Une campagne de chirurgie sur les fibromes utérins se déroule depuis le 02 mai à l’hôpital du district de Bogodogo au profit des femmes de 15 à 49 ans. A cet effet, nous avons rencontré le professeur Charlemagne Ouédraogo, initiateur de ladite campagne,  pour avoir des explications sur cette maladie qui touche principalement la femme africaine noire.

Queen Mafa : Qu’appelle-t-on fibrome de l’utérus ?

Pr Charlemagne Ouédraogo : le fibrome de l’utérus est une tumeur bénigne développée au dépend de muscles utérins, le contraire du cancer. Il commence tout petit comme un grain de mil pour atteindre un grand volume au point de donner  l’impression d’une grossesse de 6 mois. Le fibrome utérin fait saigner abondamment pendant les règles, et qui durent plus de 7 jours. Cette situation est inconfortable et peut finir par créer une anémie à la femme. Il y a des femmes qui présentent des douleurs parce que le fibrome se complique aussi, il peut se tordre, il peut entraîner une hospitalisation d’urgence pour des crises douloureuses pelviennes aiguës.
Les fibromes concernent surtout les femmes en activité génitale âgées de 15 à 49 ans. A la ménopause, le fibrome n’évolue plus. Il se calcine et il guérit

Qu’est ce qui cause le fibrome utérin ?

C’est le fait d’être surtout noire africaine, parce que c’est une pathologie par excellence de la femme africaine noire. Étant noire, nous avons du tissu conjonctif aberrant plus important que les Caucasiens. Ce qui fait que nous avons une tendance à développer des chéloïdes quand on se blesse et à développer des fibromes utérins.

Quand faut-il l’enlever?

On opère un fibrome qui fait parler de lui. Un fibrome qui est silencieux, il faut le laisser. Le fibrome fait parler de lui quand il manifeste et endommage la santé de la femme en faisant beaucoup saigner et en créant une anémie, des douleurs, en ayant un impact sur le déroulement des grossesses ou en empêchant une femme de tomber enceinte. Un fibrome qui est silencieux, qui n’entraîne rien du tout, qui est de découverte échographique seulement, on ne l’opère pas.

Quelles sont les conséquences du  fibrome chez la femme ?

La stérilité, l’infertilité, les douleurs pelviennes et chroniques, incompatible avec la vie de tous les jours et provoque des rapports sexuels pénibles.

Parlez-nous de cette campagne  de chirurgie des fibromes utérins que vous organisez ?

Cette campagne fait suite à une stratégie d’offre de soins. Nous avons inauguré en mars, nos blocs opératoires en gynécologie ici au niveau de l’hôpital de Bogodogo sur la plateforme de bâtiments neufs. Nous avons commencé avec une campagne de chirurgie intime, c’est-à-dire la reconstruction du clitoris, la chirurgie du périnée pour les femmes qui se sentent large, la chirurgie pour les femmes qui ont des incontenances urinaires. Nous avons opéré plus de 100 femmes et nous sommes maintenant au niveau des fibromes utérins et on monte d’un cran pour être encore beaucoup plus sérieux, parce que ce sont des interventions qui ne sont pas ambulatoires, mais qui vont nécessiter une hospitalisation de 3 à 4 jours après.

Quels sont les objectifs recherchés à travers cette campagne ?

Nous avons lancé cette campagne de chirurgie de fibromes, seulement pour répondre aux attentes des femmes parce que le fibrome utérin est la pathologie par excellence de l’utérus chez la femme africaine noire. Nous savons que beaucoup de femmes en souffrent au Burkina. Beaucoup de femmes parce qu’elles n’arrivent pas à solutionner chirurgicalement ce problème sont en attente dans des hôpitaux pour diverses raisons (bloc opératoire non fonctionnel, personnel non disponible etc.). Et nous ici, nous avons la solution parce que nous avons une plateforme chirurgicale extraordinaire en gynécologie qui permet d’opérer de 8h à 22h non-stop pour ce genre de problème. Nous avons voulu offrir notre plateforme aux femmes qui en ont besoin. Ce qui nous permet de regarder en même temps si nous sommes performants sur le plan de l’organisation de soins mais aussi sur le plan de l’équipement que nous avons acquis nouvellement.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Nous recevons par jour plus de 50 femmes qui viennent en consultation et nous sommes une équipe forte de 13 gynécologues obstétriciens et de 85 sages-femmes. Nous les recevons comme une consultation classique aux tarifs de l’hôpital public et si l’indication opératoire se confirme, la femme est mise dans un processus de bilan pré-opératoire : consultation pré-anesthésique, détermination de la date de l’intervention et du type d’intervention avec la femme. C’est aussi une occasion pour former les futurs gynécologues pour qu’ils apprennent la bonne manière d’offrir les soins en gynécologie et être techniquement compétents.

Combien de patientes sont attendues et comment les femmes apprécient-elles déjà cette initiative ?

Nous attendons environ 150 à 200 femmes. Nous allons mettre l’accent sur la chirurgie des fibromes jusqu’en fin juin, après on va passer à une autre campagne probablement sur le prolapsus utérin.
Les femmes apprécient déjà bien cette campagne parce que beaucoup cherchaient des occasions de ce genre et ont saisi l’opportunité pour venir et beaucoup pensaient aussi que tout fibrome doit s’opérer et se sont rendu compte qu’on n’avait pas besoin d’opérer, qu’un traitement médical pouvait suffire ou une simple surveillance de 6 mois à un an.

Entretien réalisé par Assétou Maiga

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