Malgré la noblesse de leur mission, Il n’existe  pas de fonds spécifiques pour la gestion de ce centre nous fait-on comprendre. « Nous vivons  grâce aux dons des personnes de bonnes volontés .Ce qui est parfois  insuffisant.  En plus de cela  depuis 2014, le centre n’a plus reçu de l’aide venant  de l’État », a déploré la Sœur Hostencia Filipe Sizalande.

Lala Kaboré /Dera


Quelques chiffres sur les pensionnaires de Delwindé

Année Arrivées Départs Décès Effectifs
2012 16 10 10 315
2013 8 24 13 299
2014 11 13 10 270
2015 21 20 16 258
2016 7   2 248

Laissez votre commentaire ici !